Fiche 2 - L’Organisation mondiale du commerce

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) réunit, en 2007, 150 pays, dont 37 pays d’Afrique subsaharienne. Elle définit des règles en matière de politiques publiques et de commerce international des biens et des services et de protection des droits de propriété intellectuelle. Lieu de décisions qui se veut démocratique, c’est aussi un espace de confrontation entre des pays aux poids socio-économiques et politiques différents ainsi qu’aux intérêts divergents.

UN PEU D’HISTOIRE

L’idée de créer un ordre commercial mondial trouve ses racines dans la situation économique générée par les deux conflits mondiaux du XXème siècle et les problèmes qui en découlent, tant pour les pays vainqueurs que pour les pays vaincus.

Les ravages de la Première Guerre mondiale font peser un lourd fardeau sur les économies européennes qui adoptent alors une attitude de fermeture et instaurèrent des droits de douane élevés et d'autres barrières commerciales visant à protéger leurs économies respectives. Le Royaume-Uni, champion du libre-échange avant la Première Guerre mondiale, abandonne cette politique et encourage dorénavant les échanges dans la zone de la livre sterling. Les États-Unis, autres partisans du libre-échange, adoptent la même position protectionniste. Mais les conséquences négatives de cette approche se font rapidement sentir. Les pays se rendent compte que les droits de douane imposés par d'autres pays limitent les échanges.

La nécessité de libéraliser le commerce et d’instaurer une discipline au plan multilatéral en matière de commerce mondial est encore renforcée par les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de pays voient dans l'expansion du commerce international un outil important de croissance, de développement et de reconstruction. Le développement de relations réciproques entre nations par le biais d’échanges commerciaux est également perçu comme le meilleur garant de la paix mondiale.

En 1947, le Conseil économique et social des Nations unies organise à la Havane une conférence sur le commerce et l’emploi international. La Charte de la Havane envisage la création d’une Organisation internationale du commerce, dont l’objectif serait de couvrir des questions de commerce international - droits de douane et autres mesures visant à discipliner les importations et les exportations -, ainsi que certains autres domaines importants tels que l’emploi, le développement économique, les atteintes à la libre concurrence et les sujets liés aux produits de base.

La Charte de la Havane prévoit donc la formation d'un organisme multilatéral qui serait au commerce mondial ce que sont à la finance la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) qui viennent d’être créés.

Le chapitre de la Charte sur le commerce international est supprimé et converti en Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (General Agreement on tariffs and trade, GATT), signé le 30 octobre 1947 pour entrer en vigueur le 1er janvier 1948.

L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce n’est pas une organisation internationale à part entière ; il ne s’agit, à l’époque, que d’un accord entre États contractants. Le principal souci du GATT est de réduire les tarifs douaniers des divers pays, afin de faciliter le commerce des marchandises. Le GATT offre donc un cadre pour des négociations sur les droits de douane. Il est renforcé et complété lors de plusieurs cycles de négociations commerciales multilatérales qui se concluent par l’Accord du Cycle d’Uruguay (1986-1994). Le nombre de pays signataires augmente progressivement, incluant de plus en plus de pays en développement (PED).

Chronologie des cycles de négociations commerciales

Appellation

Durée

Pays participants

Domaines couverts

Genève

1947

23

Création du GATT - droits de douane

Annecy

1949

33

droits de douane

Torquay

1950-51

38

droits de douane

Genève

1956

26

droits de douane

Cycle de Dillon

1960-62

26

droits de douane

Cycle de Kennedy

1964-67

62

droits de douane et mesures anti-dumping

Cycle de Tokyo

1973-79

102

droits de douane, mesures non tarifaires et mesures anti-dumping

Cycle d'Uruguay

1986-94

123

droits de douane, mesures non tarifaires, agriculture, services, droit de propriété intellectuelle, textiles, différends, préférences commerciales pour les PED, création de l'OMC

Entrée en vigueur de l'OMC - 1995

Cycle de Doha

2001-...

150

Agriculture, services, propriété intellectuelle, mesures anti-dumping, subventions, accords commerciaux régionaux, différends, pays moins avancés A, traitement spécial et différencié, produits de base, commerce électronique

Source: OMC

Plus précisément, le Cycle d'Uruguay aboutit à un ensemble complet d'accords dans les secteurs des biens, des services et des droits de propriété intellectuelle. Il donne aussi naissance à une nouvelle organisation internationale avec la signature de l'Accord de Marrakech (Maroc, avril 1994), l'OMC, chargée de veiller sur ces accords.

