1. Programmes d'appui aux médias : quelques tendances
  2. Les radios, un paysage en mutation
  3. Entre les attentes du public et les programmes, un écart à combler
  4. Quelques pistes d'action
  5. Les centres régionaux africains de formation : deux exemples: Cierro et Nsjc
  6. Communication sociale et médias
  7. Activités du réseau et prochaine rencontre

Compte rendu de la réunion du réseau des bailleurs de fonds intervenant en appui aux médias africains
Copenhague 5-7 mai 1997

Les deux précédentes rencontres du réseau ont été centrées autour d'échanges entre les bailleurs sur l'évolution du secteur des médias en Afrique et l'analyse des besoins. Elles ont permis une information réciproque sur les programmes de chacun. La rencontre de Copenhague a mis l'accent sur une réflexion autour de quelques thèmes : le rôle de la radio et les attentes du public ; la communication sociale, - spécificité de l'approche et articulation avec les médias ; les centres régionaux de formation en Afrique.

Elle a également été l'occasion d'ébaucher un premier programme conjoint d'appui au Cierro, centre régional de formation à la radio rurale basé au Burkina Faso.

A l'issue de la rencontre, les participants ont souhaité que cette évolution s'accentue. Les rencontres feront davantage place à une analyse approfondie de questions sériées. Elles seront aussi l'occasion d'élaborer quelques projets conjoints innovants, bâtis " à géométrie variable ", avec les membres du réseau intéressés. Une plage de temps sera laissée pour permettre la présentation de nouveaux bailleurs et de nouveaux programmes.

1 - Programmes d'appui aux médias : quelques tendances

Un rapide tour de table des interventions des bailleurs présents à Copenhague a été l'occasion de souligner quelques évolutions :

Des programmes qui se structurent

La plupart des coopérations ont répondu à l'explosion du paysage médiatique par un appui multiple et diversifié aux médias africains. Elles cherchent désormais à structurer davantage leur aide autour de quelques axes majeurs. Ainsi, par exemple, l'Union européenne a mis un frein au soutien qu'elle apportait à de nombreuses sessions de formation courtes dans les pays pour privilégier un appui plus " structurant ". Il est bâti à partir d'une analyse du paysage médiatique dans quelques pays, des dynamiques, des points de blocage et des besoins.

Formation professionnelle : de nouvelles approches

La formation professionnelle des journalistes demeure une des formes d'action majeures de la plupart des coopérations. Elle représente une des réponses prioritaires aux besoins des médias africains d'améliorer la qualité, la fiabilité et l'autonomie de leur production.

Plusieurs évolutions apparaissent dans les stratégies des bailleurs vis à vis de la formation :

au niveau du public, une attention accrue à la formation des gestionnaires et patrons d'entreprise de presse : ces dernières ont besoin de consolider leur autonomie économique pour garantir leur indépendance éditoriale ; des journalistes professionnels dirigés par des responsables qui ne maîtrisent pas eux mêmes les règles de base du métier ne peuvent pas faire évoluer la qualité des journaux et des radios.

au niveau du choix des organismes de formation et des formateurs. A la volonté d'assurer rapidement la formation des professionnels du secteur, s'ajoute un nouvel objectif. Celui de consolider les capacités nationales de formation : formation de formateurs, appui à de nouveaux centres de formation ou à la réorganisation de centres plus anciens (cf. plus loin les exemples du CIERRO et du NSCJ).

au niveau de la durée des formations. Des stages très courts (une semaine) semblent appropriés pour organiser des échanges, fournir un recyclage sur un thème ou assurer une information institutionnelle. En revanche, leur impact sur des journalistes sans formation initiale est faible. Entre les formations initiales de longue durée (plusieurs années) et le stage très bref (plusieurs jours), des formations de durée intermédiaire (plusieurs semaines ou mois) commencent à s'organiser, souvent en formation par alternance.

