Accueil » “L’eau s’est transformée en or”
Publié le 17/06/2017

“L’eau s’est transformée en or”

Soumis à des contraintes climatiques fortes et à une insécurité alimentaire chronique, les paysans de la zone sèche du Myanmar bénéficient du soutien technique apporté par le Gret à travers son programme d’innovation paysanne. L’un d’entre eux, U Win Bo, nous livre son récit…

Depuis 2011, les équipes du Gret mettent en place et diffusent différentes techniques agricoles ayant fait leurs preuves auprès des paysans birmans les plus vulnérables. Elles ont ainsi installé, dans six municipalités de la zone sèche, des centres pilotes pour promouvoir la conservation des eaux et des sols. Au total, près de 5 000 petits producteurs participent à ce programme, soutenu par le ministère de l’Agriculture birman, et financé par Danida (2011-2015), puis par la Cartier Charitable Foundation et Find  (2015-2018).

U Win Bo est l’un des paysans qui participe à ce programme d’innovation paysanne du Gret. Le travail de ses deux hectares de terres dégradées à Nyaung Pin Thar, un village de la région de Sagaing, ne lui permettait pas de subvenir correctement aux besoins des huit membres de sa famille. En 2012, il rejoint le programme du Gret et se forme aux techniques de conservation et de fertilisation des sols. Grâce à ses économies et à un microfinancement octroyé par l’organisation, il applique les recommandations du projet à son champ, en creusant des tranchées, en montant des brise-vents et des digues. L’année suivant ces aménagements, U Win Bo remarque une zone végétalisée au fond de son champ. Trois ans plus tard, en 2016, il réalise que cette même zone reste humide en saison sèche et décide d’y creuser un puits. A 4 mètres de profondeur, il s’aperçoit que l’eau remonte presque au niveau du sol ; il réalise alors que les aménagements apportés à sa terre ont permis à la nappe phréatique de se régénérer. Des tests menés en collaboration avec les experts du Gret ont montré que l’eau était de bonne qualité et prête à être utilisée pour les récoltes. C’est ainsi qu’en juillet 2016, U Win Bo et sa famille ont planté 1 200 plants de tomates, irrigués par l’eau du puits. Trois mois plus tard, fin octobre, la famille a récolté 1 600 kg de tomates, générant un revenu de 300 000 MMK, soit environ 200 euros. Cette somme est d’autant plus importante que le mois d’octobre, marqué par l’arrêt des cultures, est une période généralement difficile financièrement pour les cultivateurs de la région. « Pour moi et ma famille, l’eau du puits s’est transformé en or », constate U Win Bo. De plus, les bénéfices issus de la vente de la récolte ont permis à U Win Bo d’investir dans le développement d’autres cultures à forte valeur ajoutée telles que le chili. Il prévoit maintenant, avec le support du Gret, de perpétuer les techniques de conservation et de fertilisation des sols.

Le contexte

La zone sèche du Myanmar s’étend sur plus de 54 000 km² et abrite 14 millions de personnes, soit un quart de la population du pays. Dans cette région centrale, les conséquences du changement climatique pèsent sur l’agriculture qui doit faire face à des sécheresses récurrentes, souvent suivies de fortes pluies et d’inondations soudaines. Ces conditions ont un impact fort sur les producteurs locaux qui voient leurs rendements et leurs revenus diminuer, au fur et à mesure que l’érosion des sols s’accélère. A cette situation s’ajoutent des pratiques agricoles non adaptées qui ont conduit à une baisse désastreuse de la fertilité des sols. Les paysans les plus pauvres sont les premiers affectés par ces dégradations environnementales. Face au manque de moyens et d’équipements, l’exode vers les villes reste souvent la seule option pour subvenir aux besoins des ménages.

Le projet

Le projet mis en œuvre par le Gret, avec le soutien de la Cartier Charitable Foundation et de Find, a pour objectif d’améliorer la résilience des petits et moyens exploitants des plaines sèches du Myanmar à travers la diffusion de techniques agricoles adaptées et durables auprès des paysans, mais également de promouvoir la collaboration avec les centres de formation et les institutions locales. Cette approche globale et multiacteurs favorise une prise de conscience collective des enjeux, et contribue à la pérennisation des actions du Gret.

En savoir plus le projet.

 


L’utilisation de techniques matérielles comme la construction de digues et de brise-vents réduis l’impact des contraintes climatiques sur les sols. [© Gret]

Culture du piment, plante à haute valeur ajoutée et indicatrice du retour de la fertilité sur une parcelle aménagée contre l’érosion pluviale. [© Gret]

Accumulation de sédiments (limons et argiles) favorisé par l’aménagement des parcelles. [© Gret]

La régénération des nappes phréatiques permet la pratique de cultures irriguées à haute valeur ajoutée par irrigation (tomates, maïs doux, pois chiche, ail, oignon, etc.). [© Gret]

Glanage des gousses d’arachide après récolte. Variété locale adaptée aux conditions climatiques difficiles de la Dry Zone. [© Gret]

Depuis 2011, le Gret test et diffuse avec les paysans des techniques pour améliorer la fertilité des sols fortement érodés de la Dry Zone du Myanmar. [© Gret]

Parcelles aménagées en terrasses. On note la culture du piment à droite. [© Gret]

DryZone_Photo8 : Depuis 2011, le Gret test et diffuse avec les paysans des techniques pour améliorer la fertilité des sols fortement érodés de la Dry Zone du Myanmar. [© Gret]

Remise en culture avec du maïs doux et du pois chiche d’une parcelle très fortement dégradée et aménagée par une digue en terre compactée. [© Gret]

La culture de tomate irriguée est très rémunératrice mais demande des sols fertiles et de l’eau en abondance, ce qui est permis grâce aux parcelles aménagées en terrasses. [© Gret]

L’irrigation permet le développement des pratiques maraîchères dans la Dry Zone du Myanmar. [© Gret]

Retenue d’eau pour l’abreuvement du bétail et réserve pour la consommation villageoise en fin de saison sèche. [© Gret]

Découvrir les activités du Gret au Myanmar.