Début 1995, le GATT qui traite traditionnellement du commerce des marchandises est intégré dans l'OMC, dont les domaines d’action sont désormais beaucoup plus larges couvrant le secteur des marchandises (y compris les produits agricoles), des services et de la propriété intellectuelle. L’organisation offre aussi un mécanisme de règlement des différends, qui fournit un cadre pour le respect des droits et des obligations dans tous ces domaines.

L’ensemble des Accords de l’OMC
  1. Accords multilatéraux sur le commerce des marchandises incluant les éléments suivants :
    • L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce des marchandises (GATT de 1994)
    • Les 12 Accords suivants dans le secteur des marchandises sur :
      1. L’agriculture
      2. Les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS)
      3. Les textiles et vêtements
      4. Les obstacles techniques au commerce (OTC)
      5. Les mesures concernant les investissements et liées au commerce
      6. Les mesures anti-dumping (Article VI du GATT de 1994)
      7. L’évaluation en douane (Article VII du GATT de 1994)
      8. L’inspection avant expédition
      9. Les règles d’origine
      10. Les licences d’importation
      11. Les subventions et mesures compensatoires
      12. Les sauvegardes
  2. L’Accord général sur le commerce des services (AGCS)
  3. L’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC)
  4. Le mécanisme d’examen des politiques commerciales
  5. Le Mémorandum d’accord relatif au règlement des différends
  6. Les Accords plurilatéraux dans deux secteurs : l’aviation civile et les marchés publics
NB : Les accords I à V se nomment Accords commerciaux plurilatéraux.

Les Accords sur l’agriculture, SPS-OTC, et ADPIC sont respectivement présentés dans les sections 3, 5 et 6 de cet ouvrage.

Sur la base de l’Accord final unique (libellé « Accord » dans le reste de l’ouvrage) adopté à la fin du Cycle d’Uruguay, en 1994, les membres acceptent d’être liés par tous les accords de l'OMC à l’exception des deux accords plurilatéraux dans les secteurs de l'aviation civile et des marchés publics. Ces deux accords sont applicables uniquement aux membres qui les ont acceptés.

POURQUOI UNE ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE ?

Objectifs et principes

L’OMC se donne des objectifs visant la croissance et la réduction de la pauvreté, avec une attention particulière pour les PED. Plus précisément, les parties signant l'Accord reconnaissent que le système commercial multilatéral doit permettre de : relever les niveaux de vie ; réaliser le plein emploi ; assurer un niveau important et en croissance constante du revenu réel et de la demande effective ; accroître la production et le commerce des biens et services par une utilisation optimale des ressources mondiales conformément à l'objectif de développement durable. L'Accord reconnaît aussi « qu’il est nécessaire de faire des efforts pour que les PED, en particulier les moins avancés d’entre eux, s’assurent une part de la croissance du commerce international, qui corresponde à leur développement économique».

La philosophie générale de l’OMC est que ces objectifs doivent être atteints en allant vers le libre-échange, c'est-à-dire par une réduction conséquente des droits de douane et autres barrières commerciales, ainsi que par la suppression des traitements discriminatoires dans les relations commerciales internationales (un membre de l'OMC doit traiter de la même manière tous ses partenaires commerciaux).

Pour faciliter les échanges, l’ensemble des membres de l’OMC doivent respecter des principes fondamentaux, parmi lesquels :

  1. La clause de la nation la plus favorisée (NPF), qui se réfère à la non-discrimination entre membres : les concessions commerciales accordées par un membre à un autre doivent être étendues à tous les autres membres ; ainsi un pays pratiquant des droits de douane inférieurs auprès d’un pays particulier membre de l’OMC se doit de les appliquer aux autres membres.

    Il existe des exceptions à la clause NPF. Ainsi, la clause NPF ne s’applique pas lorsque des pays s’accordent mutuellement des concessions commerciales dans le cadre d’accords de libre-échange. Le système généralisé de préférences (aussi appelé le système de préférences généralisées, SPG) est également une exception à la clause NPF. Il permet aux pays développés d’accorder aux importations en provenance des PED des droits de douane plus faibles que ceux pratiqués auprès des autres partenaires commerciaux. Les SPG, lorsqu’ils sont mis en place, doivent être généralisés à l’ensemble des PED, ou bien à l’ensemble des pays les moins avancés (PMA).