Une importance accrue de l'appui à la structuration du milieu et à l'amélioration de l'environnement institutionnel

Centres de ressources et maisons de la presse, associations professionnelles et réseaux professionnels régionaux et internationaux, instances de régulation... Les nouveaux programmes mettent davantage l'accent les interventions en faveur de l'organisation institutionnelle et professionnelle du secteur. Là aussi le souci est de passer d'actions ponctuelles à un appui à la construction de cadres et de règles du jeu stables et structurants. Sur ces formes nouvelles d'intervention, les modalités sont encore expérimentales et à consolider.

Les objectifs sont triples :

assurer un impact durable des actions entreprises ;
mettre une croix sur les logiques d'aide et d'assistanat ;
faciliter, voire même rendre possibles les relations de coopération avec le secteur privé et associatif. Quand il n'existe pas d'interlocuteur collectif fiable et légitime, l'appui apporté par les bailleurs de fonds à la naissance ou la consolidation de structures ou réseaux fédérateurs devient un point de passage nécessaire.
Un souci de transparence et de communication

L'heure est à la restriction budgétaire et aux doutes sur l'efficacité des efforts de coopération. En réponse, les bailleurs ont engagé un double effort de transparence et de communication. La Banque mondiale a par exemple adopté une stratégie de diffusion transparente des résultats de ses programmes, des études et des évaluations réalisées. Les stages de formation de journalistes qu'elle organise ont notamment pour objectif de mieux faire connaître aux journalistes, les analyses dont elles disposent, les choix et les orientations possibles en termes de développement économique, les projets en cours. Autre exemple, la coopération danoise a récemment organisé une conférence de presse sur sa politique et ses projets d'appui aux médias dans les pays en développement.

2 - Les radios, un paysage en mutation

Le paysage radiophonique s'est ouvert plus tardivement que celui de la presse. Mais les changements sont très rapides et les enjeux forts. La radio est actuellement en Afrique le seul média accessible et utilisé par toute la population.

La presse et la télévision restent urbaines. La rapidité de croissance du taux d'équipement en postes de télévision, ainsi que le développement de nouveaux systèmes d'antennes micro-ondes ou de câbles (Cameroun) laissent penser que la télévision va sans doute s'étendre assez rapidement en zone rurale.

En milieu rural

La radio a pénétré l'ensemble du territoire, mais les situations restent très différentes en ville et à la campagne. Alors que l'offre de programmes radiophoniques se multiplie en ville, le monde rural n'a encore guère le choix. La station locale ou rurale reste souvent l'unique média disponible. Cette absence de concurrence et de possibilité de choix se traduit par une situation plus statique des radios en zone rurale : les programmes ont moins évolué qu'en ville. La langue de bois institutionnelle reste forte.

Cette situation est aggravée par le fait qu'on demande aux radios en milieu rural de jouer un peu tous les rôles : information, distraction, formation, animation, relais de projets et d'ONG pour diffuser des messages ou assurer une communication sociale pour le développement... Les radios sont surchargées de mandat et de missions. Elles risquent d'y perdre leur identité, d'autant plus que leur capacité à se bâtir une indépendance éditoriale est souvent faible.

Deux nouvelles tendances modifient cette situation. D'une part, le développement de radios associatives et communautaires élargit l'offre radiophonique en milieu rural. D'autre part, la mise en réseau de radios, avec des décrochages d'antenne. Les accords peuvent concerner les radios nationales (publiques ou privées) et les radios locales. Ils peuvent aussi reposer sur des partenariats établis avec des radios internationales.

Les projets sont encore trop peu avancés et trop peu nombreux pour qu'on puisse en tirer un bilan.

Le développement de réseaux de radios locales et communautaires, qui échangent des émissions, constitue une autre tendance forte actuelle qui permet d'ouvrir et d'élargir la programmation de ce type de radios.

