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Publié le 01/10/2014

Agriculture familiale : le Gret auditionné dans le cadre de la mission du Cese

Le gouvernement a demandé au Conseil économique, social et environnemental (Cese) d’identifier les principaux outils sur lesquels les politiques publiques peuvent s’appuyer pour accompagner l’agriculture familiale, et les conditions à réunir pour créer un environnement favorable aux agriculteurs familiaux, qui leur permette de contribuer au développement durable de leur pays. Dans le cadre de cette mission, qui donnera lieu à un avis le 9 décembre prochain, le Gret a été auditionné le 23 septembre 2014 par la rapporteuse Martine Laplante.

Le Gret a rappelé que, si l’expérience française est particulièrement intéressante, elle n’était pas directement transférable dans les pays du Sud. Les contextes ne sont pas comparables, les questions foncières en sont l’exemple le plus prégnant. En revanche, l’expérience française a permis d’identifier certains facteurs de succès déterminants pour le développement des agricultures familiales : des prix rémunérateurs et stables avec un accès au crédit favorisé, des filières développées, des organisations paysannes jouant un rôle important dans le développement des filières pour éviter les déséquilibres entre leurs différents acteurs, l’existence d’organisations paysannes fortes qui ont eu du poids sur les politiques.

Le Gret a rappelé pourquoi il est primordial de soutenir l’agriculture familiale. Si ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir su répondre aux besoins alimentaires et promeuvent des modèles agricoles fondés sur l’agrobusiness, en réalité les deux modèles pour être comparables devraient l’être dans des conditions de santé similaires, avec des soutiens équivalents. Dans les endroits du monde où ces conditions sont réunies, les agricultures familiales ont apporté la preuve d’une valeur ajoutée bien supérieure à la grande agriculture à la fois en termes de sécurité alimentaire (les premiers touchés par la faim étant les agriculteurs eux-mêmes), de nutrition (diversité de la production agricole), de création d’emplois en milieu rural, indispensable dans un contexte de croissance démographique entraînant un exode rural aux conséquences dramatiques pour les conditions de vie des populations (bidonvilles en bordure de villes, etc.), et en matière d’environnement (reproduction de la fertilité des sols) ou d’adaptation aux changements climatiques.

Parmi les sujets évoqués par le Gret, des recommandations ont porté sur les politiques françaises de coopération qui devraient privilégier, en particulier :

  • la sécurisation des droits locaux à la terre, avec une élaboration concertée des politiques foncières et un appui aux organisations paysannes et de la société civile pour y prendre part. L’outil de l’AFD, Proparco, devrait être cohérent avec les objectifs de la politique française et ne pas favoriser les entreprises accaparant des terres dans les pays du Sud. Les recommandations du Comité foncier et développement dont le Gret assure le secrétariat technique et scientifique, en faveur d’un cadre d’évaluation de l’impact en termes de foncier de tout projet de développement, sont en particulier à suivre. Par ailleurs, ce type d’espace et de réflexion pluri-acteurs devrait servir de modèle pour d’autres thématiques.
  • L’appui aux investissements à la production et au filières agricoles, au-delà du tabou des subventions qui doivent être d’un niveau suffisant pour sortir de la crise,, et de l’accès au crédit. Il doit être noté que les caractéristiques actuelles des dispositifs de microcrédit (montants, taux d’intérêt) sont souvent adaptés à des besoins de court-terme, mais plus difficilement à l’investissement.
  • L’accès au marché, avec une dimension filières (chaine de valeur) à privilégier au-delà de la simple production agricole (stockage, transformation, distribution)
  • Le renforcement des organisations paysannes, condition pour l’amélioration de long terme de la position des agriculteurs dans les filières et pour une capacité d’influence sur les politiques agricoles.
  • L’impact positif que les projets d’appui à l’agriculture familiale peuvent avoir en termes de genre quand ils ciblent en particulier les femmes, en raison notamment de l’utilité sociale des revenus générés.
  • L’agroécologie et la valorisation des savoirs faires paysans sont des modèles à promouvoir, ce qui implique aussi une redéfinition du rôle de la recherche agronomique (accompagnement de dynamiques d’innovation, capitalisation, réponses à des problèmes spécifiques issus du terrain), redéfinition contradictoire avec les critères acteuls d’évaluation des chercheurs.
  • Les interventions en faveur de l’agriculture familiale doivent s’inscrire dans des dispositifs de longue durée.Les projets de développement devraient également être mieux instruits, avec une participation renforcée des acteurs locaux.
  • La cohérence est à assurer avec les autres politiques, en particulier commerciales internationales. Les récents exemples (Accords de partenariat économiques entre l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest, Alliance mondiale pour l’agriculture intelligente face au climat, etc.) ont fait l’objet de nombre d’alertes de la part des sociétés civiles en raison de leur mise en danger des agricultures familiales,
  • La nécessité d’études comparatives permettant de mettre en évidence les atouts de l’agriculture familiale en matière économique, sociale et environnementale par rapport à d’autres types d’agriculture, ainsi que de mieux analyser les conditions de son développement.

Voir la position du Gret sur l’agriculture familiale