  2. La clause du traitement national, qui se réfère à la non-discrimination entre produits nationaux et produits importés : une société ou un produit étranger doit bénéficier d’un traitement égal à celui consenti aux sociétés et produits nationaux dans un pays membre.
  3. Le principe de la réciprocité : ce principe veut que chaque pays s’engage à accorder des avantages commerciaux équivalents à ceux que lui consent un pays partenaire. C’est en particulier une obligation dans le cadre des accords de libre-échange. Notons que le SPG est également une exception à ce principe puisque les PED et les PMA qui bénéficient de SPG ne sont pas tenus d’accorder des concessions équivalentes aux pays avec lesquels ils échangent.

Un traitement spécial pour les pays en développement

Les PED bénéficient dans la plupart des accords d’un traitement plus favorable que les pays développés : le traitement spécial et différencié (TSD). Ce traitement consiste en différentes dispositions dont des délais de transition plus longs pour la mise en œuvre des Accords, des obligations réduites ou encore des exemptions. Les PMA, quant à eux, ne sont soumis à aucune obligation de réduction.

PMA et PED à l’OMC

Les pays africains étant pour la majorité d’entre eux des PMA, et pour un moindre nombre des PED, ils bénéficient du traitement spécial et différencié, au même titre que l’ensemble des PMA et PED. L’OMC reconnaît comme pays moins avancés ceux qui ont été ainsi désignés par les Nations Unies. À ce jour, 32 PMA ont adhéré à l’OMC, dont 24 pays d’Afrique subsaharienne. Toutefois, l’OMC ne définit ni la notion de pays développés ni celle de pays en développement. Les PED à l’OMC se désignent ainsi eux-mêmes, bien que cette désignation ne soit pas automatiquement acceptée dans tous les organismes de l’OMC.

 

Statut des pays africains à l’OMC

Statut des pays africains à l’OMC
Source : OMC

 

QUE FAIT L’OMC ?

Les fonctions de l’OMC sont au nombre de cinq :

  1. Administrer l’application des accords commerciaux entre ses membres ;
  2. Fournir un forum aux futures négociations commerciales ;
  3. Administrer le règlement des différends commerciaux ;
  4. Examiner les politiques commerciales de ses membres ;
  5. Coopérer avec les institutions de Bretton WoodsBretton Woods est une ville des États-Unis où sont signés en 1944 les Accords économiques posant les bases du système financier international d'après la Seconde Guerre mondiale. Leurs objectifs sont de mettre en place les bases de la politique monétaire mondiale et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre. (FMI et Banque mondiale).

L’organe de règlement des différends est en quelque sorte le gendarme de l’OMC. L’activité de règlement est centrale, car elle permet de veiller à l’exécution des droits et des obligations. Elle doit également assurer sécurité et prévisibilité au système commercial multilatéral.

Une procédure de règlement des différends est définie et des dispositions sont prévues contre toute tentative d’obstruction face aux décisions rendues. Toutefois, l’efficacité des mesures de rétorsion contre un membre « contrevenant » est faible si celui qui porte plainte est économiquement faible. Ces mesures sont aussi très coûteuses et leur effectivité dépend en grande partie de la volonté des membres à s'y prêter.

Efficacité du mécanisme de règlement des différends : le cas du Costa Rica contre les États-Unis dans le secteur du textile (1995)

En mars 1995, les États-Unis se plaignent que leur industrie nationale de lingerie subit, ou est menacée, de graves préjudices par les sous-vêtements en fibres de coton et fibres synthétiques ou artificielles importés du Costa Rica et de six autres pays. Après l'échec des négociations avec le Costa Rica, le Honduras, la Thaïlande et la Turquie, les États-Unis décident d’appliquer à partir de mars 1995, des restrictions unilatérales à l'importation de sous-vêtements en fibres de coton et fibres synthétiques ou artificielles.

Le Costa Rica pense que les États-Unis tentent de garder le contrôle sur une industrie verticalement intégrée, en exigeant des pays qu’ils utilisent du tissu américain pour des vêtements destinés au marché américain. Afin de ne pas avoir à affronter seul la mise à l’épreuve du système, le Costa Rica essaye sans succès de se forger des alliances avec d'autres pays. Les pays d'Amérique centrale, confrontés à des difficultés similaires, craignent une double conséquence potentielle : perdre dans le cadre du règlement de ce différend et/ou perdre l’accès au marché américain. Bien que la Turquie, le Pakistan et l'Inde reconnaissent, quant à eux, faire face aux mêmes problèmes, ils ne jugent pas possible de construire les coalitions nationales nécessaires pour porter le litige devant l'OMC.

Le Costa Rica allègue que ces restrictions enfreignent l'Accord sur les textiles et les vêtements. Le 22 décembre 1995, soutenu par son président, lui-même ancien Ministre du Commerce, le Costa Rica lance la procédure de règlement des différends. Le Costa Rica recourt alors à son ministère du Commerce pour l’instruction de son dossier, parce qu'il estime que le cas est simple à traiter, mais aussi parce que les coûts de conseil juridique extérieur sont très élevés.

