1. Introduction : les objectifs de cette rencontre
  2. Contexte : une transformation rapide et profonde du paysage médiatique africain
  3. Objectifs et stratégies d'intervention
  4. Les modalités et outils de coopération
  5. Les types d'intervention
  6. Conclusions

Appui des bailleurs de fonds à la presse écrite et aux radiodiffusions en Afrique subsaharienne
Compte-rendu
Paris 11 au 13 décembre 1995

1 - Introduction : les objectifs de cette rencontre

L'évolution actuelle de la presse écrite et de la radiodiffusion en Afrique subsaharienne, présente des perspectives nouvelles en termes de démocratie et de développement. La multiplication de journaux et radios indépendants, et les enjeux afférents, ont amené de nombreux bailleurs de fonds à créer de nouveaux programmes d'appui à ce secteur encore fragile. Ils cherchent à présent à améliorer leur dispositifs d'intervention.

Compte tenu de ce nouveau contexte africain, une première table ronde entre bailleurs de fonds a été organisée à Paris, du lundi 11 au mercredi 13 décembre 1995, à l'invitation du Bureau des Médias du ministère français de la Coopération.

Cette rencontre fut avant tout une session de travail aux objectifs professionnels, et non pas institutionnels. Il s'agissait d'une réunion d'information et d'échange, sur l'évolution des médias africains, et ses enjeux, sur les objectifs des programmes d'aide, les modalités d'intervention, les programmes réalisés et leur bilan. Le souci majeur a été d'améliorer les programmes mis en oeuvre, en évitant les contradictions et les redondances, et en dégageant éventuellement des pistes d'action communes.

2 - Contexte : une transformation rapide et profonde du paysage médiatique africain

2.1 - Les années de jeunesse : une explosion tumultueuse et précaire

L'ouverture démocratique de nombreux pays d'Afrique s'est traduite par une multiplication des médias indépendants, privés ou associatifs. Entamé dans les années 87 et 88, le mouvement prend son essor dans les années 89 et 90. Il concerne d'abord la presse, dont les titres foisonnent dans les capitales (la Gazette du Golfe au Bénin, le Messager au Cameroun, etc.).

Ces premiers journaux se caractérisent par une faible qualité professionnelle, de petits tirages et une médiocre assise financière. La plupart d'entre eux se focalisent exclusivement sur le débat politique et adoptent un ton virulent. Ce journalisme d'opinion s'autorise tous les dérapages. La durée de vie de ces jeunes titres est souvent faible. La liberté des ondes est plus tardive, et plus difficile à obtenir. Les premières autorisations sont données à partir des années 90-91. Des radios associatives se créent en milieu rural, et des radios commerciales en ville. Le Mali demeure "le laboratoire" de ce nouveau pluralisme radiophonique en Afrique.

La diffusion de nouvelles techniques, faciles à utiliser et peu coûteuses (logiciel de PAO, matériel audio) renforce ce mouvement.

2.2 - Une professionnalisation et une structuration embryonnaires

Après des débuts tumultueux, les médias abordent une nouvelle phase où s'amorcent professionnalisation et consolidation.

La qualité de la production s'améliore : l'information est mieux traitée, plus rigoureuse. Le ton est mieux contrôlé, la polémique moins systématique.
Le journalisme d'opinion laisse peu à peu place à un journalisme d'investigation. Les journalistes découvrent les vertus du reportage et de l'enquête. Certains s'orientent vers un journalisme de proximité, centré sur les réalités locales.
Les médias publics, sous la pression de la concurrence internationale et nationale, sont amenés à améliorer la qualité de leur production, à ouvrir leur programmation et à abandonner progressivement la langue de bois.
Les financements se diversifient. Le rôle des partis politiques et des groupes culturels ou religieux reste important. Mais certains médias trouvent leur autonomie financière, par exemple les radios, en vendant des passages d'avis et de communiqués.
Des groupes de presse commerciaux se développent, souvent en combinant presse, radio et télévision : Sénégal, Gabon, Madagascar...

2.3 - Les principaux points de blocage du développement des médias

Ces évolutions témoignent d'une certaine maturité des médias en Afrique. Néanmoins, la presse comme la radio restent fragiles et la qualité encore insuffisante.

