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Publié le 12/04/2017

Les toilettes, c’est une affaire de pros ! Le développement c’est l’affaire de tous

Depuis le début des années 2000, le Gret adopte des approches d’entreprenariat social empruntant aux logiques marketing, pour le développement solidaire. En 2010, il teste le concept du « marketing de l’assainissement ». Cette approche repose sur l’installation d’une offre locale, à bas prix et de qualité, de toilettes pour tous, distribuées dans des magasins de proximité. Une démarche innovante, testée avec succès depuis deux ans au Burkina Faso, et qui sera mise à l’honneur au cours des prochaines semaines grâce à une campagne de financement participatif intitulée « Les toilettes, c’est une affaire de pros ! » .

Dans les zones rurales du Burkina Faso, des toilettes rares et de mauvaise qualité

Les Objectifs du développement durable lancés en 2015 prévoient,  d’ici à 2030, « [d’]assurer l’accès de tous, dans des conditions équitables, à des services d’assainissement et d’hygiène adéquats et [de] mettre fin à la défécation en plein air, en accordant une attention particulière aux besoins des femmes et des filles et des personnes en situation vulnérable » (cible 6.2). En 2017, à Poura et à Fara, des localités situées au sud-ouest du Burkina Faso, l’objectif semble très loin d’être atteint…

utilisation_toilettesDans ces zones rurales où les habitants vivent essentiellement de l’agriculture et de l’orpaillage, seuls 40 % en moyenne ont des latrines. Un chiffre qui peut baisser jusqu’à 11 % dans certains villages ! La pratique courante reste la défécation à l’air libre, en « brousse », avec son lot de complications et de conséquences néfastes : insécurité liée aux longs trajets de nuit à pied ; pollution de l’environnement, et notamment de l’eau consommée par les habitants ; risques de morsures par des serpents ou des scorpions ; perte de dignité, en particulier pour les personnes âgées, etc.

Lorsqu’elles existent, les latrines sont de type « traditionnel » : autrement dit, un simple trou qui laisse passer les bactéries contaminant les sols et l’eau, une base en bois avec des risques d’effondrement, une installation sans intimité qui laisse passer les odeurs, un confort rudimentaire. Souvent, ces latrines sont le résultat de grandes opérations de « latrinisation » ayant incité les habitants à construire dans des délais très court des latrines en « réaction » à des campagnes chocs : les pratiques ne sont donc pas ancrées dans la durée, ni intégrées ; les constructions sont faites « maison », pour des résultats qui ne sont ni durables ni de qualité suffisante en termes d’hygiène, de sécurité et de respect de l’environnement.

Pour ces raisons, le Gret, Eau vive et Ide mettent en place depuis 2015 le projet Sanya Kagni dans 10 communes du sud-ouest du Burkina Faso, au bénéfice de 100 000 personnes. Il s’agit d’un programme de construction de latrines ventilées à fosse simple selon deux méthodologies : une approche subventionnée d’une part, et une approche de marketing de l’assainissement d’autre part. Cette dernière est mise en œuvre et défendue par le Gret.

Les professionnels des toilettes au cœur du marketing de l’assainissement

pro_et_son magasinDepuis 2010, le Gret développe dans plusieurs pays (Madagascar, Mauritanie, Burkina Faso) des projets d’accès à l’assainissement sur une approche « marketing de l’assainissement ». Cette approche se distingue des méthodologies dominantes dans le secteur (Assainissement total piloté par la communauté – ATPC, et subvention à 100 % des latrines), en privilégiant l’entreprenariat social, au plus proche de l’usager-consommateur. Il s’agit de mettre en place une offre locale de toilettes, par des petits entrepreneurs qui construisent sur place, embauchent du personnel parmi les habitants, s’imposent des critères de qualité (répondant aux normes d’hygiène, de protection de l’environnement et de sécurité), et vendent des produits accessibles à tous financièrement et géographiquement avec des magasins installés au cœur des villages. Au Burkina Faso, ces boutiques s’appellent des Yilemd Raaga.

Concrètement, ce concept n’entend pas « balayer » les approches dominantes, mais bien les enrichir en palliant leur principale limite : la durabilité. Le marketing de l’assainissement inscrit en effet dès l’amont cette préoccupation de pérennité, en traduisant sur le terrain les concepts innovants du développement.

  • Plutôt que la sensibilisation de masse unilatérale, basée sur la pression sociale, le marketing de l’assainissement considère l’habitant comme un usager-consommateur éclairé. S’inspirant du concept de la « base de la pyramide – Bop », cette approche favorise des changements de pratiques intégrés, ancrés dans l’investissement des familles. Cela suppose des campagnes de micro-marketing de proximité, en synergie avec la sensibilisation de masse.
  • Plutôt que l’auto-construction, l’approche revendique le droit à la dignité, à travers des biens et services de qualité : pas de produits aux rabais pour les pauvres ! Ce n’est pas parce qu’une personne a des revenus bas qu’elle n’a pas le droit à des conditions de vie décentes. Les latrines auto-construites peuvent être dangereuses : effondrement de la fosse, pollution de la nappe, dalle non hygiénique. Ici les habitants se voient proposer des toilettes faites par des professionnels, sécurisées, de qualité, accessibles.
  • Plutôt que de tout miser sur la communauté non professionnelle et sur une « aide sous perfusion », le marketing de l’assainissement se concentre sur la recherche de l’efficacité économique du service et de la pérennisation d’un modèle qui considère le sujet comme un acteur à part entière, dans une optique d’entreprenariat social. Les ressources publiques pour le développement sont limitées : dans une optique d’efficacité de l’aide et grâce à une démarche de partenariat public-privé, la subvention publique devient un « coup de pouce » pour soutenir un petit entrepreneur, et un « complément » pour des familles pauvres – sans que cela repose entièrement sur l’aide publique au développement.

Participer au projet au Burkina Faso : c’est possible !

Comme expliqué plus haut, le marketing de l’assainissement se fonde sur l’installation et le développement de petits entrepreneurs locaux, de professionnels des toilettes au service des habitants. Dans le cadre du projet Sanya Kagni, ils sont quatre.

Démarrer son activité, surtout dans des contextes de très faible pouvoir d’achat des habitants (80 % des familles vivent avec moins 45 euros par mois ), c’est difficile. Les entrepreneurs ont besoin de soutien pour s’installer, dans une vraie logique de développement durable. L’aide publique au développement joue son rôle bien sûr, mais chacun peut aussi contribuer ! Le Gret et Eau vive proposent donc une campagne de financement participatif (ou crowdfunding) permettant à ceux et celles qui le souhaitent de soutenir ce projet en pré-commandant la moitié d’une toilette pour une famille, et de sécuriser ainsi le modèle  économique des petits entrepreneurs pendant plusieurs mois !

Outre le fait d’aider – sans se substituer – des familles à acquérir leur première toilette hygiénique et ainsi contribuer à la santé, à la sécurité et à la dignité des habitants de manière très concrète, votre participation permettra aux petits entrepreneurs de sécuriser leur économie, pour proposer des promotions aux familles pauvres et étendre leurs activités à toujours plus de villages. Les acteurs de développement s’accordent à le dire : le développement, c’est une question de territoire. C’est en commençant par ces quatre communes, avec la participation du plus grand nombre, que les bonnes pratiques pourront s’étendre, se développer et tenter enfin d’atteindre les ODD que nous nous sommes collectivement assignés. Les toilettes, c’est une affaire de pros… Mais le développement, c’est l’affaire de tous !

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Communiqué de presse du lancement de la campagne
En savoir plus sur le projet Sanya Kagni