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Appui des
bailleurs de fonds aux médias en Afrique
Compte-rendu de la table ronde
organisée à Bruxelles les 24 & 25 juin 1996
1
- De Paris à Bruxelles
La Commission
européenne a accueilli les 24 et 25 juin 1996, une seconde
table ronde de bailleurs de fonds intervenant en appui aux médias
en Afrique subsaharienne. Dix-neuf participants, représentant
15 coopérations bi et multi latérales et des fondations
privées, ont participé à cette rencontre.
Cette
seconde table ronde fait suite à une première rencontre,
sur le même thème, organisée à Paris
à l'initiative de la Coopération française,
du 11 au 13 décembre 1995. La réunion de Paris avait
pour objectifs:
d'assurer un premier échange d'information entre bailleurs
de fonds sur les stratégies et les programmes de chacun
;
d'étudier les possibilités de concertation et collaboration
entre bailleurs.
L'idée était de partager informations et analyses,
sans chercher à définir "une" bonne méthode
d'intervention. La diversité des stratégies et des
programme d'appui constitue une richesse. Le souci de concertation
ne doit pas être confondu avec un quelconque projet de "coordination"
de l'aide internationale sur le sujet.
La
seconde table ronde, à Bruxelles, a permis d'élargir
les échanges d'information entre bailleurs sur les activités
menées par chacun, et d'aborder la question de l'appui
aux télévisions africaines.
Elle
a été l'occasion d'approfondir la discussion sur
trois questions concrètes :
un
premier bilan de l'appui à la création de maisons
de la presse ;
la mise en place d'une base de données sur la formation
des professionnels des médias africains ;
les modes d'intervention à privilégier pour satisfaire
les besoins en programmes et en même temps soutenir la production
locale.
Enfin, elle a permis de poursuivre la discussion engagée
à Paris sur l'opportunité de constituer un réseau
informel d'échanges entre bailleurs et le doter d'un secrétariat
technique pour animer la circulation d'informations et d'idées.
2
- Strategies d'intervention des bailleurs de fonds : une premiere
typologie a nuancer
Les participants à la première rencontre de Paris
avaient analysé leurs différentes stratégies
selon deux grands axes, ou " familles " d'intervention
:
le
premier vise à apporter un appui aux médias en tant
que tels. Il s'agit de consolider un secteur d'activités
qui constitue un domaine incontournable à tout Etat de
droit. Il s'agit aussi d'un secteur d'activités économiques
dynamiques, en particulier en termes de création d'emplois
;
le
second s'intéresse aux médias, non pas comme un
secteur en soi, mais comme un outil d'intervention. Les médias
peuvent aider à créer des processus de communication
sociale indispensables à un développement plus participatif
et durable. Les médias sont aussi un moyen de transmettre
une information utile au développement sur des questions
économiques, sanitaires, sociales, techniques, etc.
La
présentation des stratégies et programmes d'intervention
de l'Union Européenne d'une part et du CRDI de l'autre,
ont montré que cette typologie fonctionnait aussi pour
les participants à cette seconde rencontre.
Une
typologie de ce type est un outil d'analyse utile pour mieux comprendre
les logiques d'intervention. Mais elle doit être nuancée.
La réalité des interventions est plus subtile et
complexe. Dans les faits, la plupart des coopérations combinent
ces deux types d'approches. Ainsi, par exemple, pour la Suède
ou la Finlande, le soutien à la démocratie et aux
droits de l'homme constitue l'objectif prioritaire de la stratégie
d'appui aux médias. Néanmoins, elles souhaitent
aussi renforcer leurs actions en faveur de la communication sociale.
Surtout,
cette typologie ne doit pas aboutir à une opposition entre
ces deux approches. Elles sont complémentaires et devraient
mieux s'articuler.
3
- Medias et democratie : une liberté encore relative
Ces
dernières années ont été marquées
par une ouverture démocratique de nombreux pays africains.
