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Sénégal : un secteur agroalimentaire
dynamique
De nombreuses MPE agroalimentaires
L’industrie agroalimentaire sénégalaise est en majorité
tournée vers la transformation de matières premières
importées vers l’exportation. L’artisanat alimentaire est
très actif, mais se cantonne aux produits traditionnels.
Les micro et petites entreprises sont particulièrement dynamiques
et proposent des produits innovants. Dans le secteur des céréales
locales par exemple, une trentaine d’entreprises produisent et commercialisent
des produits secs en sachets ; dans le secteur des fruits, plusieurs
dizaines de micro-entreprises élaborent des jus de fruits,
des sirops ou des confitures ; pour les produits laitiers, les MPE
ont développé de nouveaux circuits commerciaux autour
d’un produit traditionnel de la culture peuhle : le lait caillé;
les groupements d’intérêt économique offrent
de nouvelles possibilités d’organisation aux groupements
féminins et leur permettent de rejoindre le secteur des MPE
en élargissant et en renouvelant leurs activités.
Au total, ce secteur représenterait plus d’une centaine
d’entreprises innovantes, c’est-à-dire un véritable
secteur économique, en plein essor.
Un environnement institutionnel peu propice
Malgré son importance, l’Etat accorde encore peu d’intérêt
au secteur des MPE, ceci pour plusieurs raisons : un manque de visibilité
institutionnelle, dû à leurs caractéristiques
propres, qui les placent entre l’industrie et l’artisanat ; des
besoins d’appui spécifique, qui peuvent difficilement être
pris en compte par les dispositifs d’intervention existants, adaptés
à l’artisanat ou à l’industrie. Leurs besoins en crédit
(notamment pour l’investissement dans des équipements, dans
des actions commerciales et de marketing ou des fonds de roulement)
dépassent le niveau du microcrédit, mais leurs possibilités
de garanties ne leur ouvrent pas pour autant les portes des dispositifs
conçus pour les grandes entreprises.
Quelques projets commencent cependant à s’intéresser
à ces entreprises. Le premier, soutenu par l’Union européenne,
est intervenu durant trois ans sur la valorisation des céréales
locales; en 2002, l’ACDI a démarré un projet d’appui
sur ce secteur ; en 2003, le ministère français des
Affaires étrangères, en association avec le CDE, intervient
sur le conseil aux entreprises.
L’innovation, notamment dans le secteur de la transformation, a
été favorisée par les formations dispensées
par l’Institut de technologie alimentaire, ouvrant ainsi des perspectives
aux groupements féminins et aux "nouveaux entrepreneurs".
Lait : Les MPE, fer de lance de la reconquête
des marchés urbains
Aujourd’hui, la consommation de lait, notamment dans les villes,
repose d’abord sur l’utilisation de produits importés et
reconstitués à base de lait en poudre par l’industrie,
basée à Dakar. La transformation de lait caillé
à partir de lait en poudre est également réalisée
par des artisanes qui distribuent le produit dans les quartiers.
Le lait en poudre a fait entrer les produits laitiers dans la consommation
des Dakarois : ils s’intègrent désormais profondément
dans les habitudes alimentaires des citadins, au-delà de
l’ethnie peuhle.
Dans les villes secondaires (Tambacounda, Kolda), de petites unités
de lait caillé se sont récemment développées
autour de projets d’amélioration de l’élevage. Les
plus anciennes ont cinq ans d’existence. Ces unités ne sont
pas toujours stables : elles interrompent parfois leurs activités,
souvent en raison d’un conflit avec les éleveurs. Les éventuelles
difficultés sont exacerbées par le caractère
hautement périssable du produit.
À Kolda, la concurrence pour l’approvisionnement en lait
entre les unités de transformation est favorable aux éleveurs
: ils en jouent pour faire augmenter les prix d’achat. À
l’instigation des projets, l’élevage laitier s’organise.
Des organisations de producteurs apparaissent. Les MPE constituent,
dans cette filière lait, un incontestable vecteur de connexion
entre la demande urbaine et la production locale.
Céréales locales : un marché
moteur et un secteur actif de MPE suffisent-ils à entraîner
la production agricole ?
Les céréales locales reprennent progressivement place
dans les habitudes des Dakarois. La consommation de ces produits
se limite certes à quelques plats préparés
surtout le soir, mais le marché est large, et non segmenté.
En dix ans, les MPE ont conquis une place de plus en plus stable,
qui représente 5 à 10 % de l’approvisionnement de
Dakar. Les plus anciennes se sont créées il y a 15
ans. Elles sont dirigées plutôt par des hommes, mais
le personnel qualifié est féminin, journalier, et
travaille sur la base des savoir-faire traditionnels.
Les entreprises sont installées en ville, et se plaignent
de difficultés d’approvisionnement. Cependant, aucune n’a
disparu à cause de cela, mais les difficultés de trésorerie
rendent parfois difficiles les relations avec les grossistes qui
les approvisionnent. Pour ces derniers en effet, une MPE de transformation
n’est pas forcément un " bon client " : les prix
offerts ne sont pas attractifs pour le grossiste, et les difficultés
de trésorerie conduisent parfois les entreprises à
ne payer leurs factures que tardivement. Dès lors, la capacité
des entreprises à entraîner le secteur productif reste
encore limitée. Cependant, les taux de croissance enregistrés,
et la mise en place d’une organisation collective des entreprises
peuvent sans doute relativiser ce point de vue.
Du projet à l’entreprise individuelle
: des outils efficaces pour stimuler la production laitière
Les premières entreprises de transformation laitière
se sont créées à Kolda en 1996-97, en aval
des projets d’élevage laitier menés par la Sodefitex,
puis par l’AFDI et VSF. Depuis, une troisième unité
s’est installée, sur une initiative privée. En 2001,
toutes les trois transforment au maximum 100 litres de lait par
jour en lait caillé.
À Ngaoundéré, au Cameroun, une unité
semi-industrielle de transformation laitière s’est également
créée en aval du projet d’appui à l’élevage
laitier. Elle a connu des difficultés d’approvisionnement,
du fait de son incapacité à nouer des relations "équitables"
avec les éleveurs, mais le savoir-faire développé
et les créneaux de marché qu’elle a ouverts sont aujourd’hui
exploités par une seconde génération d’entrepreneurs
privés.
Ces exemples permettent de conclure que les micro et petites entreprises
contribuent à stimuler la production laitière dans
les filières installées en périphérie
des centres urbains. Les prix et les quantités achetées
aux éleveurs augmentent avec le nombre de petites entreprises.
Même si les unités créées par les projets
ne se maintiennent pas toujours dans la durée, elles contribuent
à démontrer la faisabilité technique et commerciale
de la transformation, dans un secteur où le savoir-faire
traditionnel ne suffit pas : dans le processus de transformation
laitière, la maîtrise de l’hygiène et de la
qualité du produit est complexe.
Les unités privées bénéficient ainsi
de l’ouverture créée par les "innovateurs pionniers"
pour se développer sur une base durable.
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