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Publié le 28/10/2015

3 questions à Judicaël Fétiveau, expert en gestion des ressources naturelles au Gret

Du 7 au 11 septembre 2015, 3 000 personnes se sont rendues au XIVe Congrès forestier mondial organisé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Intervenant depuis 1988 dans le domaine de la foresterie, le Gret était présent. Sous l’intitulé « Forêts et populations : investir dans un avenir durable », cette édition était pour la première fois organisée sur le continent africain, à Durban, en Afrique du Sud. Judicaël Fétiveau, expert en gestion des ressources naturelles au Gret, revient pour En lien sur cet événement.

En lien – Quels étaient les enjeux de ce congrès ?

Judicaël Fétiveau – Ce rendez-vous consacré à la forêt et à la foresterie est organisé par la FAO tous les six ans. Cette année, à deux mois de la Cop 21, les délégations nationales étaient invitées à tenir compte de la forêt dans leurs engagements futurs de lutte contre les changements climatiques. Le thème de cette édition était aussi en phase avec l’actualité, juste avant l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD) par l’Assemblée générale des Nations unies. Le congrès s’est ouvert avec la publication par la FAO de son dernier rapport sur l’évaluation des ressources forestières (FRA), qui fait état d’un ralentissement global de la déforestation sur la base des données nationales à partir d’une définition très extensive des forêts. Un constat que ne partage pas le Global Forest Watch à partir du traitement de données issues d’images satellite et d’une définition plus restrictive des forêts, ce qui souligne le manque de fiabilité des données nationales sur lesquelles s’appuie la FAO, à l’heure où se développent les instruments de surveillance des forêts dans les pays tropicaux.

En lien – Quelles approches innovantes ont été abordées lors de ce congrès ?

Judicaël Fétiveau – Le programme officiel et les événements parallèles (side events) faisaient la part belle à la dimension intersectorielle des forêts, avec notamment le lancement d’un dialogue international sur les forêts et l’eau. Plus largement, était questionnée la place du secteur forestier dans les logiques d’aménagement du territoire, en particulier dans le cadre de l’approche paysage, qui cherche à organiser la multifonctionnalité des espaces au bénéfice d’une pluralité d’intérêts. Cette dimension intersectorielle était aussi présente au troisième Forum du Comité permanent des finances de la Convention climat (CCNUCC) organisé pendant la conférence, montrant que le financement pour la forêt vient aussi des secteurs de l’agriculture, de l’énergie, etc. Y fut aussi discutée la proposition de la Bolivie de lier atténuation et adaptation au-delà du carbone, au travers du mécanisme de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (Redd+). Après la finalisation du cadre méthodologique de Redd+ (le « Cadre de Varsovie » adopté en décembre 2013) aux intersessions de la Cop 21 à Bonn en juin 2015, l’heure était aux appels à l’action dans les pays en développement (PED). Les attentes des PED sont désormais centrées sur le financement des réformes structurelles indispensables à une lutte efficace contre la déforestation et au paiement des résultats en attendant la définition de la place de Redd+ dans l’accord et dans l’arrangement climat post-2020, et notamment la possibilité de vendre des crédits REDD+ sur les marchés carbones régionaux ou nationaux.

En lien – Quelle solution est mise en place par le Gret en République démocratique du Congo pour lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts ?

Judicaël Fétiveau – Dans le cadre du projet Defiv-Dafoma, le Gret promeut à une échelle pilote au Mayanda, dans le Bassin du Congo, des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et la gestion durable des ressources forestières. Les plans simples de gestion (PSG) des ressources à l’échelle des terroirs coutumiers sont un outil pour inscrire ces pratiques dans une démarche d’aménagement du territoire. Au terme d’une enquête foncière détaillée, cinq PSG reconnus par l’administration ont été élaborés par les communautés locales appuyées par le Gret, planification quinquennale de leurs investissements. Cette solution concilie trois bénéfices. Tout d’abord, elle a des effets sur la sécurité alimentaire par l’amélioration des rendements agricoles sur les terres cultivées. Les règles d’aménagement permettent aussi d’éviter que la hausse des revenus et le désenclavement apportés par le projet alimentent la déforestation tandis que le développement de systèmes agroforestiers démontre la possibilité de restauration de terres dégradées à la place du brûlis de forêts naturelles. Ces techniques agroforestières diversifiant les cultures réduisent enfin la vulnérabilité des familles rurales aux aléas climatiques et limite leur dépendance aux intrants carbonés. Cette solution est réplicable dans tous les milieux ruraux où l’accès aux ressources géré par des pouvoirs coutumiers ne fait pas l’objet de contestations violentes.

En savoir plus sur les plans simples de gestion (PSG)

Regarder la vidéo Climat & Déforestation : des plans simples de gestion pour concilier développement local et protection de forêts