Elle s'est traduite par une multiplication de médias indépendants,
privés ou associatifs, et même par un changement
de ton de certains médias publics, sous la pression de
la concurrence. Nombre de médias sont en situation précaire
: médiocre qualité, faibles ventes, économie
fragile.
Cette
évolution a conduit de nombreux bailleurs à mettre
l'accent sur la professionnalisation des journalistes (actions
de formation) et l'appui à l'organisation et la structuration
du secteur (associations professionnelles, services collectifs,
cadres juridiques et institutionnels).
Cette
ouverture démocratique est encore fragile et inachevée.
Dans certains pays, les gouvernements tentent de reprendre un
contrôle plus fort sur les médias. Dans d'autres,
la liberté de la presse n'a jamais été acquise.
Les actions de défense des droits de la presse et des journalistes
restent indispensables.
Le
type d'actions à engager en priorité (défense
des droits des journalistes ou soutien à la professionnalisation
et organisation du secteur) dépend des situations nationales.
Les
coopérations sont de plus en plus nombreuses à conditionner
leur intervention au respect des règles du jeu démocratique
et des droits de l'homme. La liberté de la presse ne pourrait-elle
pas faire partie de ces conditionnalités ? L'information
des responsables de politiques de coopération sur ce sujet
est-elle suffisante ?
4
- Televisions africaines : un réveil brutal, un avenir
incertain
Après
s'être quelque peu assoupies sur une situation de monopole,
les télévisions nationales sont soumises à
une forte concurrence. Les chaînes et programmes diffusés
via les satellites se sont multipliés - et dans les villes
africaines, les paraboles pour les recevoir. Des opérateurs
privés captent ces chaînes et les rediffusent cryptées,
par câble ou par des réseaux micro-ondes. Ils se
rémunèrent sur abonnement. Le marché est
prometteur et les opérateurs de ce type seront de plus
en plus nombreux dans les années qui viennent. Certains
d'entre eux complètent ou vont compléter la diffusion
de chaînes étrangères par des chaînes
privées nationales, composées d'émissions
réalisées localement, avec des unités légères
de production.
Les
télévisions nationales ont réagi différemment
à ces évolutions. Certaines sont stimulées
par la concurrence, ouvrent leur programmation, relèvent
la qualité de la production (Burkina Faso, Tchad par exemple).
D'autres, au contraire, perdent leur audience et régressent
rapidement (Niger, Madagascar, ou Bénin par exemple).
Seules
survivront les télévisions nationales qui réussiront
une transformation en profondeur. Celle-ci passe notamment par
:
une adaptation des programmes aux attentes des téléspectateurs
;
une utilisation plus rationnelle des équipements et des
compétences ;
une gestion économique plus saine ;
de nouveaux modes de diffusion ;
une autonomie par rapport aux pouvoirs politiques pour faire réellement
de l'information et non plus le compte-rendu des colloques ouverts
par les membres du gouvernement...
La survie des télévisions nationales est possible.
Mais elle ne sera peut être pas assurée partout.
Malgré les possibilités de production à moindre
coût qu'offrent les technologies numériques, la télévision
est un outil onéreux : coût très élevé
de l'équipement et de son amortissement, comme de la formation
des techniciens. Une heure de production revient à environ
1 million de FF. Les enjeux économiques sont forts et les
possibilités de générer des recettes publicitaires
impliquent de ne pas se tromper dans le choix des émissions
proposées. La diffusion de la coupe des Nations a permis
en Namibie, où le marché publicitaire est étroit,
de récupérer 150 000 FF de recettes publicitaires
en 15 jours...
Mais
au delà des enjeux économiques, techniques et institutionnels,
c'est au niveau de l'existence (ou non) d'une réelle volonté
politique du côté des autorités nationales
que se joue l'avenir des télévisions africaines...
Développer une information locale de qualité ne
coûte pas plus cher que les programmes indigents actuels.
