Les normes sont les règles imposées dans la production et la commercialisation des marchandises afin que les biens vendus soient de bonne qualité et garantissent la sécurité des consommateurs. L’OMC accorde une place importante aux règles de production et de commercialisation des produits agricoles dans l’élaboration de ces accords.
Au niveau de l’OMC, les pays membres ont le droit, pour protéger la vie des êtres humains, des animaux et des végétaux, d’adopter des normes dans le cadre des accords sur les mesures phytosanitaires et phytosanitaires (SPS) et sur les obstacles techniques au commerce (OTC).
La ligne qui sépare les normes d’une part et les barrières aux échanges d’autre part est difficile à tracer. En effet, les normes, censées protéger la santé des consommateurs, sont utilisées de façon croissante par les pays comme instruments de protection des marchés nationaux face aux produits étrangers.
Lors de la réunion des ministres des pays ACP tenue en juillet 2004 à Maurice, ceux-ci déclarent que « les barrières non tarifaires, y compris celles qui sont liées aux mesures SPS et OTC, constituent des obstacles à l’accès aux marchés pour les produits agricoles des pays ACP ».
L’Accord sur les mesures sanitaire et phyto-sanitaire (Accord SPS) édicte des règles fondamentales en matière de sécurité sanitaire des aliments et de normes sanitaires pour les animaux et les végétaux. Il vise deux objectifs principaux :
L’Accord SPS ne crée pas spécifiquement de normes mais il encourage les pays membres à utiliser les normes, directives et recommandations internationales qui existent déjà. Il recommande, par exemple, pour les produits alimentaires l’usage des normes référencées par le Codex Alimentarius, l’Organisation mondiale de la santé animale, ou encore par le secrétariat de la Convention internationale pour la protection des végétaux.
La reconnaissance des normes du Codex par l'Accord SPS (et l’Accord OTC) ont suscité un intérêt considérable pour les activités de la Commission du Codex Alimentarius. La participation des pays membres s’est accrue, notamment celle des PED. C’est d’ailleurs ce qu’encouragent à faire les deux accords, en demandant à leurs membres, dans la limite de leurs ressources, « de participer pleinement» aux travaux des organisations internationales de normalisation et de leurs organes subsidiaires.
Par ailleurs, l’Accord SPS reconnaît que les gouvernements ont le droit de prendre des mesures sanitaires et phytosanitaires nécessaires à la protection de la santé humaine. Cependant ces mesures ne peuvent s’appliquer que dans des cas très particuliers, pour protéger la santé des personnes et des animaux, ou encore, préserver les végétaux. Les mesures appliquées ne doivent pas être discriminatoires entre des pays où les conditions sont identiques.
Si elles existent, les normes internationales doivent être privilégiées. Mais les pays peuvent établir leurs propres normes quand celles-ci sont fondées sur des études scientifiques. Ainsi un pays est autorisé à établir une norme plus contraignante que celles recommandées dans l’Accord SPS, si cette nouvelle norme est justifiée par un fondement scientifique ou sur la base d’une évaluation des risques encourus dans l’importation de certains produits nuisibles à la santé publique ou à l’environnement.

En effet, si la preuve scientifique est incertaine, il est possible d’appliquer le principe de précaution : l’article 5.7 de l’Accord SPS autorise alors des mesures de précaution temporaires. Ainsi, face à un risque de contamination et de santé publique, un pays peut décider par précaution l’interdiction momentanée de l’importation d’un bien agricole jusqu’à ce que soit établi avec certitude la disparition du risque provoqué par la consommation d’un produit donné. Ce principe est par exemple invoqué par le Gouvernement français pour justifier l’interdiction de l’importation du bœuf anglais lors de l’épidémie de la « vache folle ».