Après une période de laisser-faire, les pouvoirs publics tentent de reprendre le contrôle des médias. La liberté de la presse est loin d'être garantie partout.
La situation économique des médias indépendants demeure précaire. Les tirages sont faibles, les politiques commerciales et la diffusion médiocres. La gestion financière reste imprécise.
L'accès à l'information, aussi bien internationale que nationale, demeure difficile. Les abonnements aux agences de presse internationales sont chers. Les agences nationales souvent inopérantes. Les journalistes utilisent peu les ressources d'information disponibles dans le pays.
La législation sur la presse et la définition de cadres réglementaires et institutionnels est en retard sur les pratiques. Les médias évoluent dans un environnement juridique instable et flou.
Le professionnalisme des journalistes reste incertain. Peu ont bénéficié d'une formation. Ils improvisent souvent leur métier, sur le tas. Les rédactions sont mal organisées, avec un personnel fluctuant et une organisation collective du travail improvisée. La qualité de la production, et donc les possibilités de diffusion, s'en ressentent.
Malgré les progrès réalisés, l'information politique reste dominante. Les journalistes ont encore des difficultés à traiter des sujets plus proches des attentes du public. La rumeur et l'information ne sont pas toujours clairement distinguées. Le journalisme d'investigation reste minoritaire.
Il existe peu d'associations ou d'organisations collectives représentatives de la profession, et fiables. Soit elles n'existent pas, soit elles sont trop nombreuses pour être légitimes.

2.4 - Des enjeux identiques, mais des situations nationales très variables

Dans tous les pays d'Afrique subsaharienne, les médias rencontrent des difficultés voisines. Néanmoins les situations demeurent très variables selon les pays. L'indépendance de la presse dépend du degré de maturité du débat politique et de la stabilité des règles du jeu démocratiques.

L'Afrique de l'Ouest et de l'Est présentent certaines spécificités. L'Afrique de l'Est est marquée par une prédominance des médias commerciaux, nombreux et disposant de ventes confortables. Ils sont gérés selon une logique d'entreprise. En revanche, les radios privées sont beaucoup moins développées qu'en Afrique de l'Ouest. Dans cette zone, des médias (en particulier la radio) sont davantage liés au mouvement associatif, plus dynamique et organisé qu'en Afrique de l'Est.

La fin de l'apartheid en Afrique du Sud change la donne en Afrique de l'Est. Des groupes commerciaux importants, notamment télévisuels, commencent à y développer des activités et trouvent des accords avec des entreprises de presse locales.

3 - Objectifs et stratégies d'intervention

Les stratégies développées par les bailleurs de fonds s'organisent selon deux grands axes :

3.1 - La première stratégie : un appui à la consolidation du secteur

Le premier type de stratégie vise à apporter un appui aux médias en tant que tels. Il s'agit de consolider un secteur d'activités dont la fonction est double :

il représente le quatrième pouvoir indispensable à tout Etat de droit et de démocratie. Les médias sont à la fois le vecteur et le garant de la démocratie. Ils assurent la libre expression de toutes les forces sociales, la formation de l'opinion publique et la transparence de la gestion des affaires publiques ;
il constitue un secteur d'activité économique dynamique, en particulier en termes de création d'emplois. Ce rôle économique des médias est souvent négligé ou sous-estimé par les responsables des programmes de soutien aux entreprises locales.

3.1.1 - Des critères d'intervention spécifiques

Cette stratégie se caractérise par des critères spécifiques d'intervention :
elle concerne un appui global et indifférencié aux médias publics et privés, commerciaux ou associatifs. Il s'agit d'apporter un appui collectif au secteur par des mesures institutionnelles (juridiques ou économiques) ;
les interventions se situent plutôt à l'échelle nationale ou régionale que locale ;
cette stratégie amène à développer des interventions plutôt axées sur la formation, l'aide à la structuration et l'organisation de la profession, ainsi que toute forme d'appui institutionnel. Les appuis économiques ou d'accès des médias à l'information sont indirects. Ces interventions visent à mettre en place des services collectifs aux médias et à aider à modifier les réglementations fiscales ou juridiques.
Les bailleurs de fonds qui ont développé cette stratégie refusent en général d'intervenir pour orienter le contenu de l'information transmise ou les lignes éditoriales des médias. Ils agissent, via les programmes de formation, sur les capacités des journalistes à identifier des sujets et les traiter de façon rigoureuse et pertinente. La presse est souvent privilégiée à cause de son rôle plus important dans le processus démocratique.

L'Union Européenne, la Coopération française et la Fondation Rockefeller constituent des exemples de bailleurs développant plutôt ce type de stratégie.