5
- L'appui aux télévisions africaines : quelques
exemples d'intervention
Plusieurs
bailleurs de fonds interviennent en appui aux télévisions
nationales africaines : la Coopération française,
la Fondation Friedrich Ebert, la Fondation Ford, la Fondation
Rockefeller, l'Agence de la Francophonie. La plupart des bailleurs
ont centré leur aide sur un appui à la production
nationale et à la diffusion et échanges d'émissions.
L'Agence
de la Francophonie appuie TV5 Afrique et anime un fonds de soutien
à la production audiovisuelle du Sud. Elle apporte aussi
un petit appui en matériel (diffusion de cassettes). Elle
finance et organise également des programmes de formation.
La
Fondation Friedrich Ebert a mis en place en 1991 le programme
Afro-Vision d'échange d'émissions entre onze télévisions
africaines. Elle finance également des formations et aide
à la définition de nouveaux cadres juridiques et
institutionnels.
La
Fondation Rockefeller intervient en soutien à la production
(scénarios), à la diffusion (rencontres et échanges)
et à la formation.
La
Fondation Ford a lancé un vaste programme de réalisation,
en co-production Nord-Sud, d'une série d'émissions
sur l'histoire du continent africain.
Avec
un investissement annuel moyen de 110 millions de FF en appui
aux télévisions africaines pendant 10 ans, la Coopération
française est de loin le plus important bailleur dans ce
secteur. Elle est la seule coopération à avoir financé
massivement équipements et matériels.
6
- Nouveaux principes, nouvelles orientations de l'intervention
La
plupart des coopérations s'interrogent sur leurs interventions
passées :
l'appui
de la Coopération française a permis à de
nombreuses télévisions africaines d'exister. Mais
des financements très importants ont été
accordés à des télévisions aujourd'hui
moribondes (Niger par exemple). La plupart des télévisions
ont bien du mal à financer le renouvellement du matériel
offert... ;
le programme Afrovision de la Fondation Friedrich Ebert fonctionne
difficilement : 11 télévisions nationales impliquées
seulement, chute d'un tiers sur deux ans des contributions, et
encore deux tiers proviennent elles d'Afrique du Nord ;
l'Agence de la Francophonie se pose la question de l'efficacité
de formations dispensées à des spécialistes
qui souvent occupent ensuite d'autres fonctions. Une évaluation
de l'impact des formations est en cours. Depuis qu'elle a demandé
aux télévisions de payer le transport, le programme
de diffusion de cassettes vierges s'est sérieusement ralenti.
La situation inquiétante de plusieurs télévisions
nationales, ainsi que le succès modéré de
certaines interventions ont conduit plusieurs bailleurs à
remettre en cause leurs modalités d'intervention : il n'est
peut-être pas réaliste de croire que toutes les télévisions
nationales africaines survivront. L'appui doit sans doute être
plus sélectif, et dépendre des volontés et
des capacités réelles différentes de ces
télévisions.
La
multiplication d'opérateurs privés nécessite
de nouvelles formes d'action : pour soutenir les capacités
de production dans le secteur privé, pour éviter
le piratage généralisé et une concurrence
sauvage aux télévisions nationales ; pour définir
des règles du jeu claires et aider ce secteur à
s'organiser.
Les
actions de formation sont modifiées : formations mieux
associées à un appui à la réorganisation
des télévisions ; priorité à quelques
formations-clés : à la production, à la scénarisation,
à la gestion...
L'appui
à la production est une priorité. Elle nécessite
notamment de lier de façon plus étroite la production
télévisuelle et cinématographique, de renforcer
les programmes de coproduction, en particulier à l'échelle
régionale.
Enfin,
l'appui à la télévision suppose des financements
importants - sur lesquels il est préférable d'éviter
les erreurs. Si les télévisions nationales ont besoin
d'un appui, une certaine prudence est aussi de rigueur. Les bailleurs
ont la responsabilité de ne pas engager les télévisions
nationales dans l'acquisition d'équipements qu'elles ne
pourront pas renouveler.
