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Publié le 16/03/2012

Trois questions à Widelson Pierre-Louis, représentant du comité d’eau de Baillergeau

Widelson Pierre-Louis représente le comité d’eau (komite dlo) de Baillergeau, quartier précaire de Port-au-Prince en Haïti. Il participe au Forum mondial de l’eau de Marseille aux côtés du Gret pour témoigner de cette innovation sociale que constitue la gestion de l’eau par des comités d’habitants, et rappeler le manque d’eau subsistant pour les populations pauvres de la capitale haïtienne.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnent les comités d’eau?

WPL. Tout a commencé en 1994, le Gret a mis en œuvre dans le cadre d’un projet Echo (Union européenne) une intermédiation entre le service public de l’eau (la Camep) et les quartiers précaires de Port-au-Prince, afin de permettre le dialogue entre les pouvoirs publics et les habitants vivant dans ces zones de non droit. Après avoir repéré les leaders de ces quartiers, il a appuyé la structuration sociale des habitants en comités d’eau, dont les représentants sont élus par les usagers, et qui signent un contrat avec l’entreprise publique de l’eau pour la gestion, la vente et la maintenance du service d’eau dans les quartiers. Les comités achètent l’eau à l’entreprise publique, la vendent aux habitants via un système de bornes fontaines, et utilisent les ressources pour couvrir les frais de maintenance et de gestion du réseau.

Vous êtes vous même le responsable du comité d’eau de Baillergeau, comment avez vous pris cette fonction?

WPL. J’ai grandi à Baillergeau. Initialement, nous allions chercher l’eau dans une grotte, Kay Grann, mais qui ne fournissait pas suffisamment d’eau pour les 800 à 900 foyers du quartier. Dans les années 1980, des lotissements ont été construits par des promoteurs privés, accessibles aux populations plus aisées, repoussant les habitants du quartier dans la zone de la source. Cette arrivée massive d’habitants et la construction de latrines qui s’en est suivie a provoqué la pollution de l’eau. Les maladies sont arrivées – diarrhée, typhoïde – provoquant une importante mortalité infantile, mais également des conflits entre voisins et intrafamiliaux, les maladies étant en effet associées à une exposition maléfique… Fin des années 1980, j’ai demandé à la Camep d’effectuer une analyse de l’eau, et début des années 1990, le Gret est arrivé pour mettre en œuvre le projet des comités. C’est en tant que leader dans le quartier et qu’habitant impliqué sur les questions d’eau que j’ai été repéré et approché pour participer à la mise en place de ce système.

Vous participez actuellement au Forum mondial de l’eau, quelle attente avez-vous?

WPL. Au-delà de l’intérêt de suivre les réflexions en cours, nous avons de grandes attentes pour Haïti, notamment en termes de quantité d’eau qui reste insuffisante dans bien des quartiers de Port-au-Prince. Le projet du Gret permet d’approvisionner 50 quartiers précaires, soit 1,2 million de personnes sur les 3,5 millions d’habitants. Les comités d’eau se sont constitués en juillet dernier en fédération, la Fekod, pour mener notamment des actions de plaidoyer et porter ensemble des problématiques des habitants des quartiers précaires de Port-au-Prince, nous espérons que nous serons entendus.