3.1.2 - Les limites de ces options

Cette stratégie se heurte à deux grands types d'obstacles :
la difficulté à identifier des interlocuteurs collectifs réellement représentatifs de toute la profession. L'Union Européenne et la Fondation Rockefeller ont en partie contourné cette difficulté en confiant à un opérateur du Nord (RSF pour l'un, Panos pour l'autre) la mise en place d'actions collectives structurantes pour le milieu, à l'échelle nationale ou régionale, sous forme de structures ou de réseau ;
la difficulté à identifier et mettre en place des services collectifs intéressants pour la profession et économiquement viables.

3.2 - La seconde stratégie : un appui au contenu et aux orientations des médias

La seconde stratégie vise à intervenir sur la nature et le contenu de l'information diffusée par les médias, sur le processus de communication qu'ils peuvent créer, et sur leur fonction sociale de structuration de la société civile. Cette stratégie s'intéresse aux médias non pas comme un secteur en soi, mais comme un outil d'information et de communication au profit du développement économique, social et humain.

3.2.1 - Deux approches

Cette stratégie se décline selon deux grands types d'approches :

Une première approche qui privilégie les processus de communication, en particulier de communication sociale. Il s'agit d'aider les médias à jouer un rôle d'animateur du débat sur le développement local et les dynamiques sociales locales. Les médias sont perçus comme le moyen de permettre à des groupes souvent marginalisés dans le débat public (milieu populaire, femmes, jeunes...) d'avoir un droit à l'expression. C'est une vision de la démocratie à la base, directe, qui est mise en avant.
L'autre approche vise plutôt à utiliser les médias comme outil d'information en faveur du développement. Les médias choisis dépendent du type d'information que les bailleurs souhaitent promouvoir. Il peut s'agir d'une information sur les enjeux actuels du développement économique, les programmes d'ajustement structurel, ou bien le développement participatif, ou les enjeux de la décentralisation. Les médias ont alors un rôle qui combine information et éducation. Les formes d'intervention privilégiées concernent la formation des journalistes sur thèmes spécifiques et la fourniture de documentation et information sur le thème.

3.2.2 - Les formes d'interventions et les critères utilisés

Sont privilégiés les médias locaux, en général à caractère associatif ou communautaire. La radio est souvent le média le mieux adapté, ainsi que les interventions en milieu rural ou dans les quartiers urbains. Les médias commerciaux sont en général écartés de l'intervention.

La formation constitue également une des principales formes d'intervention. Elle met l'accent sur le journalisme de proximité. Les interventions sont plus individuelles que collectives. Elles peuvent concerner l'appui à certains médias associatifs, représentatifs des communautés locales, ou bien la création de médias communautaires (ACCT, par exemple). Des appuis en matériel, équipement, investissement ou de fourniture en information sont apportés directement aux médias aidés, à condition qu'ils fassent preuve de leur capacité à financer de façon durable leur activité.

3.2.3 Les difficultés

Les principaux obstacles rencontrés par les bailleurs qui développent cette stratégie sont les suivants :

Une difficulté à sélectionner de façon rigoureuse les médias aidés : quels sont ceux qui sont réellement représentatifs des groupes sociaux locaux, comment ne pas créer des effets de concurrence "déloyale" en soutenant l'un plutôt que l'autre ?
Une difficulté à garantir la pérennité des interventions et à identifier des critères fiables qui permettent de s'assurer de l'autonomie réelle des médias aidés.
Un risque d'utilisation des médias comme moyen de "faire passer un message". Ceci serait en effet contradictoire avec les efforts déployés par d'autres bailleurs pour former les journalistes à ne pas se positionner comme des courroies de transmission mais à développer une information indépendante et pluraliste.
L'ACDI, le CAF et l'ACCT sont des exemples de bailleurs développant cette stratégie. L'Unesco a une position intermédiaire puisqu'elle met en place des programmes d'appui direct à certaines radios locales, alors qu'elle intervient de façon globale et collective dans le secteur de la presse.

4 - Les modalités et outils de coopération

Les modalités de coopération, les outils de financement et les dispositifs mis en place sont très variables. Les outils de financement peuvent être uniques ou diversifiés, les opérateurs multiples ou exclusifs, la participation des bénéficiaires à la définition des projets très variable.