En milieu urbain

La multiplication de l'offre radiophonique en FM s'est traduite par plusieurs phénomènes :

un maintien fort de l'audience de la radio. Même si elle est concurrencée le soir par la télévision, elle reste le média dominant qui rythme la vie sociale. Elle constitue la source majeure d'information.

un réveil de nombreuses radios nationales, face à la double concurrence exercée par la diffusion en FM des radios internationales et par le développement de stations privées : création de seconde chaîne radio à la programmation attractive, en particulier pour les jeunes, amélioration de la qualité de la production, en particulier pour l'information, avec un souci de pluralisme et de " désinstitutionnalisation " de l'information proposée.

Malgré ces tendances plutôt positives, la situation des radios nationales reste fragile.

Les pouvoirs politiques sont loin d'avoir lâché leur emprise sur les radios publiques. Les auditeurs africains sont devenus des zappeurs. Ils utilisent la diversité des chaînes radiophoniques pour confronter et compléter les informations. Les radios nationales qui diffusent encore une information monolithique et fermée perdent régulièrement de l'audience.

La concurrence exercée par les radios internationales concerne plutôt une élite urbaine ; mais elle reste un problème majeur, tant que les radios nationales n'auront pas su ou pu marquer leur différence et leur spécificité par rapport à cette offre mondiale.

3 - Entre les attentes du public et les programmes, un écart à combler

Les radios ont absolument besoin de mieux connaître les attentes de leur public, pour mieux y répondre.

La première demande du public concerne l'information, sa fiabilité et sa diversité. Il s'agit bien sûr d'information politique, mais aussi d'information de proximité, trop absente des grilles actuelles de programmes : informations d'intérêt général (santé notamment), de services (emploi, météo, etc.)...

Les radios répondent aussi mal à la demande spécifique de certaines catégories de public, en particulier les jeunes et les femmes. Elles adoptent souvent une programmation " tout public " alors qu'elles devraient, sur certains créneaux horaires, proposer des émissions pour des catégories spécifiques de publics.

D'une façon plus globale, les radios semblent en décalage avec les réalités sociales et culturelles. Musique africaine, nouvelles expressions culturelles nationales et locales, émissions de débats, reportages ou fictions sur les grands enjeux sociaux actuels : sur toutes ces attentes fortes, les réponses actuelles des radios paraissent insuffisantes et peu liées à la vie quotidienne des gens, aux questions qu'ils se posent face aux mutations très rapides de leurs sociétés.

Les études d'audience en milieu rural sont très rares. Le peu qui existe montre que les types de demandes sont assez proches.

4 - Quelques pistes d'action

Ces constats rapides témoignent de la nécessité d'améliorer la connaissance des attentes réelles du public. Les radios pourraient satisfaire à nombre d'entre elles sans engager des dépenses importantes : observatoire régulier des demandes et des attentes ; méthodes d'étude de l'audience et des attentes en milieu rural ; diffusion systématique des résultats des études d'audience aux radios africaines.

Il serait utile d'intégrer dans les programmes de formation la question des attentes du public et de la façon de les satisfaire de leurs publics.

Les distinctions classiques entre radios urbaines et rurales sont en partie dépassées par la réalité. D'une part, il n'y a pas un monde rural qui représenterait la " tradition " et un monde urbain qui serait la " modernité ". Les dynamiques et les imbrications sont bien plus complexes. D'autre part, c'est une des fonctions de la radio de faciliter les échanges et la communication entre la ville et la campagne. Les évolutions actuelles vers des réseaux d'échanges ou d'accord de décrochage d'antenne peuvent aller dans ce sens.

Les fonctions et les rôles des différents types de radio gagneraient à être clarifiés. Le paysage radiophonique africain en ébullition a besoin de cadres de structuration :

règles déontologiques ;
articulation entre l'autonomie éditoriale des radios et les missions de service public ;
définition de règles du jeu plus claires entre radios nationales et internationales ;
cahier des charges précis donnés aux radios ;
clarification des relations entre les radios et les projets ou institutions qui souhaitent les utiliser pour leurs actions d'information et de communication.

5 - Les centres régionaux africains de formation : deux exemples
Le Cierro : quel avenir ?