Principal
bailleur des télévisions d'Afrique de l'Ouest, la
Coopération française est aussi l'institution qui
a le plus profondément changé ses méthodes
d'intervention dans ce secteur : l'accent est mis sur la consolidation
des capacités nationales de production et sur une aide
à la réorganisation du secteur. L'appui en équipement
et matériel est limité. La mission de Canal France
International (CFI) est redéfinie, afin d'en faire à
nouveau une banque de programmes pour les télévisions
nationales et non pas une chaîne concurrente.
Si
la réflexion des bailleurs est assez convergente quant
aux modalités d'appui à privilégier vis-à-vis
des télévisions africaines, certaines interventions
sont redondantes ou concurrentes. C'est le cas par exemple de
la banque de programmes CFI et des échanges de type Afrovision.
La Coopération française et la Fondation Friedrich
Ebert souhaitent harmoniser leurs interventions : suppression
des doublons au niveau des monitoring, accords de diffusion, etc.
7
- La télévision peut-elle servir d'outil de communication
sociale
L'utilisation
de la télévision pour diffuser des messages en faveur
du développement n'a guère donné de résultats
satisfaisants. Question d'efficacité, d'impact, mais aussi
de budget. Une émission de télévision coûte
50 fois plus cher qu'une émission de radio.
Il
existe quelques cas, très rares, de télévisions
communautaires qui peuvent jouer un rôle de communication
sociale.
Ainsi,
par exemple, aux Comores, sur l'île d'Anjouan, une télévision
locale a été créée sans aide extérieure.
Elle combine rediffusion d'émissions satellites et production
locale ou standard amateur (VHS) . A noter qu'il n'existe pas
de télévision nationale aux Comores.
Globalement,
la télévision ne paraît néanmoins pas
l'outil le plus adapté à la communication sociale.
8
- La création de maisons de la presse : à suivre
Plusieurs
maisons de la presse se sont ouvertes récemment en Afrique
: en Tanzanie, au Ghana et au Burkina Faso, avec l'aide de la
Fédération Internationale des Journalistes (FIJ),
sur un financement de l'Union européenne ; au Mali, avec
l'aide de Panos et de plusieurs bailleurs de fonds ; au Togo,
avec l'appui de la Coopération française et de la
Fondation Friedrich Ebert...
Ces
maisons de la presse proposent une palette de services collectifs
: documentation, abonnements à des agences de presse ;
services de PAO ; location de salles... Elles constituent également
un lieu de rencontre pour les associations professionnelles où
débattre et organiser des clubs de la presse.
8.1 -
Une dynamique collective ou une structure de plus ?
Une structure
collective de services peut jouer un rôle d'aiguillon et
inciter les professionnels locaux à travailler ensemble.
Elle crée des occasions d'échange, suscite des dynamiques
nouvelles de collaboration. En revanche, se posent de nombreuses
questions.
Les
projets de maisons de la presse sont de dimension et d'ambition
très variables. Néanmoins, tous posent la question
du financement des coûts de fonctionnement et d'amortissement
du matériel.
La
palette des services proposés a-t-elle été
assez réfléchie : quels sont les services qui correspondent
à une demande réelle des médias ?
Quelle
est la rentabilité de ces services ? Se traduisent-ils
par une amélioration des médias ? En lançant
des services de production (PAO, impression) partiellement subventionnés,
ne crée-t-on pas une concurrence déloyale au secteur
privé ?
Certains
projets de maisons de la presse n'ont-ils pas été
trop fortement impulsés par les opérateurs du Nord
? Quelle est l'implication réelle des professionnels ?
Les réponses varient selon les pays. Au Togo, par exemple,
les journalistes ont d'eux-mêmes réuni les sommes
nécessaires pour payer le loyer, pour une année,
de la maison de la presse.
8.2 -
Une innovation intéressante, mais une prudence nécessaire
Les maisons
de la presse constituent une innovation pertinente, mais qui nécessite
de la prudence. Il serait judicieux de soutenir des projets de
dimension modeste ; d'assurer un suivi pour mesurer les évolutions
; de réaliser des analyses complémentaires sur la
rentabilité et l'intérêt des différents
services proposés ; de contrôler l'engagement réel
des professionnels.
