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Publié le 25/07/2016

Intégration des quartiers précaires à la ville : condition sine qua non pour des villes solidaires et durables

En prélude à la conférence Habitat III, l’Agence française de développement (AFD) et Coordination SUD ont organisé le 29 juin 2016 un séminaire sur le thème « L’AFD et les organisations de la société civile face aux défis urbains : quels partenariats pour des villes solidaires ? ». Le Gret était représenté par Virginie Rachmuhl, experte urbain au Gret. L’objectif était d’examiner et croiser les pratiques de l’AFD et celles des organisations de la société civile en matière de développement urbain, en vue d’identifier les points communs, les éléments complémentaires, les axes de collaboration et les enseignements à tirer.

L’ouverture du séminaire s’est faite avec un aperçu global de l’état des lieux de l’urbanisation dans le monde. Aujourd’hui, 55 % de la population mondiale vit dans des zones urbaines. Selon les prévisions de l’ONU, ce chiffre atteindra 70 % dans les 30 prochaines années. Les villes devront accueillir 3 milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050, sachant que plus d’un milliard de citadins pauvres vivent dans les quartiers précaires. La vitesse à laquelle les villes se développent compromet les capacités de planification et d’adaptation.

Il est donc plus qu’important qu’une urbanisation cohérente et planifiée soit au cœur des politiques urbaines de développement. À ce propos,  les objectifs du développement durable à l’horizon de 2030 font état du rôle de l’urbanisation comme élément fondamental du développement durable. Ce sujet est d’ailleurs mentionné dans l’objectif 11 : « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ».

C’est donc dans une dynamique de partage d’expériences que Virginie Rachmuhl a cité l’exemple de l’intervention du Gret en Haïti à travers des activités relatives à l’accès à l’eau potable dans les quartiers défavorisés, l’aménagement et la reconstruction des quartiers précaires. Le Gret mène depuis plus de 20 ans en Haïti des projets d’accès aux services et d’amélioration des conditions de vie en milieu urbain. Après le séisme du 12 janvier 2010, le Gret a mis en place des projets de  reconstruction post-séisme et d’aménagement de quartiers, et d’appui à la société civile.

La précarité d’un quartier ne devait pas constituer un facteur d’exclusion. Selon Virginie Rachmuhl, « il faut intégrer les quartiers précaires à la ville ». Serge Allou, expert urbain à Cities Alliances ajoute que « les politiques publiques doivent considérer les quartiers précaires comme des villes à part entière ». Il préconise lui aussi de « raccrocher, rattacher les quartiers précaires à la ville ».

Implication et participation des habitants

Les questions liées au changement d’échelle, et à l’implication des habitants étaient également au cœur des recommandations et des grands enseignements tirés. Une question centrale du séminaire concernait le lien entre pouvoirs publics et organisations de la société civile. Des exemples de projets présentés par les intervenants ont conduit à s’interroger sur le rôle des pouvoirs publics : à Kinshasa, où un projet d’accès à l’eau potable géré par des organisations de base était présenté, un des facteurs de réussite et de pérennité s’avérait être l’autonomie du projet en matière de production de la ressource. L’exemple du Gret à Port-au-Prince, où un objectif du projet était de rapprocher pouvoirs publics et citoyens, montre que le changement de politique de l’entreprise publique d’eau, qui dessert beaucoup moins les quartiers qu’auparavant, fragilise les résultats obtenus. Pour autant, les intervenants s’accordent sur la nécessité d’impliquer les pouvoirs publics dans les projets urbains et notamment les collectivités locales.

Habitat III : quelles attentes?

En termes d’attentes vis-à-vis d’Habitat III, les ONG présentes ont insisté  une meilleure prise en compte des quartiers et populations précaires ou très vulnérables (par exemple les enfants et adolescents des rues) dans les programmes et politiques urbaines et d’habitat. L’AFD a indiqué qu’un résultat attendu était la  formalisation d’un « véritable » axe urbain de l’Union Européenne et de financements dédiés, et qu’elle œuvrait dans ce sens.

Virginie Rachmuhl a clôturé son intervention en lançant un appel pour davantage de financements pour des projets urbains.  Elle incite également les financeurs et notamment l’AFD à « encourager les complémentarités et projets communs entre ONG/organisations de la société civile, coopération décentralisée et agences de financement ».

Dans son mot de fin, Serge Allou a souligné, entre autres, que si la communauté internationale s’accordait sur la nécessité d’intégrer les quartiers à la ville plutôt que de les supprimer, dans de nombreux pays, les acteurs locaux et nationaux ne sont pas encore convaincus. Il reste donc du chemin à parcourir pour changer les représentations, les discours et les politiques nationales.

Lire et télécharger la conclusion de Serge Allou

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