Constats

Le Cierro, centre interafricain d'études en radios rurales de Ouagadougou, a été créé par l'URTNA en 1978. Il avait pour objectif de répondre aux besoins de formation des radios rurales nées dans les années 70. Il propose deux filières de formation professionnelle de longue durée (deux ans) : techniciens et producteurs/animateurs d'émissions pour le monde rural. Les stagiaires, qui proviennent de 15 pays d'Afrique de l'ouest et centrale, sont des jeunes bacheliers ou des professionnels en poste. Les candidatures sont présentées par chaque pays et sélectionnées par l'URTNA et le CIERRO.

Parallèlement à la formation initiale, le CIERRO a multiplié les stages courts, en particulier pour les radios locales et communautaires. Il a également assuré la formation de 15 formateurs nationaux à même d'organiser des stages de formation dans les pays de la région. Les formations sont assurées en français.

Le centre a bénéficié de 10 années de subventions de la coopération allemande (c'est une des plus longues subventions à une institution que cette coopération ait engagée). Fin 1996, cette subvention a été arrêtée. Malgré une forte croissance de ses ressources propres, le CIERRO est loin encore d'être en mesure d'assurer son autofinancement. Les formations dispensées par le CIERRO sont de qualité ; elles font une large part à la pratique. Néanmoins, elles ne sont plus vraiment adaptées au nouveau contexte radiophonique africain.

Enjeux

Quelle stratégie les bailleurs peuvent-ils adopter face à une institution africaine sérieuse et fiable, qui a besoin de renouveler son projet de formation et ses modes de fonctionnement, mais qui risque de fermer ses portes si elle ne trouve pas d'appui financier ?

La question trouve une actualité forte au moment où les bailleurs s'interrogent sur les façons de consolider les capacités de réponse africaines aux besoins de formation dans le secteur des médias. En même temps, la période des financements structurels aux institutions africaines est révolue.

Le CIERRO a besoin d'un financement pour ne pas accumuler les années blanches qui casseraient l'institution mais aussi d'un appui pour rebâtir un projet, mieux adapté aux demandes actuelles, et économiquement et institutionnellement viable.

Le centre a déposé une demande de financement auprès de l'Union européenne. Il manque encore plusieurs pièces administratives pour que le dossier puisque être examiné (requêtes émanant d'Afrique centrale ou de l'Est). Un appui concerté de plusieurs bailleurs de fonds au CIERRO constituerait un atout pour ce dossier.

En attendant le résultat de la procédure engagée à Bruxelles qui prendra plusieurs mois, la décision a été prise d'assurer un financement-relais pour le CIERRO afin de lui permettre de recruter une nouvelle promotion. Parallèlement, une étude sera engagée avec le CIERRO pour l'aider à définir et mettre en place de nouvelles stratégies : renouvellement du contenu des formations ; nouveau positionnement institutionnel ; stratégie d'autonomisation financière ; autres activités complémentaires à la formation.

Le GRET a été chargé de coordonner le dossier de financement de ce double projet qui se déroulera en 1997 et 1998.

Le Nordic SADC Journalism Center (NSJC)

Contexte

Le NSJC est un centre régional de formation des journalistes des pays d'Afrique australe. Il a ouvert ses portes en 1993. Il est le fruit d'un projet conjoint entre les pays scandinaves et la SADC (Southern African Development Community). L'objectif est d'assurer une formation professionnelle à des journalistes qui exercent leur métier sans aucune formation initiale de base. Depuis sa création, le centre a assuré la formation d'environ 150 journalistes chaque année. Les sessions durent de 3 à 8 semaines, souvent sous forme de stages en alternance entre la formation et l'activité professionnelle. Le centre gère et organise des formations qui sont réalisées dans les pays, avec les centres nationaux de formation. Elles sont dispensées en anglais et en portugais. Elles sont assurées par une équipe mobile de formateurs : journalistes confirmés des pays de la zone qui ont reçu une formation de formateurs.

