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Publié le 24/01/2018

Comment mieux évaluer les pratiques agroécologiques ?

L’agroécologie est aujourd’hui devenue un enjeu politique majeur pour le développement agricole des pays du Sud. Pour accompagner son essor, le Groupe de travail sur les transitions agroécologiques (GTAE) a organisé un atelier d’échange, avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD) et du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). L’objectif était d’élaborer des méthodes afin de mieux évaluer les pratiques agroécologiques.

L’évènement s’est déroulé les 14 et 15 décembre 2017 sur le Campus du jardin d’agronomie tropicale à Nogent-sur-Marne. Il a réuni plus de cent participants internationaux : acteurs du développement, chercheurs, membres d’organisations paysannes, représentants des pouvoirs publics.

Quatre ONG (Agrisud, AVSF, Cari et le Gret) sont à l’origine de cette rencontre : elles constituent depuis 2015 le Groupe de travail sur les transitions agroécologiques (GTAE), dont la vocation est de promouvoir les pratiques agroécologiques dans les pays du Sud, d’évaluer leurs performances et d’identifier les leviers de leur développement.

« La transition vers l’agroécologie s’impose comme une stratégie pour relever les défis croissants de la sécurité alimentaire, de la lutte contre la pauvreté et de la résilience des sociétés sur leur territoire dans un climat qui se réchauffe rapidement », explique Patrice Burger, président du Cari.

Les pratiques agroécologiques ont en effet l’avantage d’augmenter les performances des exploitations familiales et de renforcer leur résilience face à des risques climatiques et économiques, tout en préservant l’environnement et les ressources naturelles. Ces faits ont pu être en partie vérifiés dans le cadre du projet « Capitalisation d’expériences d’acteurs pour le développement de techniques agroécologiques résilientes en Afrique de l’Ouest (Calao) », initié en 2017 par le GTAE et diverses ONG et universités de cette région avec le soutien de l’AFD et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

« Avec ce projet, nous avons pu mettre au point une méthode d’évaluation des facteurs favorables et limitants au développement de l’agroécologie et de ses effets tant socio-économiques qu’agro-environnementaux », ajoute Laurent Levard, responsable de programme au Gret.

En organisant cet atelier, le GTAE souhaitait approfondir le travail d’élaboration méthodologique initié avec le projet Calao, en partageant ses acquis et en incitant au dialogue tous les acteurs impliqués de la recherche et du développement. L’atelier a permis de mettre en évidence la multiplicité des méthodes existantes, mais aussi les complémentarités qui existent entre elles et qui devraient permettre d’enrichir l’évaluation de l’impact de l’agroécologie.

« Nous avons surtout mis en évidence des caractéristiques propres à l’évaluation de transitions agroécologiques : articuler plusieurs échelles ²parcelle/ferme/territoire/filières², s’intéresser aux trajectoires de changement dans le temps, mesurer les performances avec des indicateurs spécifiques : rendement bien sûr, mais aussi création de revenu et valeur ajoutée, autonomie des exploitations, conservation/restauration de la biodiversité, des ressources naturelles et de la fertilité des sols, gestion du travail et de la pénibilité, rôle et travail des femmes et des jeunes dans les exploitations familiales, qualité des produits et valorisation économique, protection de savoirs et des cultures paysannes, etc. », précise Bertrand Mathieu, chargé de programme AVSF.

Cet atelier constitue une étape pour le GTAE : le groupe poursuit son travail d’identification de méthodes d’évaluation, d’outils et d’indicateurs adaptés et facilement mobilisables par les praticiens du développement (organisations de producteurs, ONG, etc.). Des tests sur différents terrains seront également entrepris prochainement. Ce travail doit déboucher sur la production de nouvelles études et références dans le but de permettre aux décideurs politiques, aux acteurs de la promotion de l’agroécologie et aux organisations paysannes de mieux évaluer ses impacts et les facteurs de son développement.

« Ce séminaire a permis de jeter les bases d’un travail sur les méthodes de recueil et d’analyse des pratiques agroécologiques afin de contribuer à un argumentaire scientifiquement validé pour fonder les futurs choix de politiques publiques », conclut Sylvain Berton, directeur des opérations d’Agrisud international.

L’organisation de l’atelier a été coordonnée par AVSF en partenariat avec Agrisud, le Cari et le Gret, et financé par l’Agence française de développement et le Fonds français pour l’environnement mondial.