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Publié le 30/11/2017

Le marketing social au service de l’assainissement

Pour répondre aux besoins d’accès à l’assainissement amélioré du plus grand nombre, le Gret développe des approches de marketing social. Mises en œuvre depuis plusieurs années à Madagascar, c’est au Burkina Faso que les sanimarchés ont fait parler d’eux récemment…

La situation déplorable de l’accès à l’assainissement dans le monde est bien connue : plus de 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à un assainissement adéquat et plus d’un milliard pratique la défécation à l’air libre*. Si des progrès ont été mesurés dernièrement, suite aux efforts déployés pour atteindre les Objectifs du millénaire (OMD), le chemin à parcourir reste long pour atteindre l’objectif fixé par les Objectifs de développement durable (ODD), à savoir assurer, d’ici à 2030 « l’accès de tous, dans des conditions équitables, à des services d’assainissement et d’hygiène adéquats et mettre fin à la défécation en plein air, en accordant une attention particulière aux besoins des femmes et des filles et des personnes en situation vulnérable ».

* source : Organisation mondiale de la santé

Le marketing social : une approche pertinente en assainissement

Pour améliorer l’accès à l’assainissement, le Gret utilise depuis 2010 une approche par le marché et l’entrepreneuriat social. L’utilisation des outils du marketing social en assainissement, adaptés aux besoins et aux attentes des populations, apporte des bénéfices certains. Les magasins de production et de vente de toilette appuyés par le Gret – également appelés sanimarchés – permettent d’augmenter l’équipement en toilettes hygiéniques et durables des ménages, tout en renforçant le tissu économique local. Dans ce dispositif, le ménage est un acteur qui joue un rôle actif et qui s’approprie l’équipement en assainissement dans lequel il a investi.

L’approche par le marché ne signifie pas pour autant que les subventions des équipements sont obsolètes. Bien que le marketing augmente la participation des ménages, et donc réduise les subventions nécessaires par équipement, ces dernières restent essentielles pour combler l’écart entre le prix de toilettes hygiéniques de qualité et durable, et la capacité à payer des ménages au regard de leurs revenus. Car l’enjeu reste d’équiper un maximum de personnes dans des temps relativement courts.

Accompagner le lancement des Yilemd-Raaga au Burkina Faso

Au printemps 2017, Eau Vive et le Gret lançaient une campagne de financement participatif intitulée « Les toilettes, c’est une affaire de pros ! » pour appuyer le lancement de quatre magasins de toilettes au Burkina Faso – appelés Yilemd-Raaga – en leur permettant de réaliser des promotions sur les prix de vente de leurs produits. Cette initiative devait ainsi permettre d’aider des familles burkinabè à s’équiper, tout en favorisant le démarrage des activités des entrepreneurs locaux.

Ces derniers proposent des équipements qui permettent aux habitants de communes rurales de gagner en santé, sécurité, propreté, avec des toilettes en dur, qui protègent l’environnement, minimisent les odeurs et garantissent l’intimité. Afin d’équiper un maximum de personne, les prix pratiqués sont les plus bas possible, puisque dans cette zone, 80 % des familles ont un pouvoir d’achat de moins de 45 euros par mois.

Grâce au soutien des contributeurs, les entrepreneurs ont pu développer leur activité et atteindre un équilibre financier (lire l’interview de l’un d’entre eux ci-dessous). Plus de 1 000 latrines ont ainsi été construites par les entrepreneurs, améliorant considérablement les conditions de vie des populations des communes de Poura et Fara. 10 000 personnes ont désormais accès à un assainissement de qualité, hygiénique et durable, soit près d’un sixième de la population de ces deux communes.

Étoffer les activités des Diotontolo à Madagascar

Si les sanimarchés du Burkina Faso sont encore très jeunes, les premiers de Madagascar ont ouvert il y près de sept ans. Aujourd’hui, le réseau de magasins Diotontolo a vendu plus de 8 000 toilettes aux ménages malgaches, y compris aux plus défavorisés. Forts de leur succès sur l’aspect « accès », les Diotontolo étendent maintenant leurs activités au niveau de l’évacuation en proposant un service de vidange à leurs clients pour la maintenance de leurs toilettes.

Le Gret travaille également avec des approches de marketing social en Mauritanie et au Sénégal. Dans ces deux pays, le marketing de l’assainissement fait partie des politiques nationales. Au Sénégal, de même qu’au Myanmar, le marketing social est également un outil utilisé pour encourager le raccordement des ménages à des réseaux d’assainissement collectifs. Les contextes d’utilisation de cette approche sont donc très variés au Gret, mais avec toujours un seul et même objectif : répondre aux enjeux de santé publique de l’accès universel à un assainissement amélioré.

Ibrahima Barry, l’un des entrepreneurs burkinabè accompagné par le Gret, a répondu à quelques questions à propos de l’activité de son Yilemd-Raaga.

 Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Je connaissais déjà le milieu de l’assainissement et des toilettes, car j’avais réalisé des travaux de latrines scolaires par le passé. Ouvrir un Yilemd-Raaga était l’occasion d’améliorer l’assainissement de ma commune et le bien-être de mes voisins en les aidant à se doter d’une toilette de qualité.

Où avez-vous construit votre première latrine ?

Après avoir reçu une formation technique pour la construction des toilettes, je l’ai tout de suite appliquée pour construire une toilette dans la maison que j’étais en train de bâtir pour ma famille. J’ai été mon premier client, si l’on peut dire. Je suis donc complètement convaincu par l’utilité des toilettes que je vends à Fara.

Comment la campagne de financement participatif a-t-elle impacté votre activité ?

Vendre des toilettes demande du temps. Il faut expliquer aux ménages le principe de magasin de toilettes, et les prix que l’on pratique. Car même si nos toilettes ne sont pas chères, elles représentent malgré tout un investissement important pour les gens de Fara. Avec les promotions sur les prix que j’ai pu pratiquer grâce aux fonds récoltés, des personnes qui n’auraient jamais pu acheter de toilettes au prix normal sont venues passer commande. J’ai augmenté mes ventes, et je me suis fait connaître plus rapidement sur la commune de Fara.

Comment voyez-vous l’avenir de votre Yilemd-Raaga ?

La solidarité des donateurs de la campagne m’a encouragé dans ma dynamique entrepreneuriale. J’ai l’intention de poursuivre l’activité avec mon équipe, pour pérenniser le fonctionnement de mon Yilemd-Raaga et prouver l’utilité du soutien accordé. J’espère pouvoir encore vendre de nombreuses latrines aux habitants de Fara pour toucher un maximum de personnes.

En savoir plus sur les projets :

Découvrir les activités du Gret sur la thématique « Eau et assainissement ».