Le
groupe convient de :
mieux coordonner les interventions sur les nouveaux projets (par
exemple action conjointe de l'Union européenne, de la Fondation
Friedrich Ebert et de la Coopération française sur
la maison de la presse du Togo) ;
identifier et partager l'ensemble des informations disponibles
sur ce sujet : liste des projets, de leurs coûts, des services
offerts par les différentes maisons de la presse, des études
préalables et des évaluations disponibles sur le
sujet ;
engager rapidement, peut-être en co-financement, une évaluation
des projets de maison de la presse suffisamment avancés
;
débattre collectivement des résultats de cette évaluation.
9
- Eviter les redondances et l'éparpillement des programmes
de formation continue
L'offre en sessions de formation est importante. La plupart des
bailleurs souhaitent mettre en place des programmes plus construits
et structurés, sur le moyen terme, et non plus des réponses
ponctuelles aux besoins de formation. Une information réciproque
est nécessaire pour éviter de multiplier les stages
aux mêmes périodes, sur les mêmes sujets dans
les mêmes pays, avec les mêmes journalistes...
Les
bailleurs de fonds se trouvent confrontés à des
difficultés similaires :
Il
ne leur est pas toujours facile d'identifier les " bons "
stagiaires, ceux qui n'ont pas déjà suivi plusieurs
stages, ceux qui occupent la bonne fonction. Certains bailleurs,
comme par exemple la Coopération suédoise, souhaitent
également que toute formation inclue au moins 30 % de femmes.
Il
n'existe pas d'outils d'information qui permettent de savoir,
au niveau d'un pays, et encore moins à l'échelle
internationale, quels ont été les stages organisés,
sur quels sujets, pour quels publics... Les redondances sont alors
inévitables.
Peu
de stages font l'objet de documents de capitalisation et de documents
de formation.
Le
choix des opérateurs en charge des formations n'est pas
toujours facile, notamment pour les opérateurs africains.
Afin
d'améliorer le choix des stagiaires, la Commission Européenne
finance une base de données créée par la
FIJ, sur les professionnels africains ayant bénéficié
de sessions de formation. Cette base recense actuellement 300
noms. L'idée d'élargir cette base à d'autres
bailleurs est-elle pertinente ?
Chacun
s'accorde sur le fait qu'une meilleure information réciproque
est indispensable pour rationaliser l'offre de formation, et donc
améliorer son impact.
En
même temps, il faut éviter de créer un système
trop ambitieux, trop lourd et, du coup, peu utile.
9.1 -
Une information sur les stages ou sur les stagiaires ?
Ceci implique
de préciser clairement le type d'information souhaitée,
et la façon dont elle peut être mise à disposition
de façon simple et rapide.
Les
besoins peuvent concerner une information sur la nature des stages
organisés : quel thème, quel pays, quelle date.
L'information sur les stages passés doit alors être
complétée par une information sur les projets de
stage. Cette base peut servir à mieux orienter l'offre
de formation de chacun, et aussi éventuellement à
réaliser ou co-financer certaines opérations.
L'information
sur les stages peut être complétée par une
information sur les opérateurs des formations (Nord et
surtout Sud) et sur les documents de formation produits.
Une
autre entrée possible est celle de la base actuelle de
la FIJ : les stagiaires. Le travail est alors un peu plus ambitieux
et complexe. Etant donné les multiples sources de formation
dont peuvent bénéficier les journalistes africains,
il faut sans doute accepter l'idée que la base ne puisse
pas être exhaustive. Celle-ci aurait alors pour fonction
centrale d'améliorer le choix des stagiaires. Elle pourrait
aussi servir à éditer des répertoires professionnels.
