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Publié le 12/05/2017

Les aliments fortifiés locaux : un enjeu fort de la lutte contre la malnutrition

En 2017, le Gret a lancé trois nouveaux projets à Madagascar et au Niger afin d’améliorer le statut nutritionnel des populations vulnérables et de renforcer l’accès durable aux aliments fortifiés.

A Madagascar comme au Niger, la malnutrition demeure un problème majeur de santé publique et socioéconomique. Elle touche une grande partie de la population, et plus particulièrement les femmes et les enfants. Parmi les différentes formes de malnutrition, la moins visible et la plus oubliée de toutes – la malnutrition chronique – se manifeste par un retard de croissance et entraîne des séquelles irréversibles à l’âge adulte : 47 % des enfants malgaches de moins de cinq ans et 43 % des enfants nigériens en souffrent. Des pratiques alimentaires inadaptées et des maladies en sont souvent directement à l’origine. A cela s’ajoute la méconnaissance des populations sur les pratiques recommandées en nutrition, et la difficulté pour les familles défavorisées de préparer des repas de qualité nutritionnelle suffisante directement à partir de matières premières brutes. De plus, les aliments manufacturés – lorsqu’ils existent et sont de bonne qualité – sont principalement importés et très chers.

Pour faire face à cette situation, le Gret a choisi d’impliquer le secteur privé local dans la mise à disposition d’aliments de complément fortifiés manufacturés et de développer des produits adaptés aux femmes en âge d’avoir des enfants. Les trois projets lancés en début d’année avec le soutien financier de l’Union européenne – en partenariat avec l’entreprise Nutri’zaza à Madagascar, et avec Action contre la faim, Concern, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Programme alimentaire mondial au Niger – viennent ainsi concrétiser plus de vingt années de recherche-action menées par le Gret et l’IRD pour prévenir durablement la malnutrition.

Des produits locaux fortifiés et de qualité

Production d’aliments fortifiés à Madagascar

Sur la base d’études approfondies (enquêtes nutritionnelles, études de marché, etc.) dans chaque zone d’intervention, le Gret, avec l’appui de l’IRD, élabore des aliments fortifiés de qualité, avec un maximum de produits locaux, adaptés au contexte, aux besoins nutritionnels des populations ciblées, aux habitudes alimentaires locales et aux bas revenus des familles. Il appuie le partenaire privé dans la définition de sa ligne de production, des techniques de production et du suivi qualité.

Dans un second temps, le Gret appuie les entrepreneurs locaux dans la stratégie de commercialisation de ces aliments de qualité pour les rendre accessibles le plus largement possible. Il apporte son expertise dans le développement de stratégies de marketing social et notamment dans le développement de modèles de distribution via trois types de réseaux : les points de vente traditionnels formels et informels en milieux urbain et rural ; le réseau institutionnel ; des réseaux de proximité innovants, notamment en milieu urbain pauvre. En sus de la distribution, une stratégie de communication commerciale est également construite avec des outils médias et hors médias, afin d’aider le producteur local à promouvoir intensivement ses produits auprès de la population et du réseau d’acteurs de la nutrition.A Madagascar, le Gret appuie l’entreprise sociale Nutri’zaza dans sa commercialisation de la gamme de farines infantiles Koba Aina produite par l’entreprise TAF. Au Niger, il apporte son savoir-faire aux unités de production Misola et Garin Yaara. Dans ces deux pays, de nouveaux partenaires de production seront identifiés et appuyés pour développer et étendre l’offre en aliments locaux fortifiés pour les femmes et les enfants (de 6 à 24 mois, de 2 à 5 ans et de 6 à 14 ans).

Améliorer les connaissances et les pratiques nutritionnelles

Sensibilisation au Niger

En parallèle de la mise à disposition des aliments fortifiés, le Gret travaille en lien avec le secteur public pour la diffusion de messages de sensibilisation en alimentation du nourrisson et du jeune enfant (ANJE). Ils élaborent conjointement la stratégie de sensibilisation et les supports de communication, puis le Gret forme les professionnels de santé au niveau communautaire et met en œuvre les campagnes de sensibilisation visant la cible des « 1 000 jours » (de la femme enceinte jusqu’aux deux ans de l’enfant). Ainsi, des messages sur les bonnes pratiques d’allaitement, d’alimentation complémentaire et de consommation d’aliments fortifiés, mais également d’alimentation de la femme enceinte ou allaitante, et plus largement du ménage, sont diffusés en vue d’améliorer les comportements. A Madagascar, le Gret appuie l’Office national de nutrition et le ministère de la Santé dans cette démarche. Au Niger, il collabore étroitement avec la Direction de la nutrition et l’institut I3N (Initiative « Les Nigériens nourrissent les Nigériens »).

Vers la mise en place d’un cadre réglementaire législatif national

Les partenaires publics sont appuyés par le Gret dans l’élaboration et l’opérationnalisation d’un cadre législatif national en matière de fortification nutritionnelle favorisant la mobilisation du secteur privé tout en contrôlant son action. Une norme de qualité sur les aliments fortifiés et une réglementation adaptée en matière de production et de commercialisation de ces aliments devraient ainsi être élaborées, accompagnées de la création d’un label de qualité. Les entreprises seront quant à elles appuyées dans la mise aux normes de leurs produits, et les agences nationales de normalisation et certification dans la délivrance du label de qualité.

Le Gret appuie également la mise en place du réseau SUN du secteur privé et accompagne le secteur privé du domaine de la nutrition à se structurer et à s’adapter au contexte législatif.

Les échanges pluriacteurs autour de la nutrition – du public, mais aussi du privé, de l’urgence, du développement, de la recherche, du monde associatif et politique – permettent quant à eux de faire connaître et d’encourager l’utilisation de produits locaux de qualité. Un dispositif de suivi-évaluation complet est prévu, dont les résultats et leçons apprises seront capitalisés et partagés avec les parties prenantes et les acteurs de la nutrition à Madagascar, au Niger et plus largement au niveau international.

La fortification nutritionnelle est une stratégie largement reconnue et soutenue, tant au niveau mondial qu’au niveau national, afin de réduire les carences en micronutriments. Elle implique en premier lieu le secteur privé, permettant ainsi de toucher le plus grand nombre de façon durable. Cependant, ce secteur reste encore très peu mobilisé dans les pays en développement sur le marché des aliments fortifiés spécifiques aux femmes et aux enfants. En effet, l’environnement est très contraignant pour ces entreprises : la concurrence avec les produits importés est très forte ; la demande encore faible, du fait de l’insuffisance de la promotion de ces aliments par le secteur public et l’absence de label ou de certification garantissant un produit de haute qualité au consommateur ; et les normes qualités, strictes. De plus, les entreprises ne disposent pas toujours de l’expertise technique nécessaire pour lancer un produit de qualité sur le marché. Face à ce constat, les acteurs de la nutrition prennent de plus en plus conscience du fort potentiel de cette stratégie de fortification alimentaire et doivent se mobiliser en coalition d’acteurs pour relever collectivement le défi de la malnutrition.

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