Fiche 1 - L’agriculture en Afrique : enjeux et politiques publiques

L’agriculture en Afrique emploie la majeure partie de la population active et constitue la principale activité créatrice de richesse dans la plupart des pays. Le rôle crucial de l’agriculture dans le développement africain est désormais reconnu mais les politiques agricoles en Afrique restent loin d’être à la hauteur du poids que représente l’agriculture et ses enjeux.

AGRICULTURE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE : UNE PHOTOGRAPHIE RAPIDE

En Afrique, l’agriculture - qui inclut, dans une acception large, les productions végétales, la transformation agroalimentaire, l’élevage, la pêche et l’exploitation forestière - est un secteur crucial à bien des égards. Elle est l’activité première pour plus de 60 % de la population africaine. C'est le pivot de l'économie puisqu’elle représente plus de 30 % de la richesse nationale mesurée par le produit intérieur brut (PIB) dans bon nombre de pays africains subsahariens.

Produit intérieur brut agricole en Afrique

PIB agricole en Afrique
Source : Banque mondiale, World development indicators, 2006

Le poids du secteur agricole dans l’économie peut cependant considérablement varier d'un pays à un autre : ainsi, si l'économie d’un pays est basée sur le pétrole, la part du secteur agricole dans le PIB est moindre. Il reste cependant plus important dans tous les pays africains, comparé à d'autres pays du Sud et bien davantage encore comparé aux pays développés.

L'agriculture est aussi de première importance dans les revenus d’exportations, puisque les produits agricoles représentent les premiers postes d’exportation dans la plupart des pays africains.

Importance de l’agriculture en Afrique et dans d’autres régions du monde

 

Part de la population active agricole (2004)

Part des exportations agricoles dans les exportations totales (2002-2004)

Afrique subsaharienne

60 %

12,4 %

Amérique latine et Caraïbes

18 %

16 %

Asie et Pacifique

58 %

5,1 %

Économies de marché développées

3 %

7,2 %

Source: FAO, State of Food and Agriculture, 2006

Une majorité de petits producteurs

Les producteurs sont dans leur grande majorité des agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance et travaillant sur de petites exploitations familiales. Plus de 96 % des agriculteurs d’Afrique subsaharienne cultivent moins de 5 hectares. En Tanzanie par exemple, les petits paysans propriétaires cultivent moins de 3 hectares chacun.

Pour la plupart des agriculteurs, l’agriculture consiste à produire des aliments de base pour leur propre subsistance et générer des revenus, complétés par la transformation des produits et par d’autres activités non agricoles ; la vente et la transformation agroalimentaire étant le plus souvent réalisées par les femmes. Cependant, les difficultés rencontrées pour produire les quantités suffisantes permettant de couvrir leurs besoins alimentaires et dégager des surplus pour la vente, sont importantes et rendent les producteurs vulnérables aux moindres chocs.

De faibles performances agricoles

La forte croissance de sa production agricole (2,6 % de croissance annuelle entre 1996 et 2005 contre 0,9 % pour les pays développés) est demeurée cependant inférieure à la croissance démographique. De ce fait, l’Afrique est la seule région du monde où la production alimentaire moyenne par personne a baissé au cours des 40 dernières années (-0,2 % entre 1996 et 2005), exposant de nombreuses populations à un risque d'insécurité alimentaire. Cette situation varie d'un pays à l’autre.

Cette baisse de la production alimentaire par habitant est en partie imputable aux investissements insuffisants dans ce secteur et aux techniques rudimentaires utilisées par la plupart des petits agriculteurs. Par exemple, en Tanzanie, environ 70 % des cultures sont toujours produites manuellement, à la houe.