9.2 -
Préciser le projet
Quelles
sont les questions à privilégier (quel est le type
d'information recherché, pour quel usage) ? Quel système
rapide de collecte et circulation de l'information convient-il
de mettre en place ? Cette base doit-elle être gérée
au niveau international, ou national, ou les deux ? Qui y a accès
? Quelle est la place des opérateurs africains dans sa
constitution ? Quel serait le coût de ce projet et qui le
financerait ?
Un
groupe restreint de bailleurs se réunira (Commission européenne,
Banque Mondiale, Coopération suisse, Coopération
française, Unesco-Pidc) pour répondre à ces
questions et élaborer une proposition concrète.
10
- Concilier aide à la production et appui aux programmes
Les
médias africains ne disposent pas tous de capacités
de production suffisantes pour remplir leur grille de programme.
Ils manquent aussi d'informations venant de l'extérieur.
Pour améliorer, en quantité et en qualité,
la programmation des médias africains, différents
bailleurs de fonds leur fournissent régulièrement
des éléments sonores, écrits ou visuels.
CFI
(Canal France International) diffuse ainsi des programmes par
satellite aux télévisions africaines. Les services
de coopération des principales radios internationales (Deutsche
Welle, RFI, Radio Nederland, BBC...) diffusent des informations
écrites et des émissions aux radios africaines.
Des
agences de presse spécialisées, comme Syfia, proposent
des articles (en l'occurrence sur la question du développement
rural). Les différents réseaux d'échange
d'émission constituent aussi un moyen de soutenir la programmation
: réseaux d'échanges cités précedemment
comme Afrovision, réseau d'échange en Afrique du
Sud, réseau entre radios animé par l'Amarc (association
mondiale des radios communautaires) etc.
10.1 -
Substitution ou stimulant ?
L'appui
à la programmation peut avoir des effets pervers. Les médias
africains peuvent céder à la facilité, diminuer
leur propre production et augmenter la part des programmes extérieurs
: le coût est souvent plus faible et les difficultés
de production ainsi facilement résolues. L'offre de programmes
ne pousse-t-elle pas les médias africains à privilégier
une information externe, alors que la principale difficulté
est de valoriser et diversifier l'information sur les réalités
nationales et locales ?
Les
risques d'effets pervers ont conduit certaines coopérations
(Suède, Suisse, Finlande...) à intervenir uniquement
en soutien à la production locale, de préférence
en langue nationale, et non en appui à la programmation.
A certaines
conditions, l'appui à la programmation et le soutien à
la production locale peuvent se compléter et même
se renforcer l'un l'autre : plusieurs principes d'intervention
ont été évoqués :
Privilégier
la diffusion d'éléments " semi-finis "
plutôt que d'émissions clé-en-main. L'envoi
de programmes en "kit" devient alors un stimulant de
la production.
Compléter
l'envoi de programmes par un soutien à la production locale
: formation, fonds de soutien, coproduction, mais aussi achat
et diffusion d'émissions produites localement : outre le
soutien financier, l'avantage est " d'africaniser "
ainsi les programmes diffusés.
Diffuser
des programmes qui font monter l'audience et y laisser éventuellement
des plages pour des publicités. L'offre de programmes extérieurs
permet alors de dégager des recettes pour financer la production
nationale.
Distinguer
clairement la diffusion de programmes par les médias africains
d'une part, des chaînes et radios internationales de l'autre
qui s'adressent au public africain. Afin d'éviter la confusion
des genres, la coopération française a choisi de
crypter CFI une partie de la journée. Les programmes sont
accessibles alors uniquement pour les télévisions
nationales et plus pour les opérateurs de diffusion télévisuelle
ou les particuliers.
11
- Poursuivre les rencontres dans le cadre d'un réseau
Les participants
à cette seconde table ronde ont décidé de
créer un réseau informel de bailleurs de fonds qui
interviennent en appui aux médias africains. Ce réseau,
souple dans son organisation et son action, pourrait fonctionner
sur un modèle proche de celui du réseau Bellagio.
Il réunit depuis 1991 des bailleurs de fonds qui interviennent
en appui à l'édition africaine (dont les Fondations
Ford et Rockefeller et les coopérations des pays nordiques).
