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Publié le 27/11/2014

L’entreprenariat local pour lutter contre la malnutrition

En novembre 2014, le Gret a participé au Troisième congrès international de nutrition en santé publique, évènement scientifique de haut niveau organisé à Las Palmas de Gran Canaria. Le Gret a défendu le rôle de l’entreprenariat local dans la lutte contre la malnutrition dans les pays du Sud, en particulier dans le cadre de Partenariats public-privé.

Malnutrition et aliments de complément

Neuf millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans chaque année dans le monde, une fois sur deux à cause de la malnutrition. Dans la plupart des cas, la malnutrition est due à une alimentation de complément au lait maternel de faible qualité et à des pratiques d’hygiène et de soins inadaptées. Il est difficile pour les familles défavorisées de préparer des plats équilibrés (contraignant en termes de temps et d’argent, difficile à réaliser, matières premières pas toujours disponibles localement, etc.). Le marché des aliments de complément manufacturés apparaît comme une solution.

Le Gret et l’IRD (Institut de recherche pour le développement) ont élaboré un dispositif d’amélioration de l’alimentation infantile adapté aux populations pauvres, appliqué aujourd’hui dans une dizaine de pays du Sud. Il prévoit l’introduction entre le sixième mois et le deuxième anniversaire de l’enfant d’aliments de complément de qualité, en complément au lait maternel ; et non de substitution, l’allaitement maternel étant à promouvoir de façon exclusive jusqu’à six mois, et à poursuivre jusqu’à l’âge de deux ans et plus dans les pays du Sud. Ces aliments sont appropriés aux besoins nutritionnels de l’enfant, aux habitudes alimentaires des populations, ils répondent aux normes de qualité internationales et sont accessibles aux populations à bas revenus. Ces critères sont quasiment introuvables dans les pays du Sud, où le marché des aliments de complément est envahi par les grandes marques internationales souvent inaccessibles aux familles défavorisées. Convaincu que produire localement ces aliments en assurant leur commercialisation à un prix abordable permettrait une consommation accrue par le plus grand nombre d’enfants de manière durable, le Gret appuie le secteur privé local à jouer ce rôle dans la lutte contre la malnutrition.

L’entreprenariat féminin au Burkina Faso

Le secteur privé local des pays en développement peut relever le défi en utilisant des matières premières et équipements locaux afin de correspondre parfaitement aux habitudes d’alimentation locales et de réduire les coûts, et en capitalisant sur son réseau de distribution afin de couvrir le marché local. Ce marché ouvre des opportunités pour développer notamment l’entreprenariat féminin. Au Burkina Faso en 2014, le Gret teste avec le soutien de Find et de la Cartier Charitable Foundation, un modèle d’entreprenariat féminin expérimenté depuis 2012 pour la distribution d’une bouillie préparée dans les quartiers vulnérables de la capitale Ouagadougou.

« A partir de 4h du matin, les entrepreneuses sont debout et viennent au kiosque, elles nettoient et commencent à préparer la bouillie et à partir de 5h30 elles sont sur la route avec leurs charrettes ou leur vélos pour vendre, explique Noélie Ouedraogo, présidente de l’association Aseff. Dans la zone, les femmes vivent généralement de ramassage de sable, c’est donc une nouvelle activité génératrice de revenus. » Un dispositif qui permet souvent aux femmes d’augmenter leurs revenus : « Avant, je travaillais comme vendeuse dans un kiosque à café, raconte Kindo Maritou, vendeuse ambulante de Laafi Benre. Je gagnais environ 7 500 FCFA. Avec cette activité, j’arrive à toucher une rémunération de 15 000 FCFA, parfois 20 000 FCFA, ça me permet de participer aux charges de ma famille. » Mais l’impact ne se limite pas à l’aspect économique : « Cette activité me donne un travail, une raison de me lever le matin, déclare Sidonie Ouedraogo, gérante du kiosque de Bissighin en périphérie de Ouagadoudou. Je suis reconnue dans le quartier et les gens me demandent des conseils pour bien nourrir leurs enfants. » Les ventes ont déjà fortement augmenté mais des défis restent à relever pour autonomiser le dispositif et atteindre un niveau de rentabilité suffisant.

Des barrières pour le développement du secteur privé local

Encourager le secteur privé local ne suffit pas, il convient également de travailler à un environnement davantage favorable à sa mobilisation contre la malnutrition. Cela passe par la sensibilisation des populations mais également par un travail avec l’acteur public sur des politiques publiques favorables au développement du secteur privé local. En particulier, le Gret relève trois blocages majeurs.

Les bailleurs de fonds internationaux soutiennent peu à ce jour les activités de promotion des petites entreprises.

La confusion avec le débat international sur la promotion des aliments de substitut au lait maternel. Le Code de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) interdit la promotion de tout aliment de substitut au lait maternel, et de plus en plus de pays adoptent des décrets nationaux dans le but d’encadrer et de veiller à la bonne application de ce code. Si les aliments de complément au lait maternel ne sont théoriquement pas concernés, la confusion est régulièrement faite entre aliments de substitut et aliments de complément. C’est le cas du Myanmar, qui restreint de la même manière, dans une loi récente, la promotion des aliments de substitution au lait maternel et des aliments de complément. Cela peut bloquer tout développement d’une offre locale d’aliments de complément manufacturés.

Sur la question des normes, des recommandations et normes internationales de qualité strictes existent (Codes Alimentarius) mais elles sont peu connues et peu maîtrisées dans les pays en développement. Les normes nationales encadrant la production locale et la promotion de ce type d’aliments sont quasiment absentes et le consommateur ne dispose d’aucune garantie de qualité sur ce type de produits. Au Burkina Faso, le Gret a accompagné le gouvernement dans la mise en place de la première norme de qualité concernant les farines infantiles, créée le 23 avril 2014, avec une exigence de qualité nutritionnelle, microbiologique et physicochimique. Elle permettra de certifier des produits locaux de qualité.

Parce que le secteur de la lutte contre la malnutrition combine enjeu de santé publique et nécessité d’entreprenariat privé, le Gret recommande des stratégies basées sur les partenariats publics-privés.

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