Forum mondial de l’eau : la voix du développement solidaire

Délagation du Gret au Forum mondial de l'eau

Lundi 12 mars s’est ouvert à Marseille le 6e Forum mondial de l’eau, en présence du Premier ministre François Fillon, avec l’annonce de l’atteinte de l’objectif du millénaire du développement relatif à la diminution de 50% du nombre de personne n’ayant pas accès à l’eau potable dans le monde : une déclaration aussitôt contestée par le Gret par voie de communiqué de presse. Durant six jours, le Gret et une quinzaine de ses partenaires du Sud défendent la voix du développement solidaire dans les sessions officielles, parallèles et alternatives, pour faire valoir le droit à l’eau sous toutes ses formes pour les populations pauvres.

Forum des solutions ou forum de préparation ?

François Fillon l’annonce en ouverture du Forum, Ban Ki-Moon secrétaire général des Nations unies le demande par voie de message vidéo, Henri de Raincourt ministre de la Coopération le rappelle en conférence ministérielle : le Forum mondial de l’eau est un forum de préparation qui identifie des solutions pour contribuer à la conférence de Rio+20 de juin 2012. Avec une déclaration ministérielle adoptée « par acclamation » dès le 2e jour de ce Forum en marge du processus des Nations unies, le caractère contraignant des engagements pris à Marseille reste en effet inexistant et exempt de moyens annoncés pour les mettre en œuvre (voir la déclaration ministérielle). Pour ne pas en rester pour autant à un « grand bain des solutions », le Gret anime et contribue à des sessions cibles officielles, prend la parole lors des sessions multi – acteurs, suit les panels de haut niveau, et se mobilise également à l’occasion d’événements parallèles pour que le développement solidaire ne soit pas l’oublié du Forum. Eau potable, assainissement, eau agricole, eau et énergie… le Gret agit depuis 30 ans du terrain au politique pour proposer des solutions sur différents enjeux de l’eau dans les pays du Sud. Il a défini six priorités issues de son expérience de terrain, qu’il porte à Marseille :

  • Ne pas opposer les différents usages de l’eau pour contribuer effectivement à un développement inclusif ;
  • Garantir des financements mieux fléchés, supplémentaires et additionnels qui répondent prioritairement aux besoins des pays les moins avancés ;
  • Privilégier l’instrument politique comme levier de développement pour garantir un accès à l’eau pour tous y compris les plus pauvres ;
  • En finir avec la dictature du chiffre au détriment de la pérennité, à l’approche du bilan des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2015 ;
  • Soutenir l’innovation sociale plutôt que de céder aux effets de mode, la bonne solution étant celle qui est adaptée au contexte local ;
  • Garantir l’accès à l’eau pour les paysanneries du Sud pour contribuer à la sécurité alimentaire et le défi de la faim qui touche 950 millions de personnes dans le monde.

Voir les positions du Gret >>>

Mardi 15 mars les ministres ont tour à tour présenté les solutions issues des 16 tables rondes du processus ministériel, jeudi 17 cela sera au tour des parlementaires de rapporter le résultat de leurs réflexions. Pour rappel, le Gret était intervenu dès janvier dernier aux 6e rencontres parlementaires sur l’eau pour faire valoir la position des ONG françaises en termes de coopération internationale et de financement.

Voir l’intervention de la directrice du Gret >>>

Les partenaires du Gret portent la voix des populations

« Non, l’OMD eau n’est pas atteint », rappelait le Gret lundi 12 mars par voie de communiqué de presse. Sur le terrain, il est clair que ce ne sont pas 89% de la population qui ont accès à l’eau potable améliorée. « Ce chiffre ne tient pas compte de plusieurs paramètres, explique Frédéric Naulet, responsable du programme eau et assainissement au Gret. D’une part, ce n’est pas parce l’accès technique à l’eau existe que les gens y ont effectivement accès d’un point de vue tant financier que pratique. D’autre part, la qualité de l’eau n’est pas prise en compte ainsi que la question de pérennité des dispositifs mis en place. Aussi nous récusons totalement cette déclaration de l’atteinte de l’OMD eau, dont l’annonce en ouverture du Forum de Marseille peut mettre être contreproductive et provoquer le risque d’engagements mous ».

Une quinzaine de partenaires du Gret du Cambodge, Laos, Madagascar, Mauritanie, Sénégal et Haïti, présents à Marseille, peuvent témoigner de cette situation. Mardi 15 mars, lors d’une journée hommage à la dynamique d’Haïti à la maison du Citoyen, et tout au long de la semaine sur l’espace bidonvilles du réseau Projection, les partenaires Haïtiens (direction nationale de l’eau potable et assainissement, animateur de comités d’eau de Port-au-Prince, membre de la fédération des comités d’eau) rapportent la situation dans la capitale haïtienne : une quantité d’eau insuffisante qui n’arrive pas aux populations des quartiers précaires, et des conséquences encore vives du séisme de 2010 faisant coexister explosion démographique dans les quartiers précaires et diminution de la quantité d’eau à disposition. Les solutions mises en place avec le Gret (réseau de bornes fontaines gérées par des comités d’eau élus démocratiquement, en lien avec l’entreprise de service public) sont reversées au Forum pour contribuer à la promotion de solutions adaptées et sensibiliser sur l’importance de l’innovation sociale dans les réponses apportées.

L’eau agricole n’est pas en reste, et les partenaires du Gret au Cambodge notamment défendent l’accès à l’eau des agricultures familiales pour la sécurité alimentaire. Dès lundi 12 mars, Yim Boy, représentant de la communauté des usagers des polders de Prey Nup au Cambodge (Cup), a participé à un side event sur l’eau et la sécurité alimentaire face au changement global : quels défis, quelles solutions? pour la sortie officielle de rapport éponyme auquel le Gret a contribué avec ses expériences de terrain au Cambodge, Ethiopie et Birmanie. Yim Boy a retracé l’histoire du projet de mise en valeur de 10 000 hectares de terres et de mise en place d’associations d’usagers de l’eau autonomes et témoigné : « ce qui a fait le succès de ce projet, qui a permis une hausse importante de la production agricole et des revenus des paysans, a été la synergie entre paysans, organisation collective et l’Etat. »

Près d’une trentaine d’interventions – officielles ou parallèles – du Gret sont planifiées lors du Forum jusqu’à la fin de la semaine. Gageons que les décideurs du monde entier entendront la voix du développement solidaire, pour que le Forum mondial de l’eau ne soit pas qu’un catalogue inexploitable de 1 200 solutions mais contribue effectivement à alimenter les politiques internationales relatives à l’eau, la sécurité alimentaire, l’énergie et l’assainissement, dans le respect du cadre des Nations unies, seul à pouvoir garantir la représentativité de tous les pays.