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Publié le 04/12/2012

Nutri’zaza, le social business contre la malnutrition à Madagascar

Décembre 2012

Depuis 14 ans, le Gret agit contre la malnutrition infantile à Madagascar à travers la sensibilisation des mères et la distribution de farines infantiles via des restaurants pour bébés, les Hotelin-jazakely. Le 26 septembre 2012 s’est tenue l’Assemblée générale constitutive de l’entreprise sociale Nutri‘zaza, créée par le Gret et quatre autres actionnaires pour gérer le réseau de ces restaurants pour bébés. Un pas important pour la pérennisation de ces actions et la garantie de leur poursuite pour lutter contre la pauvreté.

 

14 ans de lutte contre la malnutrition à Madagascar

A Madagascar, la malnutrition touche près d’un enfant sur deux. En cause : la faible qualité de l’alimentation reçue par les enfants, notamment ceux issus des familles défavorisées (pratiques d’allaitement inadéquates, aliments de complément de qualité nutritionnelle très insuffisante). En 1998, le Gret, l’IRD et l’Université d’Antananarivo s’unissent dans le cadre du projet Nutrimad pour concevoir des méthodes efficaces pour lutter contre la malnutrition à Madagascar. Ils conçoivent une stratégie visant notamment à diffuser au plus grand nombre un aliment de complément de qualité, indispensable à partir du 6e mois de l’enfant en complément du lait maternel. Elle s’articule autour de trois piliers :

  • la sensibilisation, l’éducation nutritionnelle des familles par des animatrices du quartier, préalablement formées ;
  • la mise au point d’un aliment de complément de bonne qualité nutritionnelle : la Koba Aina. Cette farine est fabriquée à partir de matières premières locales (sauf pour les vitamines et les minéraux) par l’entreprise Taf ;
  • la mise en place d’un réseau original de distribution, les restaurants pour bébés ou « Hotelin-jazakely ». Des animatrices y préparent et vendent les bouillies préparées à base de Koba Aina.

Depuis l’ouverture du premier Hotely en 2000, 15 millions de repas ont été distribués. Au fil du temps, de l’expérience acquise (dont deux ans de collaboration avec Danone nous permettant d’améliorer les techniques de ventes), des moyens obtenus pour agir en faveur de ces populations, il a été possible de développer progressivement le réseau des Hotelin-jazakely et d’en améliorer le fonctionnement. En quelques années, il est devenu évident que cette offre répond à un besoin à long terme des familles, et qu’il fallait chercher à la pérenniser. En 2008, après plusieurs réflexions et tentatives pour pérenniser les restaurants dans les communes sous la forme d’association d’animatrices, le statut d’entreprise est apparu le modèle le plus adéquat et le plus viable. C’est ainsi qu’est née l’entreprise sociale Nutri’zaza.

Nutri’zaza : le pari d’une entreprise sociale

Avec quatre partenaires, Taf, le producteur de la Koba Aina, APEM, une association locale, ainsi que deux fonds d’investissements français, I&P et la Sidi, le Gret a élaboré les démarches nécessaires à la constitution de Nutri’zaza. Sous la forme d’une société anonyme de droit malgache, Nutri’zaza reprend les trois piliers du projet Nutrimad, et gère et développe le réseau des « Hotelin-jazakely ». Un plan d’affaires sur cinq ans a été conçu, et l’équilibre économique est possible pour un réseau d’une centaine d’hotely. La création de Nutri’zaza bénéficie d’un fonds de démarrage de l’Agence française de développement et des investissements en capital des cinq actionnaires.

Outre la gouvernance habituelle d’une société anonyme (direction, conseil d’administration, assemblée générale des actionnaires) l’entreprise va créer, grâce au soutien de Find (fonds d’innovation pour le développement) un comité d’éthique et de surveillance sociale, afin que la gestion de son mandat social ne soit pas laissé aux actionnaires seuls. Excepté le risque de ne pas atteindre les objectifs d’équilibre financiers attendus, le risque le plus important pour Nutri’zaza serait la dérive de l’entreprise sociale vers une entreprise commerciale classique qui ne serait plus en faveur de la population la plus défavorisée mais dont le principal et seul objectif serait la rentabilité financière. Ainsi, il est essentiel de mettre en place une organisation qui puisse garantir la poursuite de ce mandat social même si, à terme, l’actionnariat évolue. Ce comité sera composé des anciens partenaires de Nutrimad dont les communes, qui fournissent gracieusement les terrains sur lesquels sont construits les hotelin-jazakely ou les locaux à réhabiliter, l’Office national de nutrition et le ministère de la Santé. Il se réunira deux fois par an pour suivre les indicateurs sociaux de l’entreprise : nombre d’enfants touchés, nombre de repas fournis, l’accessibilité de la Koba Aina pour les plus pauvres (prix de vente du produit), le nombre d’emplois d’animatrices créés, les animations d’éducation nutritionnelle réalisées, etc. Tous ces indicateurs feront l’objet d’un livre blanc afin de pourvoir en faire un suivi sur le long terme.

Enjeux pour les cinq prochaines années

Pour les cinq prochaines années, un gros programme de travail attend Nutri’zaza, qui doit atteindre l’équilibre financier et prouver qu’elle respecte son mandat social :

  • Convaincre les anciens partenaires que si le statut change, l’objectif de lutte contre la malnutrition, reste le même afin de maintenir les appuis de Nutrimad à l’entreprise sociale Nutri’zaza et, pour inciter certains à participer au comité d’éthique et de surveillance sociale ;
  • Construire 60 nouveaux hotely en 3 ans dans des quartiers pauvres
  • S’installer dans 25 nouvelles communes
  • étendre la commercialisation de la Koba Aina à d’autres circuits de distribution
  • Fournir une alimentation de complément à plus de 150 000 enfants (notamment ceux issus de familles défavorisées)
  • Créer 200 postes d’animatrices
  • Et faire le pari qu’une entreprise peut être sociale (avec un service accessible aux familles à faibles revenus, faisant son activité majoritairement auprès des familles pauvres, garder un produit aux standards internationaux de qualité,…) et le démontrer par des indicateurs rigoureux.

Consulter l’étude et travaux en ligne : « Le business social pour lutter contre la malnutrition infantile : l’élaboration d’un service de vente d’aliments pour jeunes enfants à Madagascar (1997-2008) »