Néanmoins, on peut repérer quelques difficultés communes :

Un rôle souvent faible des opérateurs du Sud dans la mise en oeuvre des programmes. Ceci s'explique en partie par la nouveauté du thème, mais surtout par la difficulté des coopérations à identifier des compétences disponibles en Afrique ;
un suivi et une évaluation parfois insuffisants. Les évaluations interviennent souvent trop tard pour être utiles à une adaptation des programmes d'intervention ;
une difficulté à mobiliser l'ensemble des outils de financement ou dispositifs d'appui existants à cause d'une relative "sectorialisation" des institutions de coopération. Les services en charge de la promotion des petites entreprises s'intéressent ainsi rarement aux médias ;
certaines coopérations s'interrogent sur la nécessité de faire évoluer leurs outils et dispositifs de financement. Ils sont en effet parfois davantage adaptés à une concertation avec les pouvoirs publics qu'à une négociation directe avec des organismes privés ou associatifs.

5 - Les types d'intervention

Les différents programmes développés par les bailleurs de fonds s'organisent autour de six grands thèmes : la formation ; l'appui économique (direct ou indirect) ; l'appui à la production et à la diffusion ; l'accès à l'information et à la documentation ; l'amélioration de l'environnement institutionnel ; le soutien à la structuration de la profession.

Ces différents types d'intervention ont une importance variable. La formation constitue l'axe majeur de travail de quasiment tous les bailleurs. C'est là qu'a été développé le plus grand nombre d'actions. En revanche, les autres thèmes constituent plutôt des pistes à développer. Les idées sont nombreuses, mais les actions relativement peu importantes.

5.1 - La formation

5.1.1 Les actions réalisées

Après avoir longtemps investi dans l'appui aux centres de formation initiale, les bailleurs de fonds se retirent aujourd'hui. Les écoles fonctionnent difficilement et les journalistes formés exercent rarement ce métier. L'audit des centres de formation initiale financé par la Coopération française et l'Union Européenne est assez critique sur le CESTI et l'ESSTIC. Seul le CIERRO dispense une formation de qualité et dispose d'une organisation efficace. Les bailleurs de fonds réinvestiront dans ces centres à condition que les écoles proposent des plans de réforme réalistes et associent étroitement la profession à leur fonctionnement.

Les bailleurs ont misé sur la formation professionnelle, le plus souvent réalisée in situ. Ceci n'empêche pas que le problème des formations longues et de la formation initiale reste entier. Les formations mises en place concernent aussi bien les règles de base du métier que des entrées plus spécialisées (journalisme sur le développement, journalisme sportif, suivi d'élections, etc.). Ces formations sont souvent conçues comme des formations-actions, avec la réalisation de journaux écoles ou d'articles publiés ensuite. Certains stages ont également concerné les questions de gestion d'entreprise de presse.

Des stages et des jumelages entre journalistes africains et du Nord constituent aussi un outil de formation. Malgré les progrès importants réalisés en matière de professionnalisation grâce à ces formations, des problèmes demeurent.

5.1.2 Les insuffisances

Les actions sont souvent isolées, saupoudrées, conçues comme des "raids de formation". La cohérence globale reste faible.
Le suivi de la formation n'est pas bien assuré. Les formations s'intègrent rarement dans des projets d'intervention plus vastes.
Les journalistes sélectionnés ne sont pas toujours ceux qui ont le plus besoin de formation.
Les besoins précis de formation ne sont pas toujours analysé suffisamment finement avec les partenaires nationaux.
L'impact de ces formations est difficile à évaluer. Il manque des critères d'impact et un travail de mesure de l'efficacité des actions engagées.
Les formateurs africains sont rarement associés à ces sessions, souvent réalisées par des opérateurs du Nord.
La formation de formateurs est fréquemment négligée. Une des rares exceptions récentes est la création par plusieurs agences de coopération des pays nordiques d'un centre de formation professionnelle des journalistes au Mozambique, à Maputo.

5.1.3 Des pistes de solution

Contrôler davantage les personnes sélectionnées pour les formations.
Réaliser des évaluations d'impact et d'efficacité des actions de formation.
Négocier davantage les besoins de formation avec les professionnels du pays.
Associer et impliquer davantage les patrons de presse dans les programmes de formation de leurs journalistes.
Mettre davantage l'accent sur la formation des patrons de presse, des rédacteurs en chef et des secrétaires de rédaction.
Assurer la formation de l'ensemble d'une équipe d'un journal ou d'une radio de manière à créer une "culture d'entreprise" différente et à redéfinir l'organisation collective du travail.
Développer la formation de formateurs et recourir plus régulièrement aux compétences africaines.