Des conditions de commercialisation défavorables

Les producteurs africains sont régulièrement confrontés à de forts obstacles à la commercialisation de leurs produits, tant au niveau national qu'international. Les infrastructures rurales inadéquates (équipements de stockage et routes par exemple) compliquent le transport des marchandises d'une région à l’autre ou d’un pays à un autre, contribuant ainsi à une augmentation des prix des produits locaux. La faiblesse de l’organisation des filières pour nombre de produits agricoles, est en partie liée à des déficits en matière d’organisations paysannes et de capacités de négociation avec les commerçants et les intermédiaires ; le pouvoir de négociation des producteurs nationaux pour obtenir des prix justes en échange de leurs marchandises s’en trouve réduit. De plus, le système bancaire favorise les importations au détriment des investissements locaux dans les systèmes productifs. Enfin, l’importation de produits, souvent moins chers, concurrence sévèrement les produits locaux.

Des exportations limitées aux produits primaires

Les principales exportations agricoles des pays africains concernent des marchandises à faible valeur ajoutée. Ces produits primaires génèrent moins de revenus d'exportation que les produits transformés.

Les exportations africaines sont non seulement spécialisées en matières premières, mais elles se concentrent en outre sur un nombre restreint de produits. Ce manque de diversification les rend très vulnérables en cas de choc externe (catastrophes naturelles détruisant la récolte, effondrement des cours mondiaux, etc.). La chute des prix de la plupart des matières premières au cours des dix dernières années, en plus de leur extrême instabilité sur les marchés mondiaux, affecte un grand nombre de pays africains. Les revenus de leurs exportations diminuent tandis que leurs importations augmentent, entrainant une détérioration des termes de l’échangeLes termes de l'échange se détériorent, lorsqu’avec les mêmes quantités exportées, le pays dispose d’une capacité d’importation de marchandises diminuée par rapport à la période précédente : le pouvoir d’achat des revenus d’exportation diminue..

Une marginalisation dans le commerce international

Depuis 30 ans, les importations agricoles en Afrique augmentent plus rapidement que les exportations, ce qui fait de ce continent un importateur agricole net dès 1980.

Comme les prix mondiaux des marchandises chutent à cette époque, les produits subventionnés par l’Europe et les États-Unis inondent le marché international, amenuisant considérablement la capacité de concurrence des producteurs africains, et réduisant les parts de marché des marchandises africaines. En 1980, la part de l'Afrique dans le commerce international s’élève à 6 %. En 2002, cette part est tombée à 2 %.

1 % de plus dans le commerce mondial dynamiserait déjà considérablement l'économie africaine, lui apportant plus de trois fois le montant des aides que l'Afrique reçoit actuellement.

Alors que la part de l’Afrique dans le commerce international s’amenuise, le commerce interafricain augmente sur les dix dernières années, montrant ainsi le potentiel des marchés régionaux africains.

Une insécurité alimentaire persistante

La capacité à nourrir une population toujours croissante constitue l’un des principaux défis que l'agriculture africaine doit relever dans les prochaines décennies. L'expérience montre que cette agriculture fait, jusqu'à un certain point, face à une remarquable croissance démographique. Cependant, l'insécurité alimentaire demeure persistante dans de nombreux pays, tout comme la dépendance à l'aide alimentaire et, de plus en plus, aux importations de produits alimentaires. Cela prouve aussi que la production alimentaire ne peut à elle seule assurer la sécurité alimentaireLa sécurité alimentaire est atteinte lorsque la totalité de la population dispose à tout moment d’un accès physique, social et économique à une alimentation suffisante, saine et nutritive pour répondre à ses besoins diététiques et à ses préférences alimentaires, et lui autoriser une vie active et saine..

Malgré l'engagement pris par les chefs d'États de la planète au Sommet mondial de l’alimentation de 1996 de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim, globalement, peu de progrès sont observables 10 ans plus tard, en 2006. Dans les rares pays africains qui enregistrent une baisse du nombre de personnes en insécurité alimentaire, on estime que c’est l’expansion considérable de la production agricole qui est à l’origine de ce progrès.

Les réserves existantes de terres cultivables offrent encore un vaste potentiel exploitable, mais leur utilisation risque d'accroître la pression sur les ressources naturelles, l'eau en particulier.

L'environnement international de plus en plus compétitif, du fait de la mondialisation, constitue aussi une tendance structurelle que les pays africains doivent prendre en compte dans leurs décisions et actions futures.

