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Publié le 01/09/2011

Développement et sécurité alimentaire : les grands enjeux du G20 agricole

Les 22 et 23 juin prochains, les ministres de l’Agriculture du G20 se réuniront à Paris pour un G20 agricole. La présidence française a fait de la lutte contre la volatilité des prix agricoles une des priorités du G20. Pourtant, dans la pratique, il faut s’attendre à ce qu’aucune mesure concrète de lutte contre les causes structurelles de la volatilité des prix agricoles ne soit décidée… Le point sur les grands enjeux de cette rencontre internationale.

 Des contradictions entre les positions du G20 et les besoins du terrain

L’instabilité des prix agricoles et alimentaires sur les marchés locaux est largement due à l’abandon des politiques nationales et régionales de gestion des marchés. Malgré tout, pour les dirigeants du G20, la libéralisation et l’unification des marchés constituent le meilleur moyen de lutter contre la volatilité. Cette idée part du présupposé que l’élargissement des marchés à un niveau planétaire permettra, à tout moment, que les insuffisances de la production dans certaines régions soient compensées par les bonnes récoltes ailleurs et, que les marchés seront ainsi plus stables. Or, plusieurs études[1] ont montré que les marchés agricoles sont spécifiques et ne s’autorégulent pas : l’élargissement des marchés en absence d’intervention publique a donc toutes les chances d’accroître encore davantage la volatilité ! Plus généralement, cette approche revient à soumettre aux mêmes conditions du prix mondial (volatilité, mais aussi prix moyens) l’ensemble de la production mondiale, alors que les différences de productivité entre agricultures sont considérables et que le commerce international ne représente qu’une faible part de la production agricole de la planète (15% en moyenne).

Lors de ce G20, il semble qu’il ne sera pas non plus question de stocks régulateurs, c’est-à-dire de stocks contribuant à stabiliser les marchés en augmentant le niveau de l’offre ou de la demande. L’approche adoptée ces derniers mois a surtout été centrée autour de stocks alimentaires d’urgence, c’est-à-dire de stocks permettant d’apporter directement (sans passer par le marché) de la nourriture bon marché aux consommateurs les plus pauvres en cas de flambée des prix.

La question des agro-carburants ne semble pas non plus devoir donner lieu à une quelconque décision, alors qu’ils constituent une cause majeure de déstabilisation des marchés agricoles et que leur développement pourrait à l’avenir être encore beaucoup plus important qu’aujourd’hui.

 Des accords possibles

Le G20 pourrait toutefois se mettre d’accord sur une régulation des marchés financiers, où la spéculation a tendance à accentuer la volatilité des prix agricoles. Il conviendra de vérifier l’ambition réelle de cette régulation, sachant que l’existence d’un certain niveau de volatilité est nécessaire à l’existence des marchés à terme agricoles et que de puissants intérêts s’opposent à leur régulation.

Par ailleurs, le G20 pourrait appeler à renforcer les politiques publiques –notamment la recherche agronomique et le conseil aux agriculteurs- et les investissements en faveur de la production agricole, y compris pour l’agriculture familiale. Cependant, dans le contexte actuel d’accaparements des terres de la part de grands groupes nationaux et multinationaux, les appels aux investissements agricoles risquent fort d’encourager encore le phénomène, aux dépends de l’agriculture familiale et de la sécurité alimentaire globale, surtout lorsque l’objectif des accaparements est la production d’agro-carburants.

Le G20 pourrait également se mettre d’accord sur un certain nombre de mécanismes destinés :

  • à assurer plus de transparence et une meilleure information sur l’état des marchés et une meilleure coordination des réponses des Etats en cas de crise. En soit, de tels mécanismes peuvent être utiles, mais ils ne peuvent prétendre à eux seuls limiter la volatilité des prix. D’autre part, la question est posée de savoir si ces mécanismes seront véritablement sous le contrôle des Nations unies ou bien si, dans la pratique, il s’agira d’un groupe autonome de grands pays producteurs et exportateurs alliés et de firmes multinationales.
  • à favoriser le recours aux assurances et aux marchés à terme pour les acteurs privés et pour les Etats eux-mêmes. Dans la pratique, ces mécanismes profiteraient difficilement à la grande majorité des agriculteurs et seraient réservés à l’agro-business. Dans le meilleur des cas, ces mécanismes financeraient non pas le développement agricole, mais les revenus des assurances et des opérateurs intervenant sur les marchés financiers, au prix de subventions massives de la coopération internationale.

Alors que la présidence française avait laissé entendre qu’elle défendrait une approche plus régulatrice des marchés agricoles dans le monde,  il semble que ne seront évoqués ni la question des marchés régionaux et nationaux, ni celle de la régulation des marchés au-delà d’une simple limitation de la volatilité, ni même véritablement la lutte contre la volatilité, puisqu’on pourrait se limiter à en atténuer les effets, et de plus à un coût élevé et pas pour tous…

Contact : Laurent Levard, expert en politiques publiques et régulations internationales au Gret, levard@gret.org

Contact presse au Gret : Marie Bessières, bessieres@gret.org; 01 70 91 92 76

Pour aller plus loin :



[1] voir notamment l’étude du Grema Managing Food Price Volatility for Food Security and Development