Malgré l'intérêt des formations transnationales comme occasion d'échanges et de contacts, le centre s'est plutôt orienté vers des formations nationales, pour des questions de coût.

Enjeux

Les principales difficultés rencontrées par le centre sont de deux ordres :

un lien institutionnel fort avec la SADC qui a provoqué des lourdeurs et une méfiance de la part des médias privés. Progressivement, les liens se sont renforcés avec les associations et les organismes professionnels régionaux (en particulier avec le Misa - Media Institue of Southern Africa- et avec la Saba - Southern Africa Broadcasting Association). Un réseau de collaboration commence à se constituer avec les associations professionnelles, les syndicats et les ONG de la région. A l'avenir, le NSJC ne devrait plus être positionné sous le parapluie de la SADC, mais devenir une fondation indépendante.

une collaboration difficile avec les institutions nationales de formation : les formateurs de ces organismes n'ont souvent aucune pratique professionnelle du journalisme. Ils dispensent une formation académique et universitaire difficile à modifier ;

des formations de qualité mais assez coûteuses. Jusqu'à présent, les coûts ont été supportés par les financements scandinaves. Dès la création du centre, il a été décidé qu'ils s'arrêteraient en 1998. Quelles sont les possibilités de pérennisation ?

Même si les formations jusqu'alors gratuites deviennent payantes, elles ne permettront pas d'assurer un autofinancement du centre. Les coûts doivent rester suffisamment modestes pour que les journalistes et les médias puissent payer.

Le centre a créé un département des projets extérieurs qui vend les compétences disponibles afin de financer l'effort de formation. Ce département est aussi chargé d'engager des partenariats avec de nouveaux bailleurs de fonds.

Pistes d'action

Il serait intéressant d'organiser un échange d'expériences entre le Cierro et le NSJC. Leurs enjeux d'avenir sont voisins et leurs approches complémentaires. Ceci pourrait les aider à définir conjointement des stratégies qui garantissent à la fois leur indépendance et leur pérennité. Pourraient être associées à cette réflexion de nouvelles écoles de formation aux médias, comme par exemple l'Issic (Institut supérieur des sciences de l'information et de la communication) créé à Dakar en 1996 par le groupe Sud Communication.

L'organisation et la structuration des formations gagneraient en pertinence si une analyse plus fine des besoins de formation pouvait être réalisée : quels sont les profils de compétences qui correspondent aux nouveaux métiers des médias africains, quels sont les besoins de " polycompétences ", quelles sont les priorités de formation ?

Quelques centres régionaux ou nationaux de formation de qualité pourraient être identifiés et jouer le rôle, à l'échelle locale, de lieu de d'harmonisation de l'offre des bailleurs de fonds en matière de stages de formation. Un partenariat plus systématique des bailleurs avec ces centres constitue une manière indirecte d'apporter un appui financier contractuel à ces structures. Elles pourraient également devenir des centres d'expertise et d'information sur l'appui aux médias : évolution des besoins de formation, compétences nationales disponibles en matière de formation, centres de formations mobilisables, capitalisation des outils et des méthodes de formation, etc.

6 - Communication sociale et médias
Principes

La communication pour le développement est un carrefour plutôt qu'une discipline. A partir du même objectif de provoquer ou d'accompagner des changements de comportement et de pratique (sociale, économique, technique), les méthodes sont très différentes. Marketing social, éducation populaire, journalisme de développement, IEC, communication sociale... Chaque école a développé des méthodes et des approches spécifiques en fonction de façons différentes de concevoir le développement, soit comme un processus extérieur, soit comme un processus participatif.

Les conceptions actuelles de la communication sociale reposent sur le constat de l'échec d'un développement et d'une communication conçus de haut en bas, avec des savoirs de spécialistes diffusés et vulgarisés vers la population qui n'a plus qu'à les appliquer.

La communication sociale cherche à faciliter la prise en charge, par des groupes de base, de leur propre développement. Il s'agit de favoriser un autre type de développement.

