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Publié le 29/04/2013

3 questions à Philippe Sablayrolles, représentant du Gret au Brésil

A l’occasion de la sortie du reportage « Amazonie : la forêt menacée » de Michel Dumont, Eric Bergeron et Fred Grimm (Arte reportage), Philippe Sablayrolles, représentant du Gret au Brésil, revient sur la problématique de la conservation de la forêt Amazonienne, sur laquelle le Gret mène plusieurs projets.

En lien. Quelle est la situation du défrichement de la forêt dans l’Etat du Para, où le reportage d’Arte a été réalisé ?

Philippe Sablayrolles. Les forêts de l’Amazonie brésilienne sont soumises à des pressions très différentes selon leur proximité aux axes d’intégration. L’Etat du Pará combine des zones à forte intensité de défrichement, comme São Felix do Xingu, où le reportage d’Arte a été réalisé, à d’autres moins affectées. Avec une superficie de 1,25 million de km², il représente 25 % de l’Amazonie légale, et comprend certains des principaux axes de communication avec le reste du pays. Le défrichement accumulé s’étend aujourd’hui à 20 % de l’État. Plus de la moitié de son territoire est protégé (57 % des terres sont des unités de conservation, des terres Indigènes et de Quilombo, 2 % sont des terrains militaires). Les périmètres de réforme agraire totalisent 8 % du territoire. Le restant (37 millions d’ha, soit 30 % de l’État) est constitué de terres privées, ou non appropriées sous juridiction fédérale ou de l’État.

EL. Quelle est l’évolution du phénomène ces dernières années et comment la mesure-t-on?

PS. Les dynamiques de défrichement, très liées à l’élevage et à l’agriculture motorisée, ont fortement baissé depuis 2003-2004 : le rythme annuel pour l’Amazonie brésilienne est passé de 15 à 5000 km² en huit ans. Une part de ce succès est liée à la mise en place des politiques de lutte contre le défrichement, orientées par la perspective d’un effort international sur les changements climatiques. Dans la pratique, ces politiques passent par l’utilisation systématique des suivis satellites et une responsabilisation accrue de l’échelon administratif municipal, avec des sanctions en cas de mauvais résultats (difficulté pour l’obtention de crédits et embargos sur la commercialisation de viande). L’appareil législatif évolue à l’occasion de la mise en place effective du nouveau code forestier qui exige le maintien dans les exploitations rurales de zones de protection intégrale et d’une réserve forestière significative : là encore l’outil satellitaire et le géo-référencement des exploitations et des parcelles est le moyen technique efficace.

EL. Quels sont les enjeux, aujourd’hui ?

PS. Il reste de sérieuses menaces pour ces acquis récents :

  • L’impasse sur les négociations internationales sur le climat tendent à rendre moins attractive une vraie politique de lutte contre le défrichement au Brésil
  • Le contrôle du défrichement reste très lié à la répression, malgré les efforts faits pour faire évoluer les pratiques autour du nouveau code forestier
  • L’agriculture moins défricheuse que le nouveau code forestier vise à promouvoir n’a pas reçu d’appui suffisant de la part des autres secteurs de la politiques publique (crédits, formation, recherche, assistance technique)
  • La valorisation économique durable de la forêt bute toujours sur des modèles techniques peu adaptés et une administration fragile du secteur forestier : une étude récente de l’Imazon montre par exemple que plus de 60 % des zones forestières exploitées pour le bois en 2008-2009 l’ont été sans autorisation.

 

Plus d’information sur le reportage « Amazonie, la forêt menacée » : http://www.arte.tv/fr/amazonie-la-foret-menacee/7460000,CmC=7460004.html

Plus d’information sur les activités du Gret au Brésil : https://www.gret.org/les-pays/representations/bresil/