5.2 - L'appui économique

Cet appui peut être "direct" ou "indirect". Les appuis directs (fourniture d'équipement, de matériel, etc.) sont plutôt apportés par les bailleurs de fonds dont l'objectif est la structuration de la société civile. De nombreux bailleurs de fonds sont réservés quant à l'efficacité de ce type d'appui ou demeurent prudents dans sa réalisation. Ce sont plutôt les appuis "indirects" qui sont recherchés. Ils peuvent passer par la formation (en gestion, management, recherche de publicité).

Des interventions sur la réglementation fiscale (détaxation du papier conformément aux accords de Florence) seraient très utiles. Les journaux dont les marchés sont souvent limités aux grandes villes pourraient créer collectivement des points de vente dans les villes secondaires).

Les études réalisées par la Coopération française sur le marché de la presse et sur les possibilités de création de services économiques collectifs (centrale d'achat de papier par exemple) montrent que les marges de manoeuvre sont étroites : une centrale d'achat de papier s'avère ainsi non rentable par rapport aux services fournis actuellement par les imprimeries. Les interventions doivent rester prudentes pour ne pas perturber un marché assez fragile.

Les relations contractuelles entre les médias et les bailleurs de fonds qui cherchent à développer une information sur un thème précis constituent peut-être une source de financement potentiel à développer, à condition d'éviter le "publi-reportage". Il s'agit soit d'acheter un espace publicitaire, soit de passer des contrats avec la presse pour un traitement indépendant et autonome de ces trois thèmes.

Des accords de même ordre pourraient être développés avec les ONG, les projets, etc. La principale difficulté est de garantir effectivement un traitement indépendant et diversifié de l'information, dans le cadre de ce type d'accord.

Une autre priorité serait d'aider les médias à bénéficier des lignes de crédit aux entreprises mises en place dans le cadre de programmes d'appui à l'initiative privée. Il s'agit à la fois de sensibiliser les responsables de ce type de programme sur la vitalité économique du secteur des médias et de trouver des formes d'appui adaptées à la spécificité du fonctionnement économique des entreprises de presse.

5.3 - L'appui à la production et à la diffusion

Ce type d'intervention permet à la fois de limiter les coûts de la production et d'améliorer sa qualité. De nombreux médias rencontrent en effet des difficultés à "remplir" toutes leurs heures d'émissions ou leurs pages.

Différentes actions ont été mises en place, soit de coproduction, soit d'envois d'éléments (sonores ou écrits) qui facilitent la production d'articles ou d'émissions mais ne la remplacent pas. Le traitement reste à faire par les journalistes. Des actions de type banque d'échanges de programmes ou jumelage entre journaux vont dans le même sens.

Des systèmes d'accords contractuels entre des radios locales et des radios nationales sous forme de décrochage horaire et de franchise pourraient aussi être développés.

5.4 - L'accès à l'information et la documentation

Le coût des abonnements aux agences de presse internationales ainsi que la faiblesse de l'information "chaude" diffusée par les agences de presse nationales limitent fortement l'accès des journaux à l'information "brute". L'Agence de presse indépendante d'Haïti, très dynamique, constitue une exception rare. Les journalistes ont de plus une faible culture de la documentation et utilisent peu les sources d'information disponibles nationalement.

Des réponses ont été apportées par l'intégration d'une formation à la recherche d'information et utilisation de la documentation dans le cadre de certaines sessions. Il reste un travail de fond à engager pour modifier les relations entre les médias et les attachés de presse des ministères, ainsi qu'avec les ONG et les projets.

Enfin, quelques bailleurs de fonds (Service des affaires francophone au ministère français des Affaires étrangères et Banque Mondiale) souhaitent renforcer leur diffusion d'information pour les médias, via les réseaux électroniques d'information (du type Internet). Le flux pourrait bien sûr être à double sens (Sud - Nord).

5.5 - L'environnement juridique et institutionnel

Dans les pays où la liberté de la presse n'est pas garantie, les actions prioritaires concernent des mesures pour faire respecter le droit d'expression des journalistes et ouvrir le pluralisme des médias. L'Union Européenne mène plusieurs programmes en ce sens. Elle souhaite même désormais conditionner davantage son aide au respect des droits de l'homme et de la liberté de la presse.

Dans les pays où la liberté de la presse est plus ou moins acquise, c'est la question du flou des règles institutionnelles et juridiques qui est posée. La Coopération française a établi un état des lieux de la législation sur la presse dans tous les pays d'Afrique francophone. Quelques actions d'appui à la mise en place d'instances de régulation ont été initiées par différents bailleurs, ainsi que des actions en faveur de l'évolution de la législation.