La communication sociale n'est pas centrée sur la diffusion d'un contenu mais sur l'élaboration d'un processus collectif de changement qui n'est pas seulement économique mais qui concerne tous les aspects de la vie.

Les médias ne sont qu'un outil parmi d'autres dans la palette des moyens qu'utilise la communication sociale : réunions, théâtre, marionnettes, tambours, etc. ; mais aussi médias modernes et canaux institutionnels.

Trois exemples de projets de communication sociale mis en place récemment par le CRDI ;

Le réseau africain de recherche en communication participative pour le développement regroupe des ONG qui travaillent avec des communautés de base. Le réseau assure l'échange et la capitalisation d'actions expérimentales de communication sociale à la base pilotées par les ONG.

Les trois principales difficultés identifiées sont :

le manque de formation en communication à la base : il n'existe actuellement pas de filières et d'organismes qui assurent ce type de formation en Afrique, alors que la demande d'embauche de professionnels de la communication sociale est très forte parmi les ONG et les associations ;
des difficultés à formuler et transmettre de nouveaux savoirs ;
très faible circulation de l'information sur les expériences et acquis de chacun. Quels canaux utiliser ? Les médias pourraient-ils jouer ce rôle ?
Un projet conjoint avec l'ACCT pour introduire des actions de communication à la base au sein de centres d'information et de ressources en milieu rural (les CLAC).

Un projet en cours d'élaboration pour définir et engager, dans quelques pays, des politiques nationales de communication pour le développement : création d'un cadre structurant pour les interventions de chacun ; définition de règles du jeu, de partage des rôles et des responsabilités, etc.

Communication sociale et médias : spécificité et cohérence

Les approches " communication sociale " et " médias " ne reposent ni sur les mêmes objectifs, ni sur les mêmes méthodes.

Dans un cas, l'objectif est le changement de comportement, dans l'autre il n'y a pas d'objectif sur la façon dont chacun utilisera les informations et connaissances proposées par les médias ; l'objectif est qu'elles soient multiples et fiables.

Dans un cas, on parle de groupe cible, dans l'autre d'auditoire ou de public.

Dans un cas, on met l'accent sur la qualité et la fiabilité de l'information), dans l'autre sur un processus, l'information n'est alors qu'une des composantes de la communication, et les médias un moyen et un outil à son service, etc.

Malgré ces différences, les approches " médias " et " communication sociale " ne constituent pas pour autant deux mondes à part, loin de là. Sur le terrain, elles se croisent. Elles sont en relation avec les mêmes acteurs dans les médias africains. En soi, ce n'est pas un problème, bien au contraire. La difficulté provient des contradictions éventuelles dans les contenus de formation et les orientations des projets. Il y a là une source de confusion pour les acteurs qui doivent se débrouiller pour gérer les contradictions.

Pour éviter cet effet pervers, c'est au niveau des bailleurs qu'il faudrait clarifier les fonctionnements, en s'accordant sur quelques principes de base, tout en respectant la spécificité de chaque approche.

Les clarifications pourraient concerner les points suivants :

Distinguer différents types de médias. Un journal ou une radio indépendante n'a pas les mêmes fonctionnements et objectifs que le journal d'une ONG ou une radio communautaire. En particulier, la question de l'autonomie et l'indépendance des journalistes s'y posent différemment.

Approfondir la réflexion sur la façon dont les médias peuvent traiter des questions de développement. Il s'agit d'enjeux socio-économiques trop importants pour qu'ils soient négligés ou traités dans les rubriques " colloques et séminaires ". Mais téléguider la façon dont les médias traitent de ces questions revient à contrecarrer les efforts faits par ailleurs pour les aider à conquérir plus d'autonomie et de responsabilité. Plusieurs pistes sont possibles : renforcer l'accès à l'information, développer des fonctions " attachés de presse " dans les projets plutôt que de l'achat d'espaces écrits ou sonores, etc.

