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Publié le 10/06/2015

En direct de Bonn: où en sont les engagements des pays francophones?

A Bonn, lors des Intersessions climat, pas une journée ne passe sans session dédiée aux recommandations sur la manière de concevoir, pour les pays, les INDC (contributions nationales pour le climat que chaque pays doit rendre en octobre en amont de la Cop 21 pour faire part de ses engagements en matière d’atténuation et d’adaptation). Sans grille commune ni consignes, chaque pays conçoit sa feuille de route indépendamment des négociations, avec pour enjeu la compilation des engagements et leur validation après Paris. Les pays ayant déjà rendu leur copie (11 INDC représentant 39 pays car l’Union européenne a déjà contribué représentant 28 pays) parcourent les tables rondes pour partager leur processus, méthodologie et engagements, aux pays n’ayant pas encore finalisé le processus. Le 10 juin, lors des Intersessions climat de Bonn avant la Cop 21 de Paris, une table ronde à l’initiative de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) a rassemblé une cinquantaine de personnes de nombreux pays francophones et en particulier de pays en développement pour faire le point sur l’avancée des INDC des pays francophones.

Pierre Radanne, expert climat, a défini les INDC comme des stratégies de développement pour construire l’avenir. Les enjeux sont de dépasser l’approche projet par projet du Mécanisme de développement propre (MDP), d’identifier les progrès possibles du point de vue des pays) et de prendre en compte la diversité des contenus à intégrer (méthodologies MDP, Namas, dispositions législatives, acteurs économiques et sociétés civiles, structure de pilotage nationale). Beaucoup d’INDC se cantonnent à des affichages globaux sans expliquer le comment. Une trajectoire de développement convergente peut permettre une relance économique mondiale, une vague d’investissements qui amène emploi, revenus et tire la consommation.

Energies 2050 a remis en question la méthodologie pour la réalisation de ces INDC : la liberté laissée à l’ensemble des pays, en parallèle de négociations climat sur des mesures d’accompagnement et sur les engagements pour 2020, dans un contexte de conférences d’Addis Abeba sur le financement du développement et à New York sur le Post 2015…  Passant au crible les 11 INDC transmises (Suisse, UE, Norvège, Mexique, USA, Gabon, Russie, Leichtenstein, Andorre, Canada, Maroc), il constate différentes trajectoires:

  • les périodes de référence sont différentes d’un pays à l’autre (1990, 2000 à 2014)
  • les objectifs d’atténuation des pays en développement présentent deux options: inconditionnels (business as usual) et conditionnels en fonction d’aides financière et technologique adaptées
  • la Suisse, l’UE, la Norvège, les USA et le Canada ne font pas mention de mesures d’adaptation.

L’expert recommande aux pays en développement de ne pas chercher d’objectif atténuation et de privilégier les secteurs favorisant l’organisation des acteurs et le renforcement de capacités.

Le Gabon, qui propose la création d’un Fonds national de développement durable, a rendu un INDC parmi les plus ambitieux. Il a présenté sa stratégie basée prioritairement sur la lutte contre la déforestation/dégradation des forêts secteur le plus important des émissions au Gabon (60%). Le pays pourrait réduire les émissions de 31% entre 2010-2025 en fonction des aides nécessaires. Parmi les mesures, un plan d’affectation des terres localise les terres favorables à l’agriculture. Le Maroc a également présenté sa stratégie, issue de deux ans de travail depuis la 3e communication nationale et concernant tous les secteurs. Selon le scénario, l’objectif conditionnel est de -32% (coût 45 milliards $ pour 54 mesures) et l’inconditionnel est de -13% de réduction des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030. En particulier, l’énergie a été identifiée comme le premier secteur émetteur (50%) et implique la transition du pays vers les énergies renouvelables. L’agriculture représentant 26% des émissions fait également l’objet de mesures dans le cadre du Plan Maroc vert agriculture, avec un enjeu de l’eau important (l’agriculture marocaine représente 80% de l’eau disponible).

Le débat avec la salle a abouti au consensus que les INDC sont d’abord des plans de développement pour les pays en développement, au delà des enjeux climat.