Ce cas est le premier dans lequel un petit PED entre en conflit avec les États-Unis. De nombreux observateurs voient alors dans cette confrontation une stratégie risquée non seulement pour le Costa Rica, mais aussi pour le processus de règlements des différends en général. La réticence des États-Unis à se plier à une telle réglementation pourrait saper la crédibilité du processus tout entier.

Le Costa Rica l’emporte dans le processus de règlement du différend comme lors du recours en appel qui suit. Les mesures qui ont motivé le différend arrivent à échéance en mars 1997 et ne sont pas prorogées.

Le mécanisme de règlement des différends existe, mais y recourir est coûteux. Ce n'est que lorsqu’un pays est raisonnablement assuré de gagner qu'il se risque à recourir à ce système, et même dans ce cas il est souvent contraint d’engager les services d’experts juristes extérieurs.

Le système de droits et d’obligations de l'OMC est aussi renforcé par le mécanisme d'examen des politiques commerciales (MEPC). Celui-ci assure le suivi des politiques commerciales des membres de l'OMC et doit ainsi permettre d’améliorer leur transparence et leur compréhension. On distingue trois cycles d'examen :

  1. tous les deux ans pour les quatre plus grandes entités commerciales (États-Unis, Union européenne [UE], Japon et Canada) ;
  2. tous les quatre ans pour les seize pays suivants ;
  3. et tous les six ans pour les autres pays membres.

Des dispositions prévoyant un intervalle plus long ont été prises pour les PMA.

COMMENT FONCTIONNE L’OMC ?

Une structure très dense

Pour apprécier pleinement le fonctionnement de l’OMC, il est important d’en comprendre la structure et le rôle des divers organes qui la composent. Deux grandes instances, la Conférence ministérielle et le Conseil général, chapeautent un ensemble de comités, conseils et groupes de travail. Tous les membres de l'OMC peuvent participer à tous ces espaces, à l’exception de l’Organe d'appel, de l’Organe de règlement des différends (ORD), de l’Organe de supervision des textiles et des comités plurilatéraux.

Organigramme de l'OMC

Organigramme de l'OMC
Source : OMC

La conférence ministérielle

La Conférence ministérielle est l'organe de décision suprême de l'OMC. Elle est composée de représentants de tous les gouvernements membres et se réunit au moins tous les deux ans. Elle peut prendre des décisions sur toutes les questions relevant de tout accord commercial multilatéral.

Les différentes Conférences ministérielles et le cycle de Doha

Depuis la création de l’OMC le 1er janvier 1995, six Conférences ministérielles se sont tenues : la Conférence de Singapour (1996), la Conférence de Genève (1998), la Conférence de Seattle (1999), la Conférence de Doha (2001), la Conférence de Cancun (2003), la Conférence à Hong Kong (2005).

Les Conférences de Seattle et de Cancun sont marquées par des échecs au sens où les pays membres ne réussissent pas à se mettre d’accord et à aboutir à une déclaration commune. Seattle devrait lancer un nouveau cycle de négociations mais, à défaut, la Conférence constitue un tournant dans le fonctionnement de l’OMC : pour la première fois, les PED s’imposent comme des acteurs majeurs des négociations et critiquent vivement la façon dont se déroulent les négociations, qui les excluent. Elle voit aussi l’émergence des mouvements sociaux et associatifs altermondialistes.

Après Seattle, de nouvelles négociations débutent néanmoins sur la base du programme défini en 1994, (dans l’Accord de Marrakech). C’est à la Conférence suivante, à Doha en 2001, qu’un nouveau cycle de négociation, dit cycle du développement, est lancé. Ce cycle aurait dû se terminer fin 2005 mais les négociations sont toujours en cours en 2007. La Déclaration ministérielle de Doha qui constitue ce qu’on appelle désormais l’ « agenda de Doha » indique notamment qu’un Traitement spécial et différencié (TSD) doit être accordé aux PED dans tous les volets de négociation.

À Cancun, les PED, en particulier africains, sont de nouveau à l’origine d’un blocage des négociations en refusant le compromis jugé inacceptable sur le dossier du coton. Ils refusent également les questions dites de Singapour (en référence à la première Conférence tenue en 1996 à Singapour) portant sur l’investissement, la concurrence, la transparence des marchés publics et la facilitation des échanges.

