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Publié le 28/02/2013

Trois questions à Annonciata Mukayitete, chef de projet du Gret au Burundi

Au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC), le Gret appuie des associations œuvrant en faveur des populations discriminées en raison de leur orientation sexuelle dans les pays des Grands lacs (PAFPD-GL). Entretien avec Annonciata Mukayitete, chef de projet du Gret, sur les enjeux dans la sous-région.

En lien. Quelle est la situation des minorités sexuelles en Afrique des Grands Lacs?

Annonciata Mukayitete. Les cadres juridiques nationaux sont discriminatoires. Au Burundi par exemple, le Code pénal punit les actes homosexuels de 50 000 à 100 000 Francs burundais d’amende et de trois mois à deux ans de prison. En principe, on peut revendiquer être homosexuel sans être automatiquement emprisonné car c’est l’acte homosexuel qui est incriminé. Les pressions (à l’entrée de discothèques par exemple) ou les agressions verbales sur la base d’apparences extérieures sont courantes. Au Rwanda, en 2009, la chambre basse du Parlement était sur le point de voter une révision du code pénal criminalisant les relations entre personnes de même sexe : «Toute personne qui pratique, encourage ou sensibilise une personne de son sexe à des relations sexuelles ou toute pratique sexuelle sera passible de cinq à dix ans d’emprisonnement, et à une amende allant de 200 000 à un million de francs rwandais». Une campagne d’action nationale avait alors été menée par la société civile et le texte n’a pas été retenu : il était contraire à la constitution, aux Droits de l’homme, à la lutte contre le sida mais affecterait également les populations LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans et intersexuées) au niveau socio-économique (rejet familial, menaces à l’école et en milieu du travail, etc.) Des bonnes pratiques à l’encontre des minorités sexuelles sont recensées sur le sujet de la lutte contre le Sida, même si des progrès restent à faire notamment sur la formation du personnel médical.

EL. En quoi lutter contre les inégalités vécues par ces populations permet de contribuer au développement de ces pays?

AM. Les personnes LGBTI ont des droits inaliénables qui doivent être respectés sans discrimination aucune comme le droit à la vie, à l’expression, à l’éducation, etc. Ces libertés fondamentales sont reconnues par les Nations unies y compris par les pays de la région des grands lacs. Lutter contre les inégalités et discriminations basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre permet à ces populations discriminées de s’intégrer socialement, de travailler, d’étudier, d’accéder aux différents services, et ainsi de contribuer au développement socio-économique du pays.

EL. Quels sont les objectifs du projet PAFPD-GL mené par le Gret?

AM. Dans le cadre du projet PAFPD-GL, le Gret renforce les capacités des associations œuvrant en faveur des populations discriminées dans la région des grands lacs (Rwanda-Burundi et RDC/coté Goma. Pour agir en faveur des Droits de l’homme, ces associations doivent être suffisamment solides face à l’ampleur des défis. C’est pourquoi le Gret les appuie sur un ensemble de dimensions : développement organisationnel et institutionnel, lobbying et plaidoyer, prévention des MST dont le VIH/SIDA, mise en réseau, appui à la gestion et évaluation interne et externe.