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Publié le 16/06/2017

L’apprentissage de type dual, levier d’insertion professionnelle au Sénégal

Au Sénégal, où 55 % de la population a moins de 20 ans, l’apprentissage au sein d’un atelier représente la voie de formation et de professionnalisation la plus répandue chez les jeunes. Malgré l’ampleur des besoins, l’offre de formation formelle pour les publics peu ou non scolarisés est encore faible au Sénégal. C’est particulièrement vrai dans les zones rurales où les métiers agricoles et para-agricoles offrent pourtant un potentiel fort de dynamisation territoriale par la création d’emplois et de valeur ajoutée.

Initié par les ONG Gret et Enda Graf Sahel en 2014, et financé par l’Agence française de développement (AFD), le fonds de dotation Find et la Société nationale d’exploitation des terres du delta du fleuve Sénégal et des vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé (SAED), le projet Apprentissage pour le développement des territoires ruraux (Adeter) vise à valoriser le potentiel de l’économie rurale pour que celle-ci contribue durablement au renforcement des qualifications des jeunes et des femmes, à la sécurité alimentaire et à l’emploi.

L’apprentissage de type dual, une approche innovante

Le projet Adeter cherche à contribuer durablement au renforcement des qualifications des jeunes et des femmes par le développement concerté d’une offre de formation professionnelle se déroulant majoritairement en entreprise, sur les territoires de la région de Saint-Louis. L’action s’articule autour de deux axes stratégiques. D’une part, le développement et la mise en œuvre d’une offre innovante de formation : pour les jeunes, une formation de type dual entre l’entreprise (80 % du temps) et le centre de formation (20 %) sur des métiers para-agricoles porteurs d’emplois ; un service de formation continue/conseil pour des groupements de femmes transformatrices de produits agroalimentaires. Le projet vise d’autre part à faciliter la concertation et l’engagement pluriacteurs aux niveaux central, déconcentré et décentralisé.

Au-delà de la formation de 94 jeunes en apprentissage dans des ateliers artisanaux spécialisés dans les métiers para-agricoles et du renforcement de leurs 55 maîtres artisans d’accueil, de l’appui-conseil à 20 groupements d’intérêts économiques (GIE) représentant environ 400 femmes et accompagnés par sept conseillères de la SAED dont les compétences ont été renforcées, le projet Adeter a permis de tester trois innovations techniques majeures en matière de formation par apprentissage de type dual :

  • des parcours de formation personnalisés, établis sur la base de bilans individuels de compétences ;
  • la synergie des approches des artisans et des formateurs, renforcée par la conception et la délivrance conjointe de certains modules de formation ;
  • la conception et le test des curricula avant leur validation administrative par le ministère en charge de la Formation par Apprentissage (MFPAA), à l’inverse de la pratique habituelle de validation avant formation puis révision.

Mais la principale innovation du projet Adeter réside dans le processus de réalisation du projet, en concertation étroite avec l’ensemble des acteurs concernés, qui a conduit à une forte appropriation par les acteurs locaux des enjeux de l’action et à sa reconnaissance par les institutions, notamment le MFPAA. Sur cette base, LuxDev, dans le cadre du programme Acefop financé par l’Union européenne, a convié le Gret et Enda Graf Sahel à adapter et renouveler leur approche dans le sud du pays.

Réitérer l’expérience dans le sud du Sénégal

Le Gret et Enda Graf Sahel se sont ainsi associés à l’ONG Fodde, historiquement présente sur la zone en appui à l’entrepreneuriat rural, afin de proposer, dans les régions de Kolda et de Sédhiou, le Projet de qualification pour l’emploi des jeunes au Sud du Sénégal (Qualemploi).

Le projet Qualemploi vise à durablement permettre aux jeunes Sénégalais d’accéder à une offre de formation professionnelle qui valorise le potentiel et réponde aux besoins des micro- et petites entreprises para-agricoles, favorisant l’accès des jeunes à un emploi décent ou à des activités rémunératrices pérennes, et s’inscrivant ainsi dans les priorités des politiques nationale et locales de formation professionnelle.