En juillet 2004, lors d’une réunion du Conseil général, puis lors de la sixième Conférence à Hong Kong en décembre 2005, les modalités d’application du TSD sont précisées.


Conférence ministérielle de Hong Kong (Chine, 2005)

Conférence ministérielle de Hong Kong (Chine, 2005)
© Anne Wagner
Le Conseil général

Le Conseil général correspond au second niveau de la hiérarchie de l'OMC. Il est composé de représentants de tous les gouvernements membres (ambassadeurs ou fonctionnaires permanents basés à Genève). Le Conseil général se réunit environ une fois par mois pour adopter des décisions. Il se réunit également en tant que :

L’examen de la politique commerciale du Congo - Interview du Dr Félix Mouko, professeur d’économie à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville

Pouvez-vous nous donner un aperçu de l’examen de la politique commerciale du Congo qui s’est déroulé en septembre 2006 à Genève ?
La délégation congolaise comprenait plusieurs membres représentant l’administration publique, le secteur privé et la société civile. Le dossier du Congo présenté comprenait deux rapports :
  • le rapport du Secrétariat de l’OMC ;
  • le rapport du Gouvernement congolais.
Le rapport du Secrétariat de l’OMC était rédigé sur la base des textes juridiques et des pratiques analysées par les experts de l’OMC au cours de deux missions effectuées au Congo en octobre 2005 et en juillet 2006. Le rapport du Gouvernement congolais a exposé les difficultés auxquelles le pays était confronté suite à la guerre de juin 1997. Il a ensuite exposé les énormes potentialités économiques à peine exploitées du Congo. Enfin, il a présenté les réformes en cours dans les différents secteurs d’activités. À la suite de la présentation, les membres de l’OMC ont loué les efforts du Congo qui a réussi à asseoir une politique commerciale dans un contexte économique post-guerres civiles. Ils ont cependant relevé des insuffisances concernant l’étendue des mesures de libéralisation de l’économie, la faible mobilisation des moyens de mise en œuvre des politiques sectorielles, les distorsions aux règles de l’OMC et le faible engagement politique des pouvoirs publics.

Quels sont les problèmes relatifs à l’agriculture qui ont été abordés au cours de cet examen ?
Il a été noté que le secteur agricole rencontrait de sérieuses difficultés ; ce qui pousse le pays à importer d’importantes quantités de denrées alimentaires. Le secteur ne contribue que faiblement au PIB. Le coût élevé des matières premières agricoles est une contrainte à la transformation des produits agricoles locaux et donc un frein au développement de l’activité manufacturière. Enfin, le problème des infrastructures agricoles déficientes a été soulevé. À ce sujet, le Japon a suggéré son aide.

En quoi un examen de politique commerciale intéresse-t-il les producteurs agricoles ?
L’examen de politique commerciale intéresse le producteur agricole pour plusieurs raisons. Il lui permet :
  1. d’être informé sur les mesures qui affectent directement la production agricole ;
  2. d’être informé sur les mesures qui affectent la commercialisation des produits agricoles et donc l’accès aux marchés ;
  3. de bénéficier d’une assistance pour améliorer la production et la vente des produits.
Pour toutes ces raisons, les producteurs agricoles ont intérêt à se doter d’organisations bien structurées afin que leurs représentants puissent assister aux négociations commerciales et défendre leurs intérêts.
Les Conseils

Il existe trois conseils correspondant aux trois grands secteurs des échanges commerciaux :

  1. Le Conseil du commerce des marchandises
  2. Le Conseil du commerce des services
  3. Le Conseil des Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce

Ces conseils, composés de représentants de tous les membres de l’OMC, sont chargés de superviser le fonctionnement des accords de l’OMC sous la supervision du Conseil général.

Les trois conseils ont aussi des organes subsidiaires, chargés chacun de sujets spécifiques. Le Conseil du commerce des marchandises par exemple encadre onze comités qui travaillent sur des sujets précis (agriculture, accès au marché, subventions, mesures antidumping…) ; les organes subsidiaires du Conseil du commerce des services s'occupent des services financiers, de la réglementation intérieure, des règles de l'AGCS et des engagements spécifiques. Ces comités sont composés de représentants de tous les pays membres de l’OMC.

Plusieurs autres organes chargés de questions spécifiques, des comités ou des groupes de travail, rendent compte au Conseil général. Il existe cinq comités autres que ceux qui relèvent des trois Conseils ; le Comité sur le commerce et le développement (CCD) notamment examine la mise en œuvre des dispositions spéciales pour les PED. Ces comités sont composés de représentants de tous les pays membres de l’OMC.