Des connexions sont envisageables entre les deux réseaux.
Objectifs du réseau
Le réseau
" média " offrira aux bailleurs de fonds :
une
concertation régulière, et un échange d'information,
sur les projets et types d'intervention ;
une connaissance des actions en cours et éventuellement
de leur impact, afin de faire bénéficier tous les
membres du groupe des succès et échecs de chacun
;
un lieu de confrontation des stratégies respectives et
de brassage d'idées sur les méthodes d'intervention.
Une conviction commune est qu'il est nécessaire de sortir
des " sentiers battus " en matière d'appui aux
médias.
Composition et fonctionnement
Le
réseau regroupe les bailleurs de fonds qui travaillent
dans le secteur. Quelques coopérations bilatérales
ou fondations qui étaient absentes à cette rencontre
seront conviées aux prochaines rencontres. Celui-ci se
limitera à une trentaine de membres au maximum pour rester
opérationnel. On envisage un rythme " de croisière
" d'une réunion annuelle, tout en débutant
à un rythme plus soutenu (une rencontre tous les six mois).
Il
est convenu d'organiser ultérieurement une rencontre par
an avec les bénéficiaires. Des opérateurs
spécialisés seront également conviés
ponctuellement à ces rencontres, selon les thèmes
traités. Pour l'instant, le groupe des bailleurs de fonds
doit se consolider ; renforcer les échanges d'information
et approfondir la réflexion sur les méthodes d'intervention.
12
- Se doter d'un secrétariat technique léger
Les
termes de référence du secrétariat technique
rédigés par le Gret sont acceptés. L'option
d'un secrétariat tournant est abandonnée. Le réseau
a besoin d'une mémoire institutionnelle et relationnelle.
Le secrétariat technique fournit une prestation de services
pour l'ensemble des membres du réseau. Son activité
est placée sous leur contrôle. Il remplit trois fonctions
:
Animation et information
Les
besoins d'information concernent :
l'évolution
du secteur des médias en Afrique (tendances, évènements
marquants);
les actions et programmes développés par les différents
bailleurs.
Cette information peut être diffusée sous la forme
d'une lettre-fax et d'un dossier de présentation des programmes
de chacun (fiches actualisées pour chaque coopération;
tableaux synthétiques par type d'action et de médias).
Cette
information sera complétée par un service à
la carte de réponse aux demandes d'information des différents
membres du réseau.
Réalisation
de notes d'analyse et de documents de travail sur l'évolution
des médias et sur les modes d'intervention. Il s'agit de
:
faire
connaître les initiatives novatrices, l'impact des actions
engagées, etc.
préparer les réunions du réseau par l'élaboration
de documents thématiques.
Organisation des réunions du réseau :
Les
thèmes de travail sont définis par les membres du
réseau. Le secrétariat prépare les réunions,
élabore et diffuse les documents de travail préparatoires,
bâtit le programme, et asssure l'organisation matérielle.
Eventuellement,
si les membres du réseau en font la demande, le secrétariat
pourra jouer un rôle d'appui et de " facilitateur "
pour la mise en place de certaines actions communes.
12.1 -
Moyens humains et budget de fonctionnement
Le Gret est invité à proposer un budget pour
l'animation d'un secrétariat qui lui serait confié
pour une durée de trois ans. Les bailleurs de fonds a priori
susceptibles de contribuer à son financement sont : la
Fondation Rockefeller, la Coopération française,
l'Agence de la Francophonie, la Banque Mondiale et la Coopération
suisse.
Le
secrétariat fonctionnera en français et en anglais.
12.2 -
Une troisième réunion en mars 1997
Les thèmes de débat retenus pour une troisième
table ronde sont :
la place et le rôle des médias en tant qu'outils
de communication sociale ;
l'accès aux sources d'information : agences de presse d'actualité
et spécialisées, rôle des nouvelles technologies...
;
la viabilité économique des médias.