Aider les associations et les groupements de base à travailler avec les médias nationaux. Les limites de l'approche " communication sociale " se posent souvent au niveau du politique et du passage du local au national. Un journal d'association locale qui exprime une contestation politique n'a souvent pas les moyens d'échapper à la censure. Les groupements de base ne savent souvent pas comment faire appel aux médias pour exprimer publiquement leurs points de vue.

Analyser les profils respectifs de compétences et donc de formation des journalistes et des communicateurs. Ils sont composés de parties communes (il s'agit essentiellement des parties " techniques ") et d'éléments très différents (le métier, la déontologie). Ceci renvoie à la question des cursus de formation dans les centres nationaux et régionaux. Est-il envisageable de structurer des filières différentes au sein d'un même organisme de formation ? Quelles sont les autres hypothèses possibles pour ne pas multiplier des institutions de formation qui peinent ensuite à trouver leur rentabilité ?

7 - Activités du réseau et prochaine rencontre

Le secrétariat du réseau continue à identifier et à mobiliser de nouvelles coopérations qui travaillent sur les médias africains. Un logo pour le papier à lettres sera proposé à la prochaine rencontre pour garantir une image extérieure plus lisible et plus neutre du réseau et du secrétariat.

La lettre du réseau paraît un outil intéressant d'échange d'informations. Pour la rendre vivante, le secrétariat a besoin de recevoir régulièrement l'information dont disposent les coopérations. Sans avoir de caractère confidentiel, elle est un outil d'information professionnelle entre les membres et ne doit pas élargir sa diffusion. C'est la vocation d'autres périodiques qu'il ne faut pas concurrencer. Dès qu'un nombre suffisant de membres disposeront d'adresses de courrier électronique, elle sera diffusée par e-mail.

Les documents d'information seront réorganisés et actualisés avec une entrée thématique et non plus institutionnelle ; chacun devrait ainsi rapidement identifier avec quels autres membres du réseau il peut prendre contact, sur un thème ou un type d'activités.

De manière à faciliter les échanges et la coopération sur des sujets précis qui ne concernent pas tous les membres, le secrétariat organisera des réunions en sous-groupes de travail : soit en complément des rencontres collectives, soit sous forme d'ateliers lors de ces réunions.

Après discussion sur l'opportunité d'une participation de partenaires africains, les membres du réseau préfèrent maintenir l'objectif initial d'un réseau d'échanges professionnels entre bailleurs. Tant que la profession est peu organisée, ou l'est sur un mode conflictuel, le choix des partenaires africains à inviter serait très délicat et risquerait de provoquer davantage d'effets pervers que positifs.
Deux solutions sont envisageables :

inviter de façon plus systématique les membres du réseau à l'occasion de rencontres avec des partenaires organisées par l'une d'entre elles ;

aider l'organisation de rencontres régionales entre les professionnels africains, ou bien la structuration de réseaux.
La participation d'opérateurs du Nord sera ponctuelle : expertise pour contribuer à l'analyse d'un thème ; présentation d'opérateurs nationaux à l'occasion de rencontres organisées dans un pays.

Afin d'éviter d'éventuels déséquilibres entre les coopérations qui financent le secrétariat et les autres, il est suggéré que chacun examine les actions ponctuelles d'appui au réseau qu'ils pourraient prendre en charge.

La prochaine rencontre du réseau aura lieu à Bellagio, en Italie, à l'invitation du centre de conférence de la Fondation Rockefeller du 22 au 25 septembre. Les coopérations qui souhaitent accueillir la rencontre 1998 du réseau sont les bienvenues.

Les propositions suivantes ont été faites comme thèmes de travail pour la prochaine rencontre :

instances de régulation ;
harmonisation des actions de formation ;
centres de ressources et maisons de la presse ;
accès à l'information, documentation, agences de presse et réseaux électroniques d'information ;
politiques nationales de communication pour le développement ;
fonds d'appui à la production audiovisuelle ;
formes d'appui à la viabilité économique des médias .
Les thèmes définitifs seront sélectionnés après consultation de l'ensemble des membres du réseau.