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Publié le 29/04/2015

Climat et développement : les campagnes aussi ont droit à l’électricité !

1,3 milliards de personnes vivent encore sans électricité dans le monde selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dont 84% dans les zones rurales. Une situation qui concerne à 95% le continent africain. L’électrification est primordiale pour améliorer l’accès des populations aux services sociaux (santé, éducation, etc.), et pour le développement d’activités génératrices de revenus pour les populations isolées. A l’approche de la conférence climat de Paris qui abordera fortement ces questions d’accès à l’énergie, retour d’expérience du Gret à Madagascar.

L’électrification : un enjeu pour le développement et le climat

Alors que l’accès à l’énergie n’était pas affiché comme une priorité des politiques de développement promus par les Etats et les principaux bailleurs de fonds ces 20 dernières années, la donne est en train de changer. Les futurs Objectifs de développement durable (ODD) qui seront adoptés en septembre 2015 à New York, pour orienter les politiques de développement des 15 prochaines années, intègrent pleinement les enjeux énergétiques. L’objectif n°7 prévoit d’assurer un « accès universel à une énergie abordable, fiable, durable et moderne » d’ici 2030, en accentuant la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial. Malheureusement aucune priorité n’est pour l’instant donnée aux zones rurales. 2015 est également l’année de la 21e Conférence des Parties sur le Changement climatique, ou Cop 21, qui aura lieu en fin d’année à Paris. Cette conférence doit fixer le cadre de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui fera suite au Protocole de Kyoto. Le développement des énergies renouvelables est au cœur des stratégies de lutte contre le changement climatique, à la fois en remplacement des énergies fossiles utilisées encore majoritairement, mais aussi pour accroitre l’accès à l’électricité des populations encore non desservies. C’est dans ce contexte favorable à la reconnaissance des enjeux énergétiques que Jean-Louis Borloo a lancé depuis quelques mois son Initiative pour l’électrification de l’Afrique. Avec un objectif affiché d’électrifier intégralement le continent d’ici 2025, cette initiative entend mobiliser toutes les bonnes volontés et catalyser les financements, tant publics que privés. Si le Gret et plusieurs ONG énergéticiennes françaises s’intéressent à cette initiative, ils ont rappelé lors d’une rencontre avec les Maires africains organisée par Anne Hidalgo le 17 avril dernier que cette électrification doit se faire en associant pleinement des collectivités locales.
Lire la position de 4 ONG françaises sur cette initiative

A Madagascar : un service professionnel et abordable

A Madagascar, moins de 5% de la population rurale a accès à l’électricité. Les principales sources d’énergies sont le bois et le charbon pour la cuisine, le pétrole lampant pour l’éclairage et les piles électriques pour les postes de radio. Seuls quelques ménages, les plus fortunés, et les plus grandes échoppes des villages sont équipés de panneaux solaires ou de groupes électrogènes. Pour remédier à cette situation et améliorer l’accès des populations rurales à l’électricité, le Gret met en œuvre depuis 2008 le projet d’électrification rurale Rhyviere. Ce projet visait à tester des réseaux ruraux alimentés par des microcentrales hydroélectriques, dans un contexte institutionnel qui encourage les partenariats publics-privés. Trois réseaux hydroélectriques ont été conçus, permettant de desservir à termes 14 000 personnes réparties sur 5 communes.

