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Publié le 01/09/2011

Yémen : un projet pour les femmes et le renforcement de la société civile

Le Yémen est aujourd’hui largement présent dans la presse en raison de la contestation populaire croissante à l’encontre du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Des manifestations de plus en plus importantes, violemment réprimées par le régime, ont lieu dans les grandes villes telles Sanaa, Taez et Aden.

Le Gret participe depuis 2008 à un projet de sécurité alimentaire mené par l’ONG française Dia, présente au Yémen depuis 1999. C’est à travers ce projet qu’une association locale prometteuse a été identifiée : l’association Al Zahra, créée en 1998 par un groupe de femmes à Mokha.

Mokha

À deux heures de Taez, dans la ville de Mokha, située dans la plaine côtière de la Tihama, cette agitation politique s’est traduite par des manifestations de moindre ampleur, mais qui ont néanmoins conduit au limogeage du directeur du Conseil local.

L’entrée de la ville commence par le siège de l’autorité locale et par une longue rue asphaltée, bordée de quelques commerces jusqu’au port et trois rues principales qui lient la ville. Au port se trouve le bâtiment de mise en quarantaine du cheptel, tandis que la station de désalinisation de l’eau et la centrale électrique se situent à l’extérieur de la ville. Le matin, les enfants, garçons et filles, sont sur le chemin de l’école ; tandis que les hommes circulent à moto et se fraient un chemin entre les chèvres qui parfois traversent la route. Dans les villages, il n’y a pas de route asphaltée, mais seulement quelques routes en terre entourées de prosopis qui freinent le vent et captent les sachets en plastique et les ordures par la même occasion.

La région de la Tihama est considérée comme l’une des régions les plus pauvres du Yémen. L’agriculture y est difficile en raison de l’aridité du climat, et la vie économique y est peu développée, laissant peu d’opportunités pour les jeunes et en particulier les jeunes femmes d’accès à l’éducation ou à un emploi.

Le 1er janvier 2010, un projet mené par les trois associations, Gret, Dia et Al Zahra, a été lancé, en partie financé par la Commission européenne. Al Zahra mène des activités de formation et d’éducation en faveur des femmes et s’inscrit également dans une logique de développement local. L’association est dirigée par une directrice et compte actuellement dix salariées membres, auxquelles il faut ajouter une soixantaine de femmes également membres de l’association. Al Zahra mène le projet, bénéficiant d’un soutien fort du Gret au siège et de la présence d’une volontaire Gret à temps plein sur ce projet. L’objectif est de contribuer à l’autonomisation des femmes et au renforcement de la société civile.

Contribuer à l’autonomisation des femmes

En 2004, 77 % des femmes en milieu rural (entre 15-24 ans) et 23 % des hommes étaient analphabètes[1]. Ces taux révèlent des inégalités sociales fortes en matière d’accès à des conditions de vie décentes et en particulier à l’éducation.

Un des objectifs du projet est de contribuer à l’amélioration du niveau d’éducation dans le district de Mokha et surtout, de faciliter l’accès à l’éducation des jeunes filles et des femmes. Une école maternelle mixte, gérée par l’association Al Zahra, vise à mieux préparer les enfants à leur entrée dans le système scolaire normal. C’est la seule école maternelle de la ville. Parallèlement au soutien scolaire apporté aux élèves afin de prévenir l’abandon scolaire, des classes d’alphabétisation donnent aux nombreuses femmes qui n’ont pas pu aller à l’école une seconde chance pour apprendre à lire, à écrire, à compter. Des bourses sont octroyées aux jeunes filles vivant dans des villages sans lycée afin qu’elles puissent terminer leur cycle secondaire dans la ville de Mokha. Des bourses sont également envisagées pour des jeunes femmes souhaitant étudier à l’université de Taez.

Au-delà de ce secteur d’activités, l’association met en œuvre des activités au bénéfice de l’ensemble de la communauté. Une campagne de sensibilisation à un environnement propre auprès des autorités locales et des habitants de Mokha a été lancée. Des microprojets sont également en perspective pour soutenir sous la forme de dons en nature (réfrigérateur, machine à coudre…) et de formations (gestion, couture…) des activités génératrices de revenus qui auraient besoin d’un coup de pouce pour être plus stables.

Ce travail, dont l’objectif est d’améliorer l’accès à l’éducation et à de meilleures conditions de vie, se fait en concertation avec les autorités locales concernées comme le Gouvernorat de Taez, le Conseil local de Mokha, le Bureau de l’éducation, le Fonds de nettoyage…, tout en veillant à ne pas se substituer à elles. Cette dimension est aujourd’hui rendue difficile en raison de l’instabilité politique croissante.

 Participer au renforcement de la société civile

Le projet vise également à renforcer l’association, sur les plans financier, opérationnel et institutionnel. Il s’agit notamment de mieux faire connaître le rôle de la société civile et les lois qui encadrent les associations. Des formations sont ainsi proposées aux membres sur des sujets tels que le cycle de projet, les recherches de financement ou encore la rédaction de rapports.

Ce volet n’a pas de résultats visibles immédiats pour l’ensemble de la communauté, aussi est-il parfois difficile à faire accepter par les autorités locales, plutôt en attente d’apports matériels tels que des infrastructures. L’équipe a néanmoins placé cette dimension au cœur du projet, car elle fait le pari que cela permettra d’assurer la pérennité de l’association et contribuera à une meilleure structuration de la société civile à long terme. On peut d’ores et déjà constater le sentiment de fierté des femmes travaillant dans l’équipe du projet, capables désormais de planifier leurs activités, de calculer leur budget, de travailler de manière plus autonome, plus assurées dans le dialogue avec les hommes occupant des postes à responsabilité au sein des autorités locales.

Ce projet doit prendre fin en décembre 2011. Toutefois, les classes d’alphabétisation ainsi que les bourses sont prévues au minimum pour un cycle de trois ans, et l’école maternelle est conçue pour fonctionner en continu. Aussi, si l’évolution de la situation politique le permet, l’équipe espère pouvoir poursuivre les activités d’éducation sur le long terme.