Démarré au 1er juin 2017, le projet Qualemploi s’est fixé les objectifs suivants :

  • offrir une qualification à 600 jeunes défavorisés, via une formation d’apprentissage certifiée de type dual dans des métiers localement porteurs ;
  • renforcer 120 artisans dans leur capacité d’accueil ;
  • développer des formations par apprentissage de type dual dans trois centres ressources ;
  • favoriser le pilotage par les acteurs locaux – au sein des instances du programme Acefop et sous l’égide du Comité régional de l’apprentissage – de l’identification, la conception et la mise en œuvre des formations ;
  • communiquer auprès d’un millier de jeunes sur les potentiels de développement des métiers para-agricoles localement porteurs de valeur ajoutée et d’emploi.

Les spécificités de ce projet, notamment par rapport à l’action globale du programme Acefop dans lequel il s’inscrit et à l’innovation que représente l’introduction de la formation de type dual sur les premiers niveaux de formation, sont multiples. Pour commencer, la concertation locale occupera là encore une place centrale dans l’action. Un suivi individualisé sera également délivré à l’ensemble des jeunes, de leur sélection jusqu’à un an après la fin de leur formation, avec un accompagnement dans leur processus d’insertion. 10 % des jeunes formés seront en effet accompagnés afin de pouvoir s’installer et démarrer leur activité. Les 120 micro- et petites entreprises partenaires seront elles aussi appuyées dans leur structuration, avec notamment l’inscription auprès de la Chambre de métiers et l’ouverture d’un compte en banque. Une intermédiation pour l’accès des jeunes, des artisans d’accueil et des centres ressources aux services du programme Acefop sera également effectuée, notamment pour la prise en charge de formations complémentaires, un accompagnement à la création, le financement de projets d’établissements, ou en matière d’ingénierie de formation. Enfin, une offre d’alphabétisation sera développée et mise en œuvre en partenariat avec l’inspection d’académie.

Comme le souligne l’étude Les dispositifs d’appui à l’insertion des jeunes sur le marché du travail en Afrique co-écrite récemment par le Gret et l’Agence française de développement (AFD), offrir des emplois en quantité et qualité suffisantes pour les jeunes constitue à l’heure actuelle l’un des plus grands défis pour les pays africains. A travers des projets comme Adeter et Qualemploi, le Gret et ses partenaires tendent à prouver que la formation par apprentissage de type dual peut se révéler porteuse de nombreuses opportunités, en particulier dans les territoires ruraux.

En savoir plus sur le projet Adeter
Découvrir les activités du Gret au Sénégal

Barlet S. et d’Aiglepierre R., avec la contribution de Méric B. et Ollivier C., Les dispositifs d’appui à l’insertion des jeunes sur le marché du travail en Afrique, Études de l’AFD n° 14, 131  p. >> Télécharger la publication >> En vidéo

Consulter la page Facebook « Développer l’emploi au Sénégal »


Photo prise le 5 avril dernier lors de la visite d’Ousmane Alpha Dia, Directeur de l’apprentissage du ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat.

Apprentis à l’œuvre dans l’atelier du maître artisan Lamine Ndiaye, à Richard Toll.

Dans l’atelier de Lamine Ndiaye, les activités d’apprentissage sont liées à la fabrication de machines agricoles.

Grâce au système dual, les apprentis passent 30 % de leur formation en centre de ressources et 70 % en atelier.

Sur l’hydrobase de Saint-Louis, Ndiaga Leye forme les jeunes aux moteurs hors-bord.

Le projet ADETER appuie également des groupements d’intérêt économiques (GIE). Le 26 avril, une tonne de mil a été livrée dans le village de Muit Gandiol au GIE Takku Ligey.

Présentes lors de la livraison, Rokhaya Gueye, présidente de la commission genre et leadership féminin au conseil départemental de Saint-Louis, et Fatou Khol, présidente du GIE Takku Ligey.

Le même jour, 9 autres GIE de la région de Saint-Louis ont chacun reçu 20 sacs de mil. Cette distribution d’intrants permettra aux femmes de développer et de poursuivre leurs activités.