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Publié le 25/06/2015

Accompagner la transition agroécologique en Asie du Sud-Est

Le Gret et le Cirad se mobilisent depuis mai 2015 pour la transition agroécologique dans la région Mékong (Cambodge, Laos, Myanmar, Vietnam). Ils appuient les petits exploitants agricoles dans l’évolution de leurs pratiques avec une transformation graduelle de leurs systèmes d’exploitation.

Les petits agriculteurs familiaux de la région du Mékong ont traditionnellement pratiqué une agriculture de subsistance intégrée combinant cultures annuelles, élevage et gestion forestière dans des environnements complexes. Les systèmes de rotation intégrant des périodes de jachère pour restaurer la fertilité des sols, les jardins maraîchers caractérisés par une très forte biodiversité ou encore les pratiques d’agroforesterie basées sur l’utilisation d’arbres-légumineuse fixant l’azote dans le sol sont quelques exemples de pratiques agricoles basées sur les principes de l’agroécologie et s’appuyant sur une connaissance et une compréhension fortes des écosystèmes accumulées depuis plusieurs générations par les agriculteurs de subsistance.

Cependant, depuis plusieurs décennies, la pression démographique combinée à des politiques publiques encourageant la conversion des jachères en terres cultivées de manière permanente a contribué à limiter fortement le système des rotations de culture. Tous les pays d’Asie du Sud-Est se sont engagés dans un processus de « modernisation » de l’agriculture, appliquant les pratiques de la Révolution verte destinée à favoriser les monocultures pour l’exportation. Chaque pays a atteint un stade différent dans le processus d’intensification agricole, mais aussi en termes de dégradation des terres et diminution de la biodiversité associées à une généralisation de pratiques agricoles intensives en intrant chimiques. En fonction de leur histoire, des changements démographiques, des modes de développement économique et du potentiel agroécologique de leurs écosystèmes, l’intensification agricole dans chaque pays a évolué de manière différente et a eu des impacts écologiques variables. Dans ce contexte régional, il apparaît important de favoriser la dissémination de pratiques agroécologiques considérées comme des alternatives convaincantes et éprouvées au système agroalimentaire dominant, visant à la fois à renforcer les capacités d’innovation des agriculteurs familiaux, et à faire reconnaître leur contribution à la souveraineté alimentaire.

Avec l’objectif général de construire des mécanismes durables et effectifs capables de faciliter des synergies entre les initiatives qui concourent à une transition agroécologique en Asie du Sud-Est, le Cirad et le Gret mènent le projet Actae (Accompagner la transition agroécologique) qui a démarré en mars 2015 et se finira en 2018. Le Gret en particulier met en œuvre la composante du projet dédié à promouvoir l’émergence d’un nouveau réseau régional Alisea (Agro-ecological learning alliance in South-East Asia), visant à renforcer le partage d’expériences et de connaissances entre les initiatives agroécologiques et leurs acteurs, à accroître la visibilité et la crédibilité du mouvement agroécologique auprès des décideurs politiques et des consommateurs, et à accélérer la diffusion et l’adoption des pratiques agro-écologiques par les agriculteurs familiaux. Le Gret a mené un état des lieux des pratiques, expériences, acteurs liés à l’agroécologie dans les pays du Mékong qui a permis d’identifier 118 organisations de recherches, agences gouvernementales, ONG, compagnies privées dans six pays susceptibles d’alimenter un futur réseau avec une grande diversité d’expériences.

Malgré le nombre important d’initiatives appuyant le développement de l’agroécologie dans la région Mékong, cette initiative est la première du genre, visant à mettre en relation l’ensemble des acteurs via un réseau ancré localement pour former une coalition forte d’organisations à différents niveaux (depuis les organisations paysannes jusqu’aux centres de recherche nationaux et régionaux en passant par le secteur privé), capable de peser sur les pouvoir publics et accroître le soutien accordé aux pratiques agricoles alternatives.

En cette année de Cop 21 et d’Année internationale des sols, cette initiative permet aussi de replacer l’agroécologie au centre des débats, en insistant sur son caractère moderne et innovant apportant une solution pour le développement et le climat. L’agroécologie permet ainsi de procurer un effet combiné sur la sécurité alimentaire et le climat en reconstituant le potentiel des écosystèmes, un apport qui ne se limite pas à la production alimentaire, au contraire de concepts comme l’agriculture intelligente face au climat (AIC). Un double impact pour le climat en termes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (moins d’intrants chimiques, etc.) et d’adaptation des populations au dérèglement climatique, un terreau d’innovations pour l’agriculture familiale.

En savoir plus sur le projet Actae