La Fondation Rockefeller propose de mettre le domaine Bellagio
(Italie) à la disposition du réseau pour y organiser
cette rencontre, en mars 1997. Il faut vérifier les dates
où la résidence Bellagio est effectivement disponible
et les possibilités d'y assurer un service d'interprétariat
simultané.
Annexe
Coopération
: nouveaux enjeux, nouvelles contraintes
Trente années de coopération internationale et d'aide
au développement, avec leur cortège de succès
et d'échec, ont amené la plupart des bailleurs à
de profondes remises en question. Ceci, d'autant plus que le contexte
international a changé.
Les
stratégies de développement de type étatiste
ont montré leurs limites en Afrique. Les budgets consacrés
à la coopération se contractent. Ils sont soumis
à des exigences plus rigoureuses d'efficacité et
de " contraintes de résultats ". De façon
très sommaire, on constate trois évolutions majeures
:
une
volonté d'engager des programmes de coopération
avec les acteurs de la société civile, et plus seulement
avec l'Etat ;
une volonté d'associer plus fortement les bénéficiaires
à la définition des projets et de passer d'une logique
de " l'offre " de coopération à une logique
de réponse à la demande et aux besoins ;
un souci de garantir une plus grande pérennité des
activités soutenues et de rechercher un impact à
moyen terme des programmes engagés.
une recherche de plus grande efficacité qui se traduit
par des concentrations : concentration géographique de
l'aide sur certains pays ; concentration sur des programmes structurés
plutôt que des sommes de projets ; concentration sur quelques
grands objectifs prioritaires...
Des
questions communes
Ces nouvelles options se traduisent par autant de questions :
comment identifier des organismes réellement représentatifs
du secteur des médias ?
Comment concilier le dialogue avec l'Etat et avec les représentants
de la profession ?
quels nouveaux dispositifs de coopération et de concertation
mettre en place pour que les projets soient réellement
conçus et portés par les partenaires du Sud ?
comment éviter qu'une logique de réponse aux besoins
se traduise par des " listes types " de demandes : matériel,
formation, etc.
que faut-il chercher à pérenniser ?
Tout projet est par définition mortel, avec un début
et une fin. Qu'est-ce qui doit lui survivre ?
selon quels critères faut-il décider à certains
moments de cesser d'intervenir ?
N'y a-t-il pas déjà des pays où les médias
n'ont plus besoin d'appui externe ?
comment évaluer l'impact à long terme de certaines
activités : formation, amélioration de l'environnement
institutionnel ou de l'environnement économique... La pérennité
d'une intervention ne se traduit pas forcément par des
effets facilement " visibles ".
Des pistes de solutions
Les méthodes d'intervention d'appui aux médias africains
restent à améliorer. Quelques pistes ont été
évoquées :
disposer
d'une information plus rapide et complète sur l'évolution
du secteur de manière à aider les dynamiques réellement
en cours, voire à
anticiper les besoins d'appui ;
approfondir les analyses sur les facteurs de blocage pour intervenir
sur les " noeuds " réels et non à la périphérie
;
affiner les méthodes et moyens de suivi-évaluation
des programmes engagés afin d'adapter rapidement les interventions
;
renforcer les mécanismes de concertation et de négociation
avec les partenaires du Sud ;
agir sur l'environnement des médias autant que sur les
médias eux-mêmes : environnement économique,
institutionnel, juridique, réseaux d'échange et
de collaboration, organisation collective ... La pérennité
implique de créer le contexte le plus favorable - ou le
moins défavorable - au développement et à
la professionnalisation de médias indépendants.
s'atteler aux relations entre les médias et leur environnement
et notamment aux relations entre le triptyque Etat-médias-public.
Pour mieux répondre aux attentes du public, les médias
ont besoin d'avoir une meilleure connaissance de ces attentes.
Les relations entre l'Etat et les médias ont besoin de
se décrisper : définition de règles du jeu,
de droits et devoirs réciproques, de circulation de l'information
et la communication.
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