POLITIQUES AGRICOLES : OBJECTIFS ET INSTRUMENTS

Pour faire face aux défis et contraintes évoqués précédemment, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques agricoles constitue pour la plupart des pays d’Afrique, non exportateurs de pétrole, les principaux outils.

Au cours des dernières décennies, les politiques agricoles en Afrique subsaharienne sont totalement négligées et priorité est donnée à d’autres secteurs : la part des dépenses agricoles dans les dépenses globales décline de 6,3 % en 1990/91 à 4,6 % à la fin de la décennie. En 1998, la part moyenne de l'agriculture dans les dépenses publiques globales s’élevait à 5 % pour l’Afrique, contre 10 % pour l’Asie.

On observe par ailleurs un retrait de l’État dans la régulation du secteur agricole, qui s’inscrit dans une tendance plus générale vers la libéralisation de l’économie et l’ouverture des marchés. Depuis l’époque coloniale, l'agriculture africaine est orientée vers le marché international et les exportations, cette tendance s’accentue dans les années 1980 par la mise en place des programmes d'ajustement structurel (PAS).

Les programmes d’ajustement structurel

À la fin des années 1970, pour faire face à une crise économique grave, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (soutenus par les pays industrialisés) imposent des "programmes d’ajustement structurel" dans la plupart des pays africains. D’importants prêts sont alors accordés aux pays qui s’engagent en contrepartie à rétablir les équilibres fondamentaux de leur économie à travers la mise en œuvre de programmes d’ajustement structurel (PAS). Les PAS suivent un agenda libéral, qui se traduit par une réduction du financement des dépenses publiques (y compris des dépenses sociales), par un "dégraissage" de la fonction publique et par une ouverture des secteurs productifs de l’industrie et de l’agriculture à la concurrence internationale par l’élimination des barrières douanières et par la mise en place d’une politique de privatisation. Des mesures de stabilisation visent la politique monétaire (dévaluation, augmentation des taux d’intérêts...) et la politique budgétaire (réduction des services publics, privatisation).

On peut en partie imputer la crise actuelle de l’agriculture à cette implication insuffisante des États dans la régulation du secteur, mais aussi au piètre fonctionnement des institutions d’État, à l’absence de politiques appropriées, et enfin au déséquilibre des échanges mondiaux.

Aujourd’hui, l’agriculture semble de nouveau être considérée comme un secteur prioritaire et un moteur de développement ; à ce titre, elle a besoin de politiques agricoles ambitieuses. Les réformes agricoles peuvent être un vecteur de réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Ainsi, l’engagement des gouvernements africains, exprimé en 2003 et réitéré en 2006, d’augmenter jusqu’à 10 % leur budget agricole, et celui des institutions bilatérales d’accroître l’aide au développement agricole, semblent être le signe d’une reconnaissance de l’importance de l’agriculture, en dépit de la lenteur de la mise en œuvre de ces réformes.

Qu’est-ce qu’une politique agricole ?

Les politiques agricoles se composent d’un ensemble d’interventions publiques qui portent sur l’agriculture nationale et sur les importations et les exportations de produits agricoles. Elles fixent des objectifs spécifiques dans différents domaines du secteur comme celui de l’organisation des marchés intérieurs des produits agricoles, de la sécurité alimentaire, de l’emploi agricole, de la répartition géographique des activités… En d’autres termes, une politique agricole se traduit par la définition d’un résultat spécifique et la mise en œuvre d’une combinaison d’instruments pour atteindre ce résultat.

Comment élaborer une politique agricole ?

Élaborer une politique agricole consiste principalement à effectuer des choix stratégiques et opérationnels.