Le Secrétariat

Le Secrétariat de l’OMC est relativement restreint ; son pouvoir et son autonomie sont limités. Ses quartiers généraux sont basés à Genève en Suisse. À sa tête, un Directeur général est élu pour quatre ans par le Conseil général. C’est actuellement un français, Mr Pascal Lamy qui est le cinquième Directeur général de l’OMC. Sa désignation a pris effet le 1er septembre 2005 pour un mandat de quatre ans.

Un mode de gouvernance officiellement démocratique

De toutes les organisations intergouvernementales exerçant un mandat mondial, l’OMC est sans doute la plus démocratique. Son système de gouvernance est basé sur le principe « un pays, une voix ».

La prise de décisions se fait par consensus, c'est-à-dire lorsqu’aucun des membres présents à une réunion ne s’oppose formellement à la décision proposée. Le consensus permet à tous les membres de s'assurer que leurs intérêts sont dûment pris en compte, même si, à l’occasion, ils décident de s’associer à un consensus dans l’intérêt supérieur du système commercial multilatéral. Lorsque le consensus n'est pas possible, l'accord de l'OMC prévoit la possibilité de mettre la question aux voix - la décision est alors prise à la majorité des votants, chaque membre disposant d’une voix.

Toutefois dans la pratique, les décisions sont généralement prises par consensus, sans vote. Les consultations informelles de l’OMC, en groupes restreints, jouent un rôle crucial pour amener des membres très hétérogènes à un accord. Les sujets ne sont habituellement abordés en réunion formelle plénière que lorsqu’un accord a été atteint dans les discussions informelles préalables.

QUELLE PLACE POUR L’AFRIQUE ?

Comme présenté dans le bref historique de l’OMC, celle ci-a principalement été conçue par et pour des pays développés. Peu de pays africains sont signataires du GATT en 1948 - notamment en raison de la date de leurs indépendances - et actifs lors du cycle d’Uruguay (1986-1993) précédant la création de l’OMC. Les pays africains représentent aujourd’hui un poids non négligeable par leur nombre, mais ils pèsent encore peu dans la réalité des décisions et peinent à participer pleinement à l’OMC. La participation effective et active des pays africains reste un défi majeur. À défaut, les pays africains risquent de se voir imposer des règles multilatérales inadéquates en matière d’élaboration de politiques publiques, ainsi que voir leurs sujets de préoccupation écartés de l’agenda des négociations.

Accessions des pays africains à l’OMC

Accessions des pays africains à l’OMC
Source : OMC

Une Afrique sous-représentée à Genève

La structure de l’OMC, avec de nombreux espaces de négociation, la fréquence des réunions, le nombre important de dossiers techniques à suivre en même temps oblige à disposer d’une présence forte au siège de l’OMC, ainsi que d’une expertise pointue sur le contenu des dossiers comme sur les techniques de négociation. La plupart des pays membres ont une mission diplomatique à Genève, parfois dirigée par un ambassadeur spécialement accrédité auprès de l’OMC. Les membres de ces missions assistent aux réunions des nombreux conseils, comités, groupes de travail et groupes de négociation, au siège de l’OMC. Mais être présent à Genève, donc avoir une représentation en la personne d’un ambassadeur et de fonctionnaires permanents représente un coût non négligeable, pesant lourd dans le budget des États, en particulier des pays africains.

Des pays africains sans délégation à Genève

Sur 37 pays d’Afrique subsaharienne, sept pays membres n’ont pas de représentation permanente à Genève : Gambie, Guinée Bissau, Malawi, Niger, République centrafricaine, Sierra Leone et Togo. Pour ceux qui en ont, les représentations comptent généralement une à deux personnes. Les plus fortes représentations (Afrique du Sud, Kenya, Maurice) en comptent davantage mais maximum cinq à six personnes rattachées aux ministères du Commerce et des Affaires étrangères.

À titre de comparaison, la représentation des États-Unis à Genève compte une quinzaine de personnes toutes rattachées au seul ministère du commerce. Il faut souligner que les délégations des pays africains à Genève couvrent d’autres sujets que le commerce et représentent leur pays auprès d’autres organisations internationales basées à Genève. Ces personnes peuvent difficilement participer pleinement à l’ensemble des conseils, comités et groupes de travail de l’OMC. L’OMC organise des « semaines de Genève » pour les pays membres et en cours d’accession sans représentation permanente afin d’accroître la participation de ces pays au système commercial multilatéral. Cet état de fait pose toutefois la question du budget de l’OMC pour financer des représentations permanentes et améliorer les capacités d’expertise et de représentation des pays les plus pauvres.