Pesticides |
LMR du Codex |
LMR de l'UE |
LMR du Japon |
Carbendazime |
2 |
0,1 |
2 |
Diméthoate |
1 |
0,02 |
1 |
Dithiocarbamates |
2 |
- |
2 |
Imidacloprid |
0,2 |
- |
1 |
Propiconazole |
0,05 |
0,05 |
0,05 |
Thiabendazole |
5 |
5 |
3 |
Triadiméfon |
0,05 |
0,1 |
0,05 |
Triadiménol |
0,05 |
- |
0,05 |
Les normes doivent faire l’objet à l’avance d’une information à l’OMC et un point d’information national doit être établi. En Afrique, il existe un contraste entre la proclamation des normes et leur mise en pratique. Même les normes simples de l’OMS portant sur les guides pratiques d’hygiène qui existent sont difficilement appliquées. Les pays africains n’affectent pas les ressources humaines et matérielles nécessaires aux structures publiques chargées du contrôle des normes d’hygiène des produits, provoquant un véritable laisser-aller préjudiciable à la santé des consommateurs. Cependant, au niveau régional, un effort de réflexion sur les conditions de production et de distribution de produits alimentaires a été entrepris au sein de l’Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA).
L’Accord sur les obstacles techniques au commerce (Accord OTC) vise à garantir que les normes sur les produits ne créent pas d’obstacles aux échanges. L’accord précise que les normes internationales doivent être privilégiées, sans obligation pour les pays de changer leurs niveaux de protection. Les pays peuvent aussi établir leurs propres normes ou adopter des mesures pour veiller à leur respect. L’évaluation de la conformité des produits avec les normes nationales doit être juste et équitable. La reconnaissance mutuelle par les pays des normes nationales est encouragée.
Tout comme pour l’Accord SPS, l’enjeu est double :
L’article 2 de l’Accord OTC « Dispositions sur les règlements techniques et les normes » encourage l’utilisation des normes internationales, et notamment celles du Codex Alimentarius, comme référence pour le recours à des normes et des règlements techniques. Toutefois, comme pour l’Accord SPS, l’Accord OTC reconnaît le droit des pays d’adopter les normes qu’ils jugent appropriées, par exemple pour protéger la santé et la vie des personnes et des animaux, préserver les végétaux, protéger l’environnement ou défendre d’autres intérêts de consommateurs. La seule restriction est finalement que les règlements adoptés ne soient pas discriminatoires entre les pays.
Malgré l’Accord OTC qui encourage à une harmonisation des normes sur la base des normes internationales, les obstacles techniques au commerce restent nombreux et variés. Pour que les fabricants et les exportateurs puissent savoir quelles sont les normes effectivement en vigueur sur les marchés où ils cherchent à exporter, les gouvernements des pays membres doivent établir des points d’information nationaux auprès de l’OMC. C’est au sein du Comité des obstacles techniques au commerce que les pays membres débattent des règlements et de leur mise en œuvre.
Les pays africains sont confrontés à la question des normes sur le marché mondial et sur le marché de l’UE. Tout produit vendu sur le marché européen doit respecter les normes de qualité, et si une marchandise n’est pas conforme, elle ne peut pas entrer sur le territoire européen et être vendue sur le marché. Ainsi les ananas, vendus sur le marché de l’UE, doivent avoir un certain calibre, une teneur élevée en sucre, une couleur précise de la pulpe, etc. Les ananas qui ne correspondent pas à ces normes ne sont pas autorisés à être vendus sur ce marché.
Instructions de lecture :
Près de 25% des exportations ACP vers l'UE concernent le cacao. Les trois plus grands exportateurs vers l'UE sont le Nigeria, le Ghana et la côte d'ivoire
Généralement, pour se conformer à de telles normes, les producteurs doivent mener des recherches assez poussées dans la sélection des espèces végétales et dans les conditions de production. Ces recherches sont coûteuses et les producteurs africains n’ont pas en général les ressources nécessaires pour les mener. Les producteurs africains sont alors constamment exposés au risque d’être éliminés du marché pour non-conformité aux normes.
À ces normes fixées par les États ou les organisations internationales viennent s’ajouter les normes fixées par les acheteurs privés. Pour satisfaire leur clientèle, les acheteurs des pays développés définissent généralement un cahier des charges que les produits qu’ils achètent doivent respecter. Il peut porter sur des règles sanitaires, mais aussi sur les propriétés des produits ou de leur emballage (taille, couleur…). Enfin, de plus en plus d’acheteurs de pays développés exigent de leur producteur de respecter des règles sociales ou environnementales, suivant en cela l’évolution de la sensibilité des consommateurs des pays développés. Par exemple, les labels sociaux et environnementaux (voir fiche 1)se multiplient pour les fleurs coupées et de nombreux acheteurs en font une condition d’achat.