La définition des orientations stratégiques implique d’identifier les domaines d’action prioritaires, les productions à encourager, les importations qui posent problème, etc. Pour cela, il est nécessaire de prendre en compte les contraintes actuelles à la production (agro-écologiques notamment), ainsi que les projections faites sur ces contraintes et sur les défis à relever (croissance démographique par exemple). La qualité des services statistiques est à cet égard essentielle. Mais les choix stratégiques résultent aussi, et surtout, de processus de négociation entre les différents acteurs intervenant dans l’agriculture (administrations, collectivités territoriales, organisations de producteurs, organisations non gouvernementales, opérateurs privés, bailleurs). L’enjeu est de rechercher des compromis entre des demandes sociales et des intérêts parfois contradictoires, qui doivent idéalement être acceptés par tous et aller dans le sens de l’intérêt collectif.

Les choix stratégiques se déclinent ensuite en actions dans chacun des domaines retenus. Pour que la politique agricole soit vraiment opérationnelle, il importe de hiérarchiser les priorités, définir les mesures concrètes, les modalités d’intervention et les instances de mise en œuvre (rôles et responsabilités de chacun des acteurs) ; ce que ne font pas souvent les multiples documents (plans, programmes…) qui fixent le cadre des actions. Les arbitrages budgétaires doivent également permettre de planifier sur la durée les moyens nécessaires à la mise en œuvre des actions.

La prise en compte des engagements régionaux, bilatéraux et à l’OMC est une étape importante dans la définition d’une politique agricole. Elle doit assurer la conformité de la politique avec les engagements et les règles multilatérales. Mais ces règles ne sont pas immuables, elles se négocient en permanence. Il apparaît donc judicieux de définir d’abord l’orientation nationale avant de prendre en compte les contraintes externes, et ainsi de donner la priorité aux intérêts nationaux.

À chaque stade de l’élaboration de la politique agricole, la concertation avec les professionnels de l’agriculture et avec la société civile dans son ensemble est essentielle. Elle permet de s’assurer que la politique sera acceptée et prise en compte par les acteurs et qu’elle répond à leurs besoins ; elle est un gage de son efficacité. Plus les acteurs sont organisés et en capacité de faire entendre leur voix et de défendre leurs intérêts, plus le processus de concertation est lui-même efficace. Le temps est alors une donnée primordiale dans l’élaboration d’une politique agricole concertée.
Les objectifs des politiques agricoles sont vastes :

La priorité a souvent été accordée aux revenus des exportations et aux importations pour assurer la sécurité alimentaire. C'est encore le cas pour certains pays importateurs nets de produits alimentaires comme le Kenya. D’autres pays se sont fixés des choix et des objectifs différents. Par exemple, certaines politiques agricoles comme la politique agricole régionale de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, définie en 2005, incluent des objectifs (i) de réduction de la dépendance aux importations de produits alimentaires en favorisant la production vivrière locale, (ii) d'intégration économique et commerciale équitable des exploitations agricoles sur les marchés mondiaux.

Participation de la société civile à l'élaboration de la politique agricole de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)

La politique agricole régionale de la CEDEAO (ECOWAP), est un exemple de politique agricole élaborée de façon concertée.

En 2001, le processus d’élaboration de l’ECOWAP est lancé. Un comité régional est constitué associant un panel de pays et les réseaux d’acteurs régionaux tels que le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Ce comité, appelé « Task Force » régionale, réunit les principaux acteurs concernés : les organisations paysannes, les organisations régionales et les partenaires au développement.

Le processus d’élaboration de l’ECOWAP se fonde sur la négociation et la concertation entre décideurs et acteurs. Un ensemble de concertations est engagé dans chaque pays de la CEDEAO. Partout, un atelier de deux à trois jours permet à tous les acteurs concernés de débattre des grandes orientations à donner.

Un appui spécifique est fourni au ROPPA et au réseau des Chambres d’agriculture de l’Afrique de l’Ouest (RECAO) pour les aider à conduire leur propre concertation interne, avant de venir confronter leurs points de vue avec les États et les autres acteurs du développement agricole. Les résultats de ces ateliers font l’objet d’une synthèse régionale qui reprend les préoccupations des pays et les grands axes de discussion.

Le résultat est un compromis réellement négocié, portant sur une vision, des objectifs et des priorités partagés entre les pays et entre les acteurs. Les enjeux régionaux, des convergences et des divergences d’intérêts sont correctement identifiés entre les pays et/ou les acteurs, et enfin un nombre restreint de scénarios sont formulés et sont alors soumis aux différents acteurs.

