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Publié le 27/05/2016

En route vers Habitat III

Habitat III est la troisième conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable. Elle se tiendra à Quito (Équateur) du 17 au 20 octobre 2016 sur le thème : Le développement urbain durable : l’avenir de l’urbanisation ? Le Gret, engagé depuis plus de 30 ans pour le droit à la ville pour tous, se mobilise à cette occasion.

Habitat III : qu’est-ce que c’est ?

La conférence Habitat III s’inscrit dans le troisième cycle de conférences internationales portées par les Nations unies commencé en 2012, et dans le contexte de l’adoption des Objectifs du développement durable (ODD). Ces conférences donnent le ton pour plusieurs années en matière d’évolution des orientations thématiques des Etats, des politiques et des institutions internationales. Habitat III est censée favoriser l’engagement mondial en faveur d’un nouvel agenda urbain en réponse aux défis du développement durable. Elle débouchera sur une Déclaration, adoptée par les États membres. Non contraignante, elle n’en sera pas moins un cadre de référence pour les Etats et les institutions internationales pour les 20 prochaines années. Pour le Gret et les acteurs de l’urbain en général, elle est une occasion intéressante à plusieurs titres : faire valoir ses analyses et ses positionnements aux niveaux français et international, promouvoir les solutions concrètes qu’il co-construit avec ses partenaires au niveau local, et s’inscrire dans des dynamiques collectives, avec des organisations de la société civile, des autorités locales, des chercheurs, des institutions publiques.

Habitat I avait insisté sur le rôle des Etats dans les politiques urbaines, le droit à la participation des habitants, le rôle central du foncier, ou encore la question environnementale. Habitat II a mis en avant les autorités locales ou encore le rôle des communautés, mais marquait déjà un recul par rapport à Habitat I, annonçant le désengagement de l’Etat, promouvant une vision gestionnaire et techniciste de la ville et une moindre ambition en termes d’égalité, de solidarité et de citoyenneté. Le processus préparatoire de la Conférence Habitat III repose sur différents types de contributions (rapports nationaux, documents de problématiques, documents de politiques) et se structure notamment autour d’une dizaine de grands sujets, parmi lesquels : droit à la ville et ville pour tous, gouvernance urbaine, finances et fiscalité locales, marchés fonciers et ségrégation urbaine, écologie urbaine et résilience, politiques de logement, etc. A ce stade, le premier draft de déclaration finale d’Habitat III laisse présager un nouveau recul par rapport à Habitat II. En particulier, on sait que la question du droit à la ville est une ligne rouge pour certains pays et que cette formulation n’a que peu de chance d’y figurer.

Les enjeux du développement urbain au niveau mondial

Malgré des expériences ambitieuses et souvent réussies de tous types d’acteurs, la précarité urbaine n’a cessé d’augmenter, au Nord comme au Sud. L’exclusion, la misère et la ségrégation urbaines semblent inexorables pour une part de plus en plus grande de l’humanité, alors que les aires urbaines vont doubler d’ici à 2030. Ce ne sont pas les solutions qui manquent mais cela suppose une volonté réelle de changer les choses. Or, le modèle dominant de développement se caractérise par une marchandisation, une financiarisation et une privatisation croissantes des villes et des territoires. Les décisions d’investissement, de spécialisation productive, d’aménagement, voire de gouvernance sont dictés toujours plus par des arrangements exigés par le capitalisme mondialisé, que par des projets territoriaux et collectifs de société, dans une mise en concurrence des sociétés et des écosystèmes.

L’ampleur des déprédations environnementales, des bouleversements des grands cycles biogéochimiques, l’épuisement progressif des ressources  énergétiques entraînent une conjonction et une interconnexion de fragilités qui font que les risques systémiques sont de plus en plus importants et de plus en plus globaux. Les enjeux de demain, ou plutôt d’aujourd’hui, sont des enjeux de construction et de gestion des biens communs et du vivre ensemble. On comprend l’urgence de construire la viabilité des territoires et le droit à être et à vivre dans la dignité, non pas seulement par solidarité mais parce qu’il en va de notre avenir commun. C’est pourquoi le Gret défendra une vision des villes et territoires viables, qui suppose de :

  • contribuer à l’émergence de nouveaux modes de développement urbain et territorial pour des territoires résilients, productifs, inclusifs et solidaires, à travers notamment : la promotion d’approches territoriales et d’aménagement du territoire intégrées garantissant l’équilibre et les interconnexions urbain-rural, le renforcement des processus de construction collective de l’intérêt commun et des gouvernances démocratiques, la prise en compte de la capacité de charge des écosystèmes et de la finitude des ressources locales, la relocalisation de l’économie, le soutien à la construction « verte » et aux technologies adaptées ;
  • défendre le droit à la ville pour tous et toutes, à travers notamment l’intégration et l’inclusion de la ville informelle, la promotion de la fonction sociale de la terre grâce à la régulation des marchés fonciers, la sécurisation foncière, le renforcement du pouvoir d’agir et la participation des habitants et des mouvements de la société civile à la production urbaine, le soutien à la production du logement à vocation sociale et/ou populaire, sous toutes ses formes ;
  • promouvoir le renforcement des Etats, des institutions publiques et des systèmes d’économie publique (fiscalité, investissement, protection sociale), dans leur rôle de définition des règles du jeu, de régulation et de redistribution entre territoires, entre autorités locales et entre citoyens, et de garant de l’intérêt commun.

Mobilisation du Gret pour Habitat III

Le Gret se mobilise dans le cadre de plusieurs dynamiques collectives – celle du PFVT (Partenariat français pour la ville et les territoires), dont le Gret est membre, celles animées par l’Aitec, le Groupe Initiatives (Journées d’études « coopérer en milieu urbain ») et Coordination SUD – et des concertations spécifiques notamment avec l’Agence française de développement (AFD).  Dans ce cadre, le Gret a déjà contribué au document de position du collège ONG du PFVT et à l’élaboration de deux des six documents de positions de la France en réponse aux documents de politiques (Policy Units) produits par des groupes d’experts sélectionnés par le secrétariat d’Habitat III : « Villes pour tous : quel(s) droit(s) à la ville ? » et « Pour une résilience des populations et des territoires ».

Le Gret diffusera des recommandations issues de sa pratique et de 30 années d’expérience dans l’urbain, aux acteurs de l’urbain, aux partenaires techniques et financiers internationaux, aux collectivités du Sud. Il partagera à travers des notes de positions, des « fiches solutions » et des films courts, les résultats de son expérience et l’état de sa réflexion autour de trois angles particulier, qui déclinent dans la pratique sa vision du territoire viable :

  • Construction collective de la gouvernance des territoires
  • Intégration des quartiers précaires à la ville
  • Prise en compte des risques et de l’urgence climatique et environnementale

Le Gret s’est d’ailleurs déjà mobilisé en 2015 sur le sujet « Villes et climat », à l’occasion de la Cop 21, et il rappellera ses recommandations en la matière. Retrouvez la note « Les villes dans la lutte contre le dérèglement climatique » et la fiche solution « Adapter des outils de diagnostic climatique aux échelles locales : gestion des eaux pluviales des villes sahéliennes ».

Le Gret participera à différents événements préparatoires ou connexes à la Conférence et sera présent à Quito, aux espaces officiels et parallèles, et au forum alternatif.

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