Les règles fixées par les acheteurs sont toujours plus strictes que celles fixées par les États. En pratique, l’OMC définit des normes minimales qui sont complétées par celles des États puis par celles des acheteurs.
Sur les marchés locaux africains, les normes même lorsqu’elles existent ne font pas l’objet d’un contrôle systématique.
Les pays africains peuvent tirer profit des normes pour assurer une meilleure protection de leurs consommateurs face aux importations incontrôlées de produits alimentaires de mauvaise qualité sur les marchés locaux. En effet, des produits souvent considérés comme des déchets dans les pays exportateurs occidentaux ou asiatiques, sont pourtant exportés vers les pays africains.
Ainsi, le Gouvernement du Congo interdit en 2001 l’importation de pattes de poulet, de croupions de dinde considérés dans les pays exportateurs comme des déchets servant à produire l’aliment de bétail ou l’aliment destiné à nourrir les animaux domestiques (chiens, chats). Cette mesure est prise dans l’objectif de protéger la santé des consommateurs mais ne s’appuie pas sur une analyse scientifique des risques.
De même, depuis le début de l’épidémie de grippe aviaire, de nombreux pays interdisent pour des raisons sanitaires les importations de volailles. Ainsi en 2005, le Sénégal décide l’interdiction des importations de volailles vivantes et de découpes de volailles de toutes origines.
L’établissement des normes suppose que des recherches soient menées dans des laboratoires professionnels et équipés et possédant un personnel qualifié. La création de ce genre de laboratoires est un investissement coûteux. De ce fait, les normes nationales spécifiques sont limitées en Afrique.
Certaines normes existantes sur les marchés locaux s’inspirent des référentiels des pays industrialisés. Leur incidence sur la consommation locale est mal évaluée. La majorité des entreprises de transformation agroalimentaire censées appliquer ces normes sont des petites et micro-entreprises ; les normes issues des pays industrialisées ne sont pas adaptées à ce type d’acteurs qui par ailleurs ne possèdent pas non plus les capacités nécessaires à leur application.
Les normes établies localement sont peu étayées par des études scientifiques. Par ailleurs, elles sont souvent perçues comme des normes « pour les pauvres », ou des « normes au rabais ». Enfin, elles sont difficiles à négocier et à appliquer du fait de l’absence d’organisations professionnelles structurées et légitimes pour le secteur agroalimentaire national.
Il existe dans certains pays, des services d’hygiène exigeant que la vente publique des produits respecte certaines conditions de propreté : par exemple, le pain ou le gâteau vendu dans la rue doit être couvert pour éviter que la poussière ne le contamine.
Enfin, d’autres critères plus informels sont appliqués sur les produits locaux. Ils découlent d’un accord tacite entre le producteur et le consommateur et ne sont pas le résultat d’une étude faite en laboratoire. Selon la pratique et les traditions, la qualité et la présentation des produits doivent répondre à certaines caractéristiques, sinon les consommateurs rejettent le produit.
Compte tenu du manque de ressources au niveau national, une possibilité pour les pays africains est de recourir à des normes créées à l’échelle régionale. Ainsi, mettre en commun leurs ressources permettrait de créer au niveau des organisations d’intégration régionale des structures chargées d’élaborer des normes de qualité africaines. La reconnaissance de ces normes élaborées sur une base scientifique, au niveau régional, pourrait être négociée auprès des autres pays et groupements régionaux.
Néanmoins, il convient de s’interroger sur les priorités en matière de protection des consommateurs. L’application des normes définies au niveau international nécessite une forte capacité d’analyse et de vérification. Il peut être plus efficace de promouvoir des politiques éducatives, des bonnes pratiques d’hygiène et de conservation, pour améliorer le niveau de sécurité sanitaire des produits commercialisés sur les marchés africains.
Des étapes sont donc à envisager pour établir de façon graduelle des normes sur les produits africains car celles-ci vont de pair avec le processus de développement économique d’un pays. Cette question devrait faire l’objet de négociations au sein de l’OMC.
Ce qu’il faut retenir