Quels sont les instruments de politique agricole ?

Il existe un très large éventail d’instruments auxquels les gouvernements peuvent recourir pour atteindre leurs objectifs en matière d’agriculture. Certains de ces instruments ont pu faire l’objet de contestations au sein de l’OMC. Ces instruments doivent généralement être combinés pour obtenir l'impact souhaité. On constate ainsi que l’efficacité des politiques agricoles visant à développer les productions nationales augmente lorsque ces politiques s’accompagnent de restrictions d’accès au marché intérieur aux importations de produits agricoles étrangers. L'expérience montre aussi que les mesures de protection ne sont généralement pas efficaces si elles ne sont pas associées à des mesures de soutien interne appropriées.

Autre illustration, l'interdépendance entre agriculture et activités non agricoles dans les zones rurales : la mise en œuvre parallèle de ces deux types d’activités apparaît souvent nécessaire pour permettre aux familles rurales non agricoles d’obtenir des emplois et des revenus non agricoles.

Les barrières aux importations - tarifaires et non tarifaires

Une politique agricole se complète d’une politique commerciale, ou tout au moins les choix de politiques agricoles devraient-ils se refléter dans la politique commerciale pour assurer une cohérence entre politique agricole et politique commerciale. Dans le but de préserver et de développer la production nationale ou régionale, un gouvernement, ou une organisation régionale, peut ériger des barrières commerciales pour limiter la quantité de marchandises agricoles importées, c’est le cas des quotas d'importationLe quota d’importation est une quantité généralement imposée par un État pour restreindre l'importation d'un produit donné.. Ces quotas peuvent être appliqués de manière saisonnière, pendant la période de mise en marché des produits locaux.

Le même gouvernement peut aussi établir un tarif douanier visant à augmenter le prix intérieur du produit importé : le droit de douaneLe droit de douane est une taxe prélevée sur une marchandise importée lors de son passage à la frontière. Ces droits peuvent être forfaitaires ou représenter un pourcentage du prix..

Ces barrières jouent toutes deux en faveur des producteurs nationaux.

En 1998, le Kenya connait un afflux d’importations de lait en poudre à bas prix. En réponse aux pertes subies par les producteurs laitiers locaux et pour réduire la dépendance d’un pays autrefois autosuffisant en lait, le Gouvernement décide de doubler les droits de douane (de 30 à 60 %). À partir de 2001, après l’instauration de droits de douane plus élevés, la production redémarre et le secteur laitier national recouvre sa bonne santé.

Le quota d’importations est utilisé en 2005 au Cameroun dans le secteur avicole, lorsque le Gouvernement fixe le maximum des importations de volailles à 5 000 tonnes, pour la période allant de septembre 2004 à mars 2005. Cette mesure s’accompagne de l’instauration de fortes taxes sur le poulet importé, avec des effets très positifs sur la capacité de production locale qui augmente alors fortement.

Le système des fourchettes de prix (ou bandes de prix) est un mécanisme qui autorise une variabilité des droits de douane sur les importations de produits agricoles spécifiques. Lorsque le prix des produits importés se situe à l’intérieur de la fourchette, les droits de douane sont fixes. S’il dépasse la limite supérieure, les droits de douane varient à la baisse. En deçà de la fourchette, les droits de douane varient également, mais à la hausse. En d’autres termes, plus le prix du produit importé est élevé, moins les droits de douane le sont ; plus le prix du produit importé est faible, plus les droits de douane seront élevés.

Le soutien aux revenus des agriculteurs

Les gouvernements peuvent contribuer à fournir un revenu minimum garanti aux agriculteurs grâce à des versements d’aides directes. Ce type d’aide peut être ciblé sur des zones spécifiques moins favorisées ou attribué avec des conditionnalités, par exemple l’utilisation de pratiques respectueuses de l'environnement. Ce revenu minimum garanti est coûteux budgétairement pour les États qui n’en ont pas les moyens et reste rare en Afrique.

