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Publié le 29/01/2016

La formation : clé pour l’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne

En Afrique subsaharienne, croissance démographique et urbanisation se conjuguent pour exercer des pressions considérables sur les systèmes éducatifs et sur le marché de l’emploi. Les jeunes, qui représentent une part croissante de la population, arrivent en masse sur le marché du travail. Leur niveau de qualification reste insuffisant ou inadapté aux besoins des employeurs. Le Gret agit pour favoriser la formation professionnelle des jeunes depuis plus de 20 ans. Zoom sur le projet Adeter au Sénégal, visant à favoriser l’emploi des jeunes en milieu rural. 

Le Gret agit sur le tryptique formation-insertion-appui à l’entreprise

Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, au moins 85 % de l’emploi est pourvu par les micro et petites entreprises du secteur informel et 90 % de la formation technique et professionnelle a lieu en secteur informel. Les jeunes formés par ces biais ont pour la majorité relativement peu de qualifications, la plupart ayant quitté tôt le système scolaire formel lorsqu’ils l’ont fréquenté. Relever le défi de la formation et de l’insertion des jeunes suppose d’adopter des approches innovantes et adaptées aux réalités des pays. Bien que la scolarisation primaire se soit améliorée, les dispositifs de formation technique et professionnelle existants rencontrent des limites en termes de capacité d’accueil et d’adéquation de leur offre à la demande des milieux professionnels. En particulier, les offres de formation sont plus restreintes dans les zones rurales, alors que ces zones représentent de forts enjeux de stabilisation des populations et de développement agricole et non agricole.

Le Gret intervient depuis plus de 20 ans en matière d’appui à la petite entreprise et de formation professionnelle. Il appuie l’élaboration de formations de qualité, adaptées au marché du travail local, en particulier du secteur informel, et articulées avec les enseignements formels existants. Le niveau post-primaire représente une étape charnière de sortie du système éducatif formel et d’entrée sur le marché du travail des jeunes. Depuis le début des années 2000, le Gret a élargi son champ d’intervention à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes, notamment en testant la mise en place de dispositifs d’accompagnement des jeunes dans la définition de leur projet professionnel et dans leur recherche d’emploi. Ainsi, récemment, le Gret a contribué à opérationnaliser dans le cadre des réformes des dispositifs de formation professionnelle des formations sur les premiers niveaux de qualification en Mauritanie, au Bénin et au Sénégal (sur des niveaux d’ouvriers qualifiés ou semi-qualifiés) ; il a développé un dispositif d’appui à l’insertion des jeunes en Mauritanie, Cap Insertion, qui a été transféré en 2013 au Ministère en charge de l’emploi ainsi qu’à la Communauté urbaine de Nouakchott qui délègue ce service. Le Gret a systématiquement conduit ces actions en collaborant avec quatre familles d’acteurs : les institutions publiques (centrales, déconcentrées, décentralisées), les entreprises et leurs représentants, les structures de formation, et les jeunes et leurs familles.

Au Sénégal : le défi des qualifications et des métiers ruraux non agricoles

Le ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat (MFPAA) a développé une stratégie d’apprentissage rénové basée sur l’approche par les compétences, qui aujourd’hui entre dans une phase opérationnelle. 55 % de la population sénégalaise a moins de 20 ans et environ 650 000 jeunes sont susceptibles de relever de la formation par apprentissage menant aux premiers niveaux de qualification. La première phase du Plan Sénégal émergent (2014-2018) consacre l’agriculture comme socle du développement économique et social durable. Malgré l’ampleur de ces besoins, le contexte sénégalais se caractérise par la faiblesse de l’offre de formation formelle pour les publics peu ou non scolarisés, ainsi que pour les métiers para-agricoles. Ces métiers restent peu reconnus et valorisés des jeunes générations, bien qu’ils représentent un enjeu majeur de création d’emploi et de valeur ajoutée ainsi que de stabilisation des populations sur les territoires ruraux. En effet, peu de formations à ces métiers existent et peu d’entreprises s’y développent, qui pourraient jouer un rôle de modèle et attirer les jeunes vers ces métiers.

