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Publié le 22/05/2014

Lutte contre la pauvreté, sécurité alimentaire, protection de l’environnement : tout est bon dans l’agro-écologie !

Dans le cadre de l’Année internationale de l’agriculture familiale, le Gret défend les agricultures familiales, seules à avoir une capacité de production suffisante pour nourrir le monde. 500 millions de petits agriculteurs produisant 50 à 70 % de l’alimentation mondiale ont pour double défi d’assurer leur propre sécurité alimentaire et de « nourrir les villes » dans des pays du Sud qui s’urbanisent à grande vitesse. L’agriculture familiale est également un vivier d’innovations contre la pauvreté et pour la préservation des ressources naturelles. Parmi ces innovations, l’agro-écologie. Dans des contextes où les agriculteurs font face à des sols dégradés ou à des conditions agroclimatiques difficiles, le Gret promeut des pratiques agroécologiques qui permettent d’augmenter la productivité de produits de meilleure qualité, tout en protégeant les ressources naturelles et la santé des agriculteurs, moins exposés aux intrants chimiques.

Les atouts de l’agro-écologie

Déforestation, dégradation de la teneur des sols en matière organique, baisse de leur capacité de rétention de l’eau, érosion, diminution de la biodiversité : dans de nombreuses régions du monde, les pratiques agricoles ne permettent pas de reproduire la fertilité du milieu. Les rendements agricoles ont tendance à stagner, voire à régresser. De nouvelles terres de forêts ou de savane sont mises en culture, aggravant le processus de dégradation des écosystèmes. Les diverses manifestations du changement climatique (précipitations abondantes, sécheresses, fortes chaleurs) accroissent aussi ces phénomènes. Bien souvent, les pratiques issues de la révolution verte (chimisation et motorisation de l’agriculture, irrigation à grande échelle, artificialisation accrue du milieu) ne permettent pas de compenser ces dégradations, voire même les aggravent. Elles contribuent à l’émission de gaz à effet de serres et peuvent contaminer l’environnement, les travailleurs et les produits agricoles.

Dans ce contexte, le Gret soutient et promeut l’agroécologie. L’agroécologie utilise les potentialités des écosystèmes plutôt que les apports extérieurs pour reproduire ou améliorer les potentialités productives de l’écosystème cultivé. Elle est autonome vis-à-vis des ressources non renouvelables, produit une alimentation diversifiée et de qualité, ne contamine pas l’environnement et les hommes, et contribue à la lutte contre le changement climatique. L’agroécologie permet également de maintenir ou de créer des emplois agricoles, et de développer de nouveaux modes de production d’échange et de consommation qui permettent tout au long des filières de diminuer le recours aux ressources non renouvelables, l’impact sur le changement climatique et les gaspillages. C’est une discipline scientifique dont le développement doit être soutenu, mais aussi un mouvement social en faveur d’une agriculture familiale valorisant les savoir-faire locaux.

L’agroécologie en pratique : les exemples du Cambodge et de Madagascar

Il existe une multitude de pratiques agroécologiques : le Gret rappelle l’importance de permettre aux agriculteurs de choisir les solutions les plus adaptées à leur situation, objectifs et contraintes. Plutôt que d’imposer une technique, il s’agit de commencer par des diagnostics participatifs et d’identifier les solutions possibles, puis de renforcer les capacités de choix des agriculteurs, de faciliter les échanges et de renforcer l’organisation des producteurs. Les savoir-faire locaux doivent être valorisés et l’échange entre agriculteurs est fondamental pour innover. Le Gret attache une importance particulière au lien avec les structures publiques d’appui au développement pour permettre une bonne intégration des interventions dans le contexte économique, social et politique local. Le lien avec la recherche expérimentale ne doit pas être négligé afin d’améliorer certaines innovations.

Au Cambodge, dans la province Siem Reap, le Gret veut améliorer les revenus et les conditions de vie des agricultures familiales, en partenariat avec l’organisation cambodgienne Cird (projet Apici). Dans cette région où domine la riziculture, le Gret et le Cird promeuvent depuis 2010 l’utilisation d’engrais verts et les rotations et associations de cultures, ainsi que la diversification des sources de revenus. Ils veulent améliorer l’accès aux produits végétaux locaux sur les marchés de Siem Reap, notamment par la mise en place de circuit courts qui permettent d’obtenir une marge plus élevée. Les collecteurs locaux, maillon essentiel de la chaîne de production, informent les producteurs sur les prix, la demande et les classifications de légumes, et les conseillent sur les techniques post-récoltes. Le projet concerne 10 groupes réunissant 200 producteurs de légumes et sept collecteurs locaux. Depuis 2010, le Gret a permis de dynamiser les récoltes de légumes pour les petits producteurs locaux : chaque mois, 34,8 tonnes de légumes (haricots, concombres, aubergines, etc.) sont disponibles sur les marchés de Siem Reap. L’appui des collecteurs locaux aux paysans a favorisé la diversification de la production des groupements de producteurs et un approvisionnement plus régulier toute l’année. La promotion des produits locaux durables et l’accès aux services de vulgarisation agricole ont encouragé un revenu économique stable pour les paysans. Voir l’interview