Plus indirectement, les gouvernements soutiennent les revenus agricoles par l’usage de différents instruments : programmes d'aide pour encourager le développement agricole et rural ; aide à la réforme et à la restructuration de l'agriculture ; contrôle sanitaire.

Une autre manière pour les gouvernements de soutenir les revenus agricoles consiste à soutenir les mécanismes d'assurance en cas de catastrophes naturelles, d’épidémies parasitaires ou de chutes des cours du marché.

L’organisation des marchés

Les gouvernements peuvent aussi intervenir sur les prix et réguler le marché. Les offices de commercialisation (marketing boards) visent la stabilisation des prix en garantissant le prix d’achat aux agriculteurs.

Des organismes publics peuvent aussi agir directement sur les marchés par des politiques de stockage : on se sert alors des stocks pour maintenir le cours du marché à un certain niveau, un prix plancher, afin d’encourager la production locale. On peut aussi fixer des prix plafonds pour encourager la consommation.

Les infrastructures rurales

Les infrastructures constituent un instrument essentiel de politique agricole. L’accessibilité des zones rurales permet aux agriculteurs d’être reliés aux marchés, elle stimule la productivité, la commercialisation des produits et l’emploi rural. La faiblesse et l’inadaptation des infrastructures rurales constituent des obstacles majeurs à la compétitivité des agricultures africaines, tant sur les marchés intérieurs qu’internationaux. L’amélioration, le développement et l’entretien des routes rurales sont essentiels ainsi que la fourniture d’infrastructures de base pour favoriser l'investissement du secteur privé dans la commercialisation, le stockage et la transformation des aliments.

Les infrastructures (totalement ou partiellement) publiques peuvent inclure les périmètres irrigués, l’accès à l'eau et l’énergie.

Récolte de pommes de terre en Guinée

Récolte de pommes de terre en Guinée
© Cécile Broutin
La fourniture de services, recherche, formation

Les politiques agricoles peuvent aussi contribuer à faciliter l’accès à l’information et à la communication : l‘amélioration des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire par le biais d’investissements sur l’exploitation, dépend, pour les petits agriculteurs, de leur accès à des savoirs adaptés. Pour ce faire, l’élaboration et la diffusion des connaissances, par le biais en particulier de systèmes qui renforcent les liens entre agriculteurs, enseignants en agriculture, chercheurs, vulgarisateurs et communicateurs, apparaissent importants. Cela renvoie à la fois aux mesures qui peuvent être prises en matière de recherche pour améliorer les techniques agricoles durables, et à la vulgarisation et la formation agricole pour améliorer le niveau de base de connaissances des agriculteurs.

Les mesures concernant le crédit, la fourniture d’intrants, l’aménagement des bassins de production (par exemple des schémas d’irrigation), constituent un autre pan essentiel de la politique agricole. Pour les intrants, notamment les semences améliorées, il peut s’agir de les subventionner, voire de les distribuer gratuitement.

Le soutien aux organisations paysannes

Une assistance spécifique peut être fournie pour encourager les agriculteurs à s’organiser et renforcer les organisations paysannes existantes. Cette aide peut aussi être destinée aux organisations du secteur de l’exportation, via un appui à l’amélioration de la qualité et à la promotion des produits agricoles (création d’un labelLe label est un signe de qualité officiel attestant d’un avantage significatif apporté par un produit au consommateur. Il peut garantir la qualité ou l’origine d'un produit, validée en général par des tests d'experts. par exemple).

Les règlements sur la sécurité sanitaire

Garantir la sécurité sanitaire et la qualité des aliments est un élément important des politiques agricoles. L’investissement pour parvenir au respect de normes élevées, tant du point de vue de la qualité des produits que de leur stockage, est cependant coûteux et long. Ces normes sont importantes non seulement pour la consommation locale, mais aussi pour répondre aux critères des pays importateurs et ainsi faciliter l'accès aux marchés extérieurs. Les règles sanitaires et de sécurité protègent aussi les citoyens d’importations qui ne répondent pas aux normes et sont impropres à la consommation (aliments), ou qui menacent l'environnement. Investir dans la sécurité sanitaire et la qualité des aliments suppose aussi une meilleure prévention des épizooties et des ravageurs.