Les déséquilibres importants existant entre les pays membres de l’OMC quant à la taille de leur représentation, ont pour conséquence que le processus de décision est en réalité loin d’être démocratique. En outre, si les décisions ne sont prises que par les membres, le Secrétariat basé à Genève joue un rôle important dans le processus de négociation et de prise de décision, ce qui renforce encore l’importance d’avoir une représentation de taille critique.

Les réunions appelées « Salon Vert » (le vert est la couleur des murs du bureau du Directeur), sont un bon exemple de réunions informelles organisées en petits comités par le Secrétariat dans les murs de l'OMC. La plupart du temps, ces réunions ne sont notifiées qu’à un groupe restreint de pays membres, en particulier la « Quadrilatérale » ou « Quad » (États-Unis, UE, Canada et Japon). D'autres grands pays comme l’Australie, l'Inde et le Brésil ont rejoint ce groupe. On arrive ainsi à des compromis sans la pleine participation de l’ensemble des membres aux débats principaux et aux négociations. Une fois que les réunions « Salon vert » ont dégagé un consensus, il devient difficile pour les PED de bloquer une décision. En outre, le processus de négociation qui précède tout accord est traversé de luttes de pouvoir qui ne jouent bien sûr pas en faveur des pays africains.

Point de vue de l’Ambassadeur Nathan Irumba sur l’OMC

L’Ambassadeur Nathan Irumba est l’ex-représentant permanent de l'Ouganda à l'OMC, ex-coordonnateur du Groupe des Pays moins avancés (PMA) à l'OMC et l’ancien coordonnateur des PED du Commonwealth à l'OMC

On doit comprendre l'asymétrie de l'OMC et les déséquilibres de la libéralisation selon une perspective historique. L'OMC s’est historiquement constituée en club pour « hommes riches uniquement », ce que reflète la liste des pays qui ont participé à la Conférence de la Havane. C'est seulement lors du Cycle d’Uruguay, avec l’exacerbation de la concurrence entre ces pays, que l’on a pensé à intégrer les PED, plus précisément qu'on les a regardés comme des fournisseurs potentiels de matières premières et de marchés pour les produits des pays industrialisés.

Les négociations commerciales au sein de l'OMC portent essentiellement sur l'échange de concessions commerciales, entre autres les réductions tarifaires. Pour qu’un pays puisse faire valoir ses intérêts auprès de l'OMC, il doit disposer d’un vaste marché, ou s’associer avec d'autres pays partageant les mêmes intérêts, ou encore être une superpuissance devant participer aux négociations. Les PED ont par exemple très peu participé à la Conférence de la Havane ; en conséquence, ce sont les produits stratégiques pour les pays industrialisés qui ont été pris en compte. Ce n’est pas un hasard si le textile et l’agriculture, secteurs dans lesquels les PED avaient un intérêt particulier, ont été tenus à l’écart du GATT jusqu'aux accords du Cycle d’Uruguay.

Cela ne signifie pas que les PMA et PED ne devraient pas participer à l'OMC.

Il est important de s'assurer que les régulations de l’OMC favorisent le développement dans ces pays. Les pays moins avancés ont aussi bénéficié de concessions très importantes de l'OMC, qu'ils ont utilisées pour améliorer leur compétitivité. Sans le pouvoir du marché, qui constitue la force motrice de l’OMC, les PMA seraient restés quantité négligeable dans les affaires de l’OMC.

Bien que les PED constituent les deux tiers des membres de l'OMC, ce ne sont pas nécessairement les souhaits de cette majorité qui déterminent la décision finale dans le processus de prise de décisions. Habituellement, les débats qui aboutissent à des décisions concrètes se limitent aux pays développés. Bien que les règles et procédures de l’OMC soient très claires, elles ne sont pas toujours respectées, tout particulièrement quand il s’agit de celles qui touchent à la prise de décision. On observe régulièrement une tendance à la marginalisation des PED, particulièrement des « petites » économies, lorsque l’on en vient aux « vraies » décisions. On écoute plus volontiers les économies qui ont le plus à offrir, marchés et produits en particulier, et dans des nombreux cas, ce sont elles qui auront le dernier mot lors de la décision finale.

« À l'OMC, si vous représentez un petit pays qui a peu à offrir, vous devez crier fort pour être entendu, tandis qu’un simple geste de la part d’un représentant d’un pays industrialisé va faire vaciller les négociations. Pour jouer un rôle actif dans les processus de prise de décision, un pays doit tout d’abord devenir concurrentiel au plan économique ».

