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Publié le 10/02/2017

Initiative « 4 pour 1000 » : intervention du Groupe de travail sur les transitions agroécologiques (GTAE)

Lancée par la France dans le cadre de la COP21, l’initiative « 4 pour 1000 » invite l’ensemble des acteurs volontaires à faire connaître ou mettre en place des actions concrètes sur le stockage du carbone dans les sols. Récemment signataire du « 4 pour 1000 », le GTAE souligne l’opportunité que représente cette initiative pour faciliter la transition agroécologique et insiste sur la nécessité de créer un référentiel commun.

Le stockage de carbone dans les sols agricoles peut constituer un élément de la solution à la lutte contre le réchauffement climatique. Nombre de systèmes agricoles basés sur les principes de l’agroécologie et mis en œuvre majoritairement par l’agriculture familiale, permettent ce type de stockage. Ils sont également susceptibles de répondre à d’autres enjeux désormais majeurs tels que la restauration de sols dégradés, le maintien et l’amélioration de la fertilité organique du sol, l’accroissement des niveaux de production, la création de valeur ajoutée, de revenus et d’emplois ainsi que la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations. Si l’initiative « 4 pour 1000 » a le potentiel d’apporter un concours positif à tous ces enjeux, elle ne doit pas représenter une porte ouverte à la promotion de systèmes d’agricultures qui, par exemple, au nom du carbone dans le sol, multiplieraient in fine les émissions de GES, réduiraient ou détruiraient la biodiversité ou permettraient l’accaparement de terre au détriment des populations.

La nécessité d’un référentiel commun

À ce stade, les membres du GTAE (Agrisud, AVSF, Cari, Gret) pensent qu’il est indispensable de s’entendre sur un référentiel commun qui servirait de base pour caractériser et évaluer les différentes initiatives candidates à s’inscrire dans la démarche du « 4 pour 1000 » ; et ce afin de décider si elles peuvent effectivement être reconnues, certifiées, agréés, labellisées comme des initiatives qualifiées de « 4 pour 1000 ». À cet effet, le Gret a travaillé conjointement avec l’IDDRI et d’autres ONG membres de Coordination Sud, notamment le CCFD-Terre solidaire, pour éclairer cette question.

L’existence d’un référentiel doit donc permettre de s’assurer que les initiatives « 4 pour 1000 » non seulement répondent à l’objectif de carbone dans les sols, mais que, de plus, elles aient des effets et impacts positifs, ou du moins neutres, dans les autres domaines.

Le référentiel devrait ainsi intégrer :
– L’impact global des systèmes proposés en matière de bilan d’émission de gaz à effet de serre, et donc intégrer également la question de stockage de carbone dans la végétation pérenne et celle des émissions de méthane et de protoxyde d’azote. Rappelons qu’aujourd’hui la grande majorité des émissions de GES par l’agriculture correspondent à des émissions de ces deux gaz ;
– Les autres impacts environnementaux : préservation des ressources en terres et en eau, pollutions et biodiversité ;
– Les impacts économiques et sociaux : impacts en termes d’inégalités, d’accès des populations locales, et notamment des agricultures familiales, au foncier et aux autres ressources naturelles ; impacts en termes d’adaptation au changement climatique, impacts en termes d’emploi, de génération de valeur ajoutée et de revenus, ainsi que de sécurité alimentaire.

Dans différents contextes de pays en développement, les membres du GTAE mettent en œuvre ou appuient la mise en œuvre d’ensembles de pratiques agroécologiques et de dispositifs qui permettent de répondre à ces différents enjeux, et notamment à la consolidation de l’économie des agricultures familiales et à leur adaptation aux changements climatiques.

Faciliter la transition agroécologique des agricultures familiales

À ce stade, il est important de souligner que le « 4 pour 1000 », s’il est conçu de manière à prendre en compte les différents aspects mentionnés, constitue une opportunité réelle et sérieuse de contribuer à l’indispensable transition agricole. L’une des conditions majeures est qu’elle consolide l’économie des agricultures familiales. Ces dernières emploient l’essentiel de la force de travail agricole des pays du Sud, fournissent la grande majorité de l’alimentation du monde et de la valeur ajoutée du secteur agricole, mais sont aujourd’hui souvent menacées par des politiques agricoles défavorables et par des processus d’accaparement des terres. La consolidation scientifique du concept fondée sur une approche multicritère s’avère urgente et doit intégrer les aspects méthodologiques et les apports d’expérience des acteurs du développement. À cet égard, les performances attendues sur le court, le moyen et le long terme seront centrales pour espérer un effet d’entraînement.

La formidable opportunité que représente l’initiative « 4 pour 1000 » pour faciliter la transition agroécologique de l’agriculture familiale s’accompagne cependant de la prise en compte d’un constat : les transferts financiers directs aux agriculteurs ne suffiront pas, car la transition agroécologique requiert aussi des mécanismes d’accompagnement et de recherche-action participative adaptés. Le « 4 pour 1000 » peut aussi être l’occasion de renforcer ces dispositifs, en particulier via le renforcement d’une collaboration multi-acteurs, notamment entre organisations de la société civile et scientifiques.

Dans ce contexte, le GTAE s’est mis en mouvement, en lien avec la recherche et sur la base d’interventions de terrain de chacune de ses organisations. Le GTAE commence à produire des références sur la qualification de pratiques agroécologiques du point de vue du stockage du carbone dans les sols (collaborations IRD) et sur l’évaluation socio-économique des pratiques agroécologiques pour mieux documenter les effets et impacts de ces pratiques sur l’économie et la sécurité alimentaire et nutritionnelle des exploitations familiales.

Enfin, face à la multiplication des initiatives d’envergure internationale liées à la prise en compte de l’agriculture dans le changement climatique, il s’impose une caractérisation plus précise du « 4 pour 1000 » non seulement dans ses ambitions, mais aussi de la précision de son identité, de son mode opératoire et de sa manière spécifique de prendre en compte les projets qu’elle entend héberger.

Pour en savoir plus :
Le Gret rejoint l’initiative « 4 pour 1000 »
Note de l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales) sur la mise en place d’un cadre normatif pour l’initiative « 4 pour 1000 »
Site 4 pour 1000