A Madagascar, le Gret veut améliorer durablement la sécurité alimentaire des populations rurales des régions Androy et Anosy (projet Soa), où la dégradation de la fertilité des sols menace les paysans. Pour améliorer la qualité des terres exploitables et permettre aux paysans de poursuivre leur production, le Gret encourage le développement des techniques agroécologiques en les associant au savoir-faire traditionnel local, selon une approche qui valorise les ressources territoriales. Différentes options agroécologiques sont proposées (rotations et associations de cultures, plantes de couvertures, compost, embocagement, etc.), en s’appuyant sur des paysans relais et sur le développement des échanges de paysans à paysans. 1 000 agriculteurs sont impliqués dans l’utilisation des pratiques agroécologiques, et 80 % d’entre eux estiment avoir réduit leurs pratiques de déforestation. En 2013, le Gret a créé le Centre technique de l’agroécologie du Sud (CTAS), ONG malgache qui va capitaliser ainsi l’expérience du Gret en agroécologie pour la région du grand Sud malgache, touchée par des sécheresses récurrentes. L’objectif à terme est de proposer aux paysans du Sud malgache des semences adaptées et les conseils pertinents pour le développement d’une agroécologie pilotée par l’expérience.

Du terrain à la recherche et aux politiques publiques

Le Gret s’attache à capitaliser sur ses pratiques et à contribuer aux politiques et pratiques de développement sur la base de ses constats de terrain et des résultats de ses expérimentations. Par exemple, le Gret a réalisé en 2012 un rapport de la Commission Agriculture et alimentation (C2A) de Coordination SUD sur l’agroécologie, qui met en évidence sa capacité à répondre aux grands défis du XXIe siècle : en termes économique, d’emploi, de sécurité alimentaire et d’environnement. En 2013, il a réalisé l’évaluation des actions soutenues au cours des 15 dernières années par l’Agence française de développement (AFD) en matière de pratiques agroécologiques de Semis sous couvert végétal (SCV ). Le Gret conduit également pour l’AFD une étude de faisabilité d’un projet d’appui à l’agroécologie dans la sous-région du Grand Mekong (Laos, Cambodge, Vietnam, Myanmar, Thaïlande, Yunnan), visant à favoriser la diffusion et une compréhension partagée des principes agroécologiques (agriculture biologique, agriculture de conservation, agroforesterie, SRI, IPM, etc.), dans une approche de transition agroécologique. Il facilite la déclinaison opérationnelle de ces principes dans les pratiques des opérateurs et dans les politiques publiques de la région.

Le Gret tire des recommandations de ces différentes études pour la promotion de l’agroécologie à un niveau global. Le développement de l’agroécologie implique de soutenir prioritairement les agricultures familiales : c’est seulement dans la mesure où celles-ci sont en bonne santé économique qu’elles peuvent se permettre d’investir dans des pratiques agroécologiques. Il convient d’intégrer dans les interventions en faveur du développement et dans les politiques agricoles des mesures spécifiques de soutien aux investissements dans l’agroécologie, de sécuriser l’accès au foncier, de garantir la cohérence entre droits collectifs (vaine pâture notamment) et pratiques agroécologiques, de promouvoir la génération de connaissances et de savoir-faire en matière d’agroécologie. Ce dernier point implique de repenser les systèmes de recherche et de conseil agricoles, en donnant un rôle central aux expérimentations paysannes et aux réseaux d’échanges de connaissances. Il est par ailleurs souvent nécessaire de prévoir des actions permettant de valoriser les produits issus de l’agroécologie (création de nouveaux débouchés, labels spécifiques, etc.). D’une façon plus globale, il importe que le soutien à l’agroécologie ne soit pas limité à une conception de « niches », mais que l’ensemble des diverses mesures des politiques agricoles tiennent compte de cet objectif de favoriser une agriculture plus durable.

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