La préservation de la durabilité environnementale

Les ressources naturelles mondiales, dont les ressources agricoles (terre et eau), sont pour l’essentiel non renouvelables. Tout en encourageant et en augmentant la productivité, les politiques agricoles peuvent également faire en sorte que cet appui ne se fasse pas au détriment de la pérennité de ces ressources. Elles peuvent proposer des systèmes efficaces de gestion des ressources naturelles. On peut alors également soutenir les agriculteurs par le biais de règlements les aidant à réaliser des investissements durables, mais coûteux, qui respectent l’environnement.

Les politiques foncières et de gestion de l’eau peuvent garantir l’accès et les droits sur ces ressources, et promouvoir des pratiques de gestion durable.

La politique agricole en Ouganda

Il existe une vision nationale pour le secteur agricole en Ouganda, à savoir construire d’ici 2017, un secteur agricole et agro-industriel rémunérateur, compétitif, durable et dynamique. Cependant, comme dans beaucoup de pays africains, le gouvernement se heurte à des difficultés dès qu’il s’agit de rendre la vision opérationnelle. Le budget agricole du Gouvernement ougandais est très limité : 3 % du budget total en 2003/04, 4 % en 2004/05, et le montant projeté pour 2013/14 est de 4,4 %. Le rôle du Gouvernement dans l’agriculture s’est considérablement restreint dans le cadre des politiques d’ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. De fait, le secteur est régi au moyen d’une succession de programmes et de plans à défaut d’une véritable politique nationale agricole. En 2000, le Gouvernement ougandais lance un Plan de modernisation de l’agriculture. L’objectif de ce cadre politique est d’accélérer le processus de transformation de l’économie et d’éradiquer la pauvreté en passant d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale. Le Comité d’orientation du Plan de modernisation de l’agriculture, comptant plusieurs ONG, contrôle l’exécution du Plan.

Sept domaines d’actions prioritaires du Plan de modernisation de l’agriculture sont identifiés. Ils illustrent bien les principaux volets que peuvent constituer une politique agricole :
  1. Les services nationaux de conseil et de vulgarisation agricole.
  2. La recherche agricole et le développement technologique.
  3. L’éducation agricole.
  4. Le financement de l’agriculture.
  5. La transformation agroalimentaire et la commercialisation.
  6. L’usage et la gestion durables des ressources naturelles.
  7. Les infrastructures routières.


Ce qu’il faut retenir
  • L’agriculture d’Afrique subsaharienne constitue l’activité de 60% d’africains et la principale richesse pour de nombreux pays.
  • Elle est caractérisée par la présence d’une majorité de petits producteurs et par de faibles performances agricoles en partie liées à la faiblesse des investissements dans le secteur et aux techniques rudimentaires.
  • Le commerce de produits agricoles subsahariens est marqué par des conditions de commercialisation défavorables, par une limitation des exportations aux produits primaires, par sa quasi absence (2% en 2006) à l’échelle internationale.
  • L’agriculture en Afrique subsaharienne est considérée aujourd’hui comme un moteur de développement. Elle nécessite la mise en œuvre de politiques agricoles, jusque là négligées.
  • Une politique agricole fixe des objectifs stratégiques, les traduit en résultats spécifiques et définit l’ensemble des interventions publiques nécessaires pour atteindre ces résultats.
  • La mise en œuvre de concertation avec les parties prenantes tout au long du processus d’élaboration d’une politique agricole permet la fixation d’objectifs partagés et favorise l’adhésion des acteurs.
  • Les instruments disponibles sont variés : mise en œuvre de barrières aux importations, subventionnement des prix ou des producteurs, financement d’infrastructures rurales, de services de recherche, de formation, fixation de règlements sanitaires, fixation de règles pour la préservation de l’environnement.
Sources