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Publié le 10/06/2015

En direct de Bonn et après le G7 : Rome fait la promotion de la Gacsa

Le G7 français s’est terminé le 8 juin 2015 avec des promesses pour la sécurité alimentaire et l’agriculture (sortir 500 millions de personnes de la faim en 2030). Dans l’annexe de sa déclaration, il précise les effets négatifs du changement climatique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et prendre l’engagement de promouvoir les meilleures pratiques pour l’adaptation au changement climatique « et prend note des nouvelles initiatives comme la Global Alliance for Climate Smart Agriculture. » (Gacsa).

Pour rappel, plusieurs ONG internationales (dont le Gret) se mobilisent depuis plus d’un an contre cette alliance. Laurent Levard, expert agriculture du Gret, rappelait en septembre 2014 à l’occasion du symposium de la FAO sur l’agroécologie « alors que l’agroécologie se développe, le concept de “climate smart agriculture” (Agriculture intelligente face au climat) et l’Alliance qui porte son nom constituent aujourd’hui un véritable danger, car la définition est tellement générale qu’elle permettra à peu près à n’importe qui de s’en réclamer, et en particulier ceux qui ont le plus de moyens pour se faire entendre, c’est-à-dire les multinationales de l’agro-business. Elles trouveront ainsi l’occasion de faire accepter (greenwashing) les technologies qui sont leur fond de commerce (OGM, engrais et pesticides chimiques…) alors que ce sont précisément celles-ci qui constituent une impasse. L’urgence climatique ne doit en aucun cas ouvrir la porte à de fausses « solutions climat » qui menaceraient les droits fondamentaux des populations agricoles et rurales et la sécurité alimentaire et nutritionnelle des plus pauvres. La Gacsa pourrait être un contre-feu au développement de l’agro-écologie, en faveur des intérêts économiques de certaines multinationales. Les ONG souhaitent que la France s’engage à soutenir les solutions durables comme l’agro-écologie conformément à ses engagements politiques en faveur des agricultures familiales. »

Malgré ces alertes, le lendemain du G7, pendant les intersessions climat de Bonn le 9 juin 2015, les institutions internationales sur la faim à Rome (FAO, IFAD, WFP) organisaient un side event intitulé « Climate-Smart Agriculture Advantage: better returns for smallholder farmers », se faisant les portes paroles des petits producteurs pour vanter les mérites de l’agriculture intelligente face au climat… Sans mentionner l’alliance éponyme, les intervenants ont présenté des projets agricoles de terrain, vantant les mérites des pratiques traditionnelles locales et les résultats des projets sur la productivité agricole, et appelant les Etats à prendre en compte la CSA dans les politiques, condition de réussite. Malgré les questions, le concept de la CSA n’a pas été défini. A la question « en quoi est-ce différent des projets agricoles traditionnels car tous les projets agricoles prennent en compte les pratiques locales », la FAO a répondu qu’il n’y avait rien de différent, mais que politiquement au niveau des négociations internationales il fallait établir un concept pour sensibiliser les décideurs.

Une opération de communication réussie, au nom des petits producteurs, bien loin des réalités de terrain et des enjeux politiques.