Sur ce plan, les interventions doivent rester prudentes :

il y a souvent un décalage entre le droit écrit et le droit pratiqué. Proposer des réglementations sophistiquées ou rigides serait peu pertinent dans la situation actuelle ;
dans de nombreux pays, la situation n'est pas encore mûre pour une formalisation de nouvelles règles du jeu institutionnelles et juridiques. Un premier travail de sensibilisation et d'information des centres de services collectifs pour la presse (Union Européenne) qui servent de point de rassemblement des autorités nationales et des juristes (juges, avocats) est d'abord indispensable.

5.6 - Le soutien à la structuration de la profession

Il existe peu d'organisations professionnelles collectives fiables et représentatives. Dans certains pays, elles sont trop nombreuses pour être crédibles. Alors que de nombreux bailleurs souhaitent intervenir en appui à l'organisation de la profession, cette carence d'interlocuteurs intermédiaires limite les interventions. Deux principales formes d'action ont été développées :

des réseaux d'échange, de rencontre et de débat entre médias de différents pays à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest (Fondation Rockefeller) ;
des centres de services collectifs pour la presse (Union Européenne) qui servent de points de rassemblement de la profession, de centres d'information, de clubs de la presse.
La multiplication des associations ou syndicats professionnels nécessite une plus grande concertation entre bailleurs, afin d'éviter que chacun ne crée sa propre interface avec le milieu et renforce ainsi l'éclatement actuel des associations représentant la profession.

6 - Conclusions

6.1 - Perspectives de collaboration ultérieure entre bailleurs de fonds

L'ensemble des participants à cette rencontre a souhaité poursuivre les échanges.

Une première liste d'actions envisageables a été établie :

la diffusion des études disponibles sur le secteur ;
la création d'un fichier des journalistes bénéficiaires de formation, ou le développement de fichiers mis en place à l'initiative de l'Union Européenne ;
la réalisation d'un répertoire des compétences disponibles au Sud sur ce thème ;
la diffusion d'informations (études et rapports) qui dresse un panorama de la situation du paysage médiatique selon les pays ;
la rédaction d'un cahier des charges collectif des principes et méthodes de formation ;
une réflexion conjointe sur les enseignements tirés des évaluations de programmes d'appui aux médias ;
le lancement d'une expérience pilote réunissant plusieurs bailleurs de fonds ;
la réorientation de certaines requêtes d'appui vers les institutions mieux à même d'y répondre ;
une information et une réflexion conjointes sur le choix des associations intermédiaires représentant la profession ;
la réalisation d'actions collectives d'information sur les enjeux, les objectifs et les programmes d'appui aux médias au sein des différentes institutions de coopération. Une première réunion de ce type pourrait être organisée au siège de la Banque Mondiale.

6.2 - Propositions

La poursuite de l'information et de la réflexion collectives nécessite de constituer un mécanisme souple et régulier d'échange.

Il est proposé de créer un réseau informel de bailleurs de fonds intervenant en appui aux médias en Afrique. Ce réseau fonctionnerait selon des modalités proches de celles du Groupe Bellagio, qui réunit des bailleurs de fonds intervenant en appui à l'édition africaine. Un secrétariat technique sera mis en place afin d'animer ce réseau et de faciliter les échanges entre ses membres (circulation de l'information, organisation de rencontres...). La Coopération française propose de cofinancer ce secrétariat.

La structure ou la personne qui assurera ce secrétariat technique sera déterminée ultérieurement. La Coopération française transmettra des propositions aux membres du réseau. Le Gret rédigera un cahier des charges des fonctions et activités de ce secrétariat.

La Fondation Rockefeller propose de mettre le domaine Bellagio (Italie) à la disposition du réseau pour y organiser une prochaine rencontre, éventuellement au printemps 1996.

Les différents bailleurs de fonds représentés à cette rencontre ne constituent qu'un noyau de départ. Plusieurs institutions souhaitaient participer à cette rencontre et n'ont pu le faire : la Coopération danoise, la Coopération suédoise, la Coopération suisse, l'US Info Agency, la Fondation Ford.

De plus, il serait intéressant d'associer à ce réseau d'autres institutions qui développent des programmes d'appui importants aux médias africains, comme par exemple la Coopération allemande ou la Fondation Friedrich Ebert.