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Publié le 23/01/2017

3 questions sur… les « communs »

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Stéphanie Leyronas, chargée de recherches sur les ressources naturelles au sein de l’AFD, revient sur la notion de communs et les difficultés liées à l’opérationnalisation de ce concept.

Comment peut-on décrire la notion de « communs » ?

Les communs recouvrent des réalités extrêmement diversifiées. Ce sont traditionnellement des ressources naturelles autour desquelles s’auto-organisent des communautés pour assurer leur gestion, les préserver, les alimenter. Ces communautés vont ensuite mettre en place un droit différenciant autour de l’usage de ces ressources et un système de gouvernance qui va permettre de régler les conflits. Les communs recouvrent également toutes les initiatives citoyennes qui se mettent en place dans les interstices laissés par l’Etat et le marché.

Comment les communs peuvent-ils améliorer la qualité de l’aide au développement (APD) ?

Les communs viennent revitaliser l’APD à plusieurs niveaux. Ils apportent des éléments nouveaux par rapport aux discours de l’APD qui se fondent sur les biens publics mondiaux, sur le développement durable, etc. Ils apportent les notions d’équité et recentrent le débat sur les questions de processus. Ils permettent des modes de gouvernance beaucoup plus articulés entre l’Etat, le privé, la société civile et les différents acteurs de terrain. Par ailleurs, les communs sont extrêmement intéressants du point de vue des pratiques et des stratégies de la coopération internationale : ils vont déplacer notre regard vers les dynamiques collectives, vers les acteurs et vers les institutions qui les portent.

Quelles sont les difficultés rencontrées concernant l’opérationnalisation des communs ?

Les communs nous interrogent sur les communautés avec lesquelles nous travaillons, sur les processus mis en place, sur les modèles de financement et les indicateurs utilisés pour l’évaluation de la qualité et de l’efficacité. Il est aussi parfois difficile d’identifier si nous nous trouvons véritablement face à un commun. Par exemple, lorsque nous appuyons la délégation de gestion d’un service d’eau potable dans des quartiers à des associations locales d’usagers, à quel moment va-t-on passer de « pures structures de délégation de gestion » à des « communs », c’est-à-dire des groupes de personnes qui se sont totalement appropriés les infrastructures, les services, les valeurs qu’ils portent ?
Enfin, les communs se sont très largement répandus dans les mondes associatif, politique et militant. Il est indispensable de pouvoir articuler un discours audible qui soit construit autour de l’apport des communs par rapport aux théories existantes dominantes.

Visionner l’interview vidéo de Stéphanie Leyronas


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