Les populations rurales, souvent considérées à tort comme trop pauvres pour garantir la pérennité des réseaux électriques, sont en réalité capables et disposées à payer pour un service de qualité. L’hydroélectricité permet de proposer des tarifs plus faibles que pour les réseaux thermiques, mais néanmoins suffisants pour attirer des investisseurs privés et rentabiliser leur investissement. Avec des tarifs parmi les plus faibles du pays sur les sites concernés par le projet Rhyviere, les ménages n’hésitent pas à se raccorder. Les dépenses en énergie des ménages sont souvent inférieures à ce qu’elles étaient avant l’arrivée de l’électricité. Comme pour M. Randriamanjato, habitant de Tolongoina: « Depuis qu’il y a l’électricité fournie par la société SM3E, je suis vraiment satisfait. Ma dernière facture était de 58 000 AR [env. 19 €]. Ce n’est pas beaucoup comparé à mes dépenses en essence, qui atteignaient 80 000 Ar [env. 27 €] par mois. En plus il n’y avait pas toujours d’essence, mais maintenant  j’ai l’électricité 24h/24.» De nombreuses activités économiques peuvent également se développer, comme les décortiqueries pour le riz, les usines à bois, les ateliers de soudure, et toutes les activités de commerce et de transformation. Un atout majeur pour le développement économique des zones rurales.

L’enjeu majeur pour développer la filière est l’accès au financement des délégataires. Le cadre légal malgache prévoit en effet que les délégataires doivent investir au minimum 30% du coût des infrastructures, le reste étant apporté par des subventions de l’Etat. Cette règle est fixée pour que les délégataires s’approprient le service, et qu’ils fassent des efforts pour pérenniser les activités dans lesquelles ils ont investi leur temps et leur argent. Or le système bancaire malgache est encore très réticent à financer des entreprises qui veulent investir dans un secteur considéré comme risqué et peu rentable. Le développement de l’hydroélectricité est donc actuellement contraint par le manque de perspectives de financements externes disponibles pour les délégataires. Conscient de ces blocages, le Gret va organiser un 1er séminaire de travail avec les institutions publiques et les banques malgaches en mai 2015 afin d’identifier des pistes travail pour les mois à venir.

Energie, environnement et climat : une approche territoriale

Le Gret a démarré depuis décembre 2014 la deuxième phase du projet Rhyviere : vers une approche globale couplant développement, protection de l’environnement et lutte contre le changement climatique. En effet, en plus d’être confronté à un manque d’accès à l’électricité, Madagascar, qui est un « hot-spot » essentiel de la biodiversité, fait face à des enjeux majeurs de conservation de la biodiversité et de lutte contre la dégradation des terres qui touche particulièrement certaines zones montagneuses soumises à la déforestation. L’utilisation de l’eau des rivières pour produire de l’électricité est au cœur des problématiques de développement économique, de gestion des ressources naturelles et de lutte contre le changement climatique.

L’intégration de la dimension environnementale de l’hydroélectricité sera systématisée grâce à un volet environnement mené en partenariat avec l’IRD. Ce volet se concentrera à la fois sur les questions de partage de l’eau entre l’hydroélectricité et l’agriculture et sur la promotion de pratiques agricoles favorables pour garantir une qualité et une quantité d’eau suffisante pour l’hydroélectricité. Des dispositifs de Paiements pour services environnementaux (PSE) pourront également être testés localement, en concertation avec les populations locales, afin de faire le lien entre les pratiques agricoles et la préservation de la ressource en eau pour l’hydroélectricité. Alors que l’utilité et l’efficience des PSE est de plus en plus questionnée, le Gret souhaite démontrer que de petits dispositifs de paiement pour services environnementaux peuvent être adaptés aux problématiques locales. A condition que ces dispositifs permettent une réelle adaptation des pratiques agricoles vers la protection de l’environnement, qu’ils soient équitables pour les petits agriculteurs ruraux, en leur garantissant des revenus aux moins équivalents à ceux qu’ils touchaient avant de modifier leurs pratiques, et qu’ils soient accompagnés de dynamiques de sensibilisation fortes pour garantir un réinvestissement des revenus générés favorable à l’environnement ! L’intégration de ce volet environnement est primordial étant donné le contexte malgache où la pression sur les ressources naturelles est très importante, et alors que le pays doit adapter son agriculture aux évolutions liées au changement climatique. L’approche développée par le Gret sur le projet Rhyviere II permet de montrer, à l’approche de la Cop 21, que développement économique et lutte contre le changement climatique ne s’opposent pas, et peuvent même constituer les deux axes majeurs d’un même projet de terrain au service des populations locales.

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