Les missions des PED ne disposent en général que d’un personnel restreint à Genève ; celui-ci est toutefois supposé couvrir un grand nombre de réunions, tant formelles qu'informelles, qui ont souvent lieu simultanément. Les vrais dossiers se traitent plus souvent lors des réunions informelles que formelles. La tension ainsi générée est trop forte pour que les PED participent efficacement aux processus de prise de décision.

Les PED et PMA ont participé à différents groupes - Pays partageant le même point de vue (Like-Minded Group), PMA, Groupe des 20, Groupe Afrique - pour faire valoir leurs intérêts. Cette stratégie a été efficace jusqu’à un certain point, en permettant à ces groupes de pays d’arriver à certains de leurs objectifs dans les négociations. C’est ce genre de coalition qui a rendu possible une résistance coordonnée à Cancun, en 2003, contre les thèmes que les pays industrialisés ont essayé d’introduire dans les débats.

Il faut toutefois que ces groupes restent fermes sur leurs positions, face à des pays développés qui tentent en permanence de diviser ce front uni, en faisant des offres séparées aux pays leaders ou aux plus forts de ces groupes.

Des alliances nécessaires

Pour se faire entendre dans les négociations, et pouvoir influencer le contenu et l’agenda des négociations, le poids socio-économique et politique des pays est déterminant. Compte tenu de la faiblesse des économies africaines, les alliances entre pays africains et avec d’autres pays membres sont indispensables. Afin de peser dans les négociations, les pays tendent à se rassembler au sein de groupes de position partageant des intérêts communs. Il faut souligner que ces groupes sont en évolution permanente et se recomposent au gré des enjeux spécifiques de négociation. Il y a des recoupements entre les groupes, certains pays pouvant appartenir à plusieurs d’entre eux.

Le jeu des alliances et des groupes de positions : où sont les pays africains ?
  • le G90 : les pays africains, réunis au sein de l’Union africaine, se sont regroupés avec les PMA et les pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) pour former ce groupe. Ils défendent principalement le droit à protéger leur agriculture et soutiennent l’Initiative Coton (voir fiche 4). Même s’il existe une convergence d’intérêt entre ces pays, les différents sous-groupes préfèrent parfois parler en leur voix propre.
  • le G20 : apparu lors de la Conférence ministérielle de Cancún (2003), ce groupe réunit principalement les PED émergents : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Chine, Cuba, Egypte, Guatemala, Inde, Indonésie, Mexique, Nigeria, Pakistan, Paraguay, Philippines, Afrique du Sud, Tanzanie, Thaïlande, Venezuela, Zimbabwe. Leur position offensive est de pousser les négociations vers une baisse additionnelle des droits de douane et des soutiens à l’exportation des pays développés.
  • Le G10 : apparu lors du Conseil général de juillet 2004, il rassemble les pays importateurs nets de produits agricoles qui protègent fortement leur agriculture : Suisse, Bulgarie, Taïwan, Islande, Corée du Sud, Japon, Israël, Liechtenstein, Ile Maurice et Norvège. Ces pays défendent le droit de protéger leur agriculture, notamment en mettant en avant sa « multifonctionnalité ».
  • Le G33 : il rassemble autour de l’Indonésie des PED comme Cuba, le Kenya, le Nigeria, la Turquie, le Pakistan et les Philippines. Le groupe s’est structuré autour de la défense de « produits spéciaux » à ne pas libéraliser afin de tenir compte des enjeux de sécurité alimentaire, des moyens d'existence et du développement rural.
  • Le Groupe de Cairns : il s’agit d’une alliance entre grands pays agro-exportateurs autour du Canada et de l’Australie avec aussi des PED (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Guatemala, Indonésie, Paraguay, Philippines, Thaïlande). Plusieurs de ces PED ont rejoint le G20 ou le G33 et l’Australie et le Canada s’expriment de plus en plus en leur voix propre.

 

Ce qu’il faut retenir
  • L’OMC, créée le 1er janvier 1995, vient de l’Accord général sur les Tarifs et le Commerce (GATT), négocié en 1947 essentiellement entre États développés.
  • L’OMC est une institution multilatérale qui a la particularité de définir des règles contraignantes avec un fonctionnement démocratique et un Organe de règlement des différends.
  • En réalité, le poids économique et politique des pays est déterminant : les pays membres les plus riches pèsent plus que les autres dans les négociations.
  • Les pays africains sont sous-représentés faute de ressources économiques et humaines pour être présents et suivre l’ensemble des réunions à Genève, siège de l’OMC. Les alliances sont nécessaires pour peser davantage dans les décisions.
Sources