La Vallée du Fleuve Sénégal, épicentre de la production rizicole du Sénégal, occupe une place privilégiée dans l’agriculture du fait de la disponibilité en eau et en terres aménagées. Le développement para-agricole – en amont, en service et en aval à la production agricole – est la priorité du développement de ce territoire. En testant des modèles de formation pour les premiers niveaux de qualification, en introduisant un lien entre formation et prospective économique (métiers porteurs) et en encourageant la concertation entre acteurs dans la région, l’ONG internationale Gret, présente depuis 1989 au Sénégal et depuis 1996 à Saint-Louis, et Enda Graf Sahel proposent une réponse qui s’inscrit dans la vision de l’État sénégalais dans le cadre du projet d’Apprentissages pour le développement des territoires ruraux (Adeter). Ils valorisent le fort potentiel de l’économie rurale afin qu’elle contribue durablement au renforcement des qualifications des jeunes et des professionnel(le)s, à la sécurité alimentaire et à l’emploi. Depuis 2014, et jusqu’en 2017, le projet permettra de développer de manière concertée, avec les acteurs au niveau central, déconcentré et décentralisé, une offre de formation professionnelle innovante répondant aux besoins des territoires de la région de Saint-Louis. Le Gret et Enda Graf Sahel ont choisi de tester deux modes de formation : la formation par apprentissage, dans l’esprit de la réforme de la formation professionnelle et afin de former des jeunes, et la formation continue de transformatrices (ce sont essentiellement des femmes), afin que le développement de ces métiers puisse à moyen terme jouer un rôle de modèle pour attirer les jeunes vers ces métiers :

  • une formation de type dual pour les jeunes, alternant temps en entreprise et en centre de formation, dans des métiers para-agricoles porteurs jusqu’alors dépourvus d’offre de formation (fabrication d’outils et de matériel, maintenance, etc.). En octobre 2015, 94 jeunes démarraient leur formation dans un des cinq programmes élaborés selon l’Approche par compétences dans des métiers para-agricoles. Les programmes sont mis en œuvre dans 55 entreprises artisanales et trois structures de formation, ou centres-ressources ;
  • un service de formation continue/conseil destiné aux groupements de femmes agissant dans le domaine de la transformation agroalimentaire pour développer leur activité (gestion, commercialisation, plans d’affaires, etc.). Vingt groupements de femmes transformatrices de produits agroalimentaires ont à ce jour débuté leur formation et six conseillères en promotion féminine de la Société d’aménagement du Delta (SAED) ont été formées pour accompagner les groupements. Soixante membres de vingt groupements de femmes ont participé au diagnostic de leur groupement et à l’élaboration de leur plan d’affaires. Le développement de ces entreprises devrait permettre d’attirer les jeunes vers ces filières porteuses mais actuellement désertées.

Innovations techniques et concertation : l’originalité de l’approche Adeter

Avec le projet Adeter, le Gret et Enda Graf Sahel adoptent une approche complémentaire à l’action de l’État sénégalais, tout aussi adaptée à l’opérationnalisation des réformes de la formation professionnelle dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne. Les conditions de succès reposent sur deux piliers : l’engagement fort des acteurs (entreprises, institutions, jeunes et leurs parents, partenaires) et une reconnaissance des modes d’acquisition des compétences non formels ou informels de formation.

Trois types d’innovation technique sont mises en œuvre en matière de formation par apprentissage. Des parcours de formation individualisés sont conçus sur la base de bilans initiaux de compétences. Ces parcours sont adaptés en contenu, en niveau et en durée à la progression de chaque jeune, et le niveau atteint est validé en fin de cycle. Par ailleurs, il s’agit de rapprocher artisans et formateurs dans la conception et la délivrance en binôme de certains modules de formation, afin de favoriser des approches complémentaires et une meilleure connaissance mutuelle des métiers et synergie dans la délivrance des formations. Enfin, la conception et le test du curricula sont réalisés avant la validation administrative et technique du Ministère, à l’inverse de la pratique habituelle où le curricula est validé, puis testé, puis révisé : cela permet que le curricula validé soit déjà éprouvé plutôt que de devoir avancer avec un curricula peu adapté qui nécessite d’être amendé suite à sa validation.

Le processus est entièrement conçu et réalisé avec l’ensemble des acteurs. Deux organes locaux de concertation ont défini et suivi les processus de conception puis de mise en place des actions du projet. Ils mobilisent l’ensemble des acteurs concernés sur le territoire et au niveau sectoriel, notamment les Commissions de concertation opérationnelle pour la formation par apprentissage et pour l’’appui aux groupements. Leurs orientations sont validées par le Ministère à chaque étape du processus, afin de garantir l’inscription de l’action dans les plans d’action et normes gouvernementales. L’implication de l’Inspection d’Académie est renforcée comme premier maillon d’échange avec le Ministère, afin de garantir un pilotage de l’action en phase avec le territoire et ses acteurs. Des cadres de concertation ont été remis en fonctionnement ou créés (Comité régional pour la mise en œuvre de la politique d’apprentissage, Comité partenarial de suivi et de supervision). Le ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat a formellement fait part de sa satisfaction sur la qualité de la collaboration développée.

Reste maintenant au projet, en maintenant la modalité de concertation adoptée, à faire valider les curricula développés, à poursuivre la bonne mise en œuvre des formations et à capitaliser sur les bonnes pratiques, que le Gouvernement et les collectivités pourront choisir de poursuivre et répliquer ultérieurement.

Les activités du Gret sur l’insertion et la formation professionnelle
En savoir plus sur le projet Adeter