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Publié le 25/06/2015

Climat : la température monte, le calendrier s’accélère

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la 21e Conférence des parties sur le changement climatique (Cop 21) réunira à Paris les Etats membres des Nations unies vers le premier accord contre le dérèglement climatique répondant à quatre piliers : juridiquement contraignant, universel, différencié et ambitieux. Dans une année qui cumule les rendez-vous majeurs pour le développement, le Gret apporte ses recommandations d’ONG de développement solidaire aux débats sur le climat et fait le point, de retour des Intersessions de Bonn et des journées Désertif’actions à Montpellier en juin 2015.

Climat et développement : des négociations indissociables

Parce qu’il génère sécheresse, pluies diluviennes, épisodes climatiques extrêmes… le dérèglement climatique est un facteur d’aggravation de la pauvreté et un accélérateur d’inégalités. Il accroît le fossé entre ceux qui ont les moyens de s’y adapter et ceux qui ne les ont pas. Les pays en développement le rappellent : les pays riches se sont développés grâce aux énergies fossiles et consomment les productions des pays émergents. Les limites de l’ère de l’anthropocène, où l’humanité agirait comme une force géologique par l’exploitation des ressources, montrent la nécessité de sortir d’un modèle linéaire fondé sur la croissance et la consommation. La voie de la prospérité des pays riches doit laisser la place à d’autres modèles relevant d’une économie « décarbonée ».

En cette année de définition des Objectifs du développement durable (ODD), de débats sur leur financement et d’affirmation de leur universalité, les solutions climat doivent intégrer les trois piliers du développement durable (économique, social et environnemental), respecter les spécificités des territoires et permettre la relocalisation territoriale de l’économie au service du développement. « Re-territorialiser » les réponses au dérèglement climatique nécessite de se doter d’outils adéquats d’aide à la planification tenant compte des incertitudes.

Face aux enjeux, les moyens publics restent en deçà des besoins évalués en milliers de milliards de dollars. Récemment auditionné par le Sénat français, le Gret a rappelé que les financements climat octroyés par l’Agence française de développement concernent pour les trois quarts les pays émergents, sous la forme de prêts concessionnels et visant l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L’urgence est au financement de l’adaptation au dérèglement climatique dans les pays les moins avancés, en particulier via l’instrument subvention indispensable pour financer la recherche d’innovations. La France veut mobiliser 100 milliards de dollars par an d’engagements internationaux dans le Fonds vert mais avec quelles conditions d’accès et quelle part de financement privé ?
Le Gret plaide pour des engagements climat compatibles avec les enjeux de développement. Il recommande en particulier de :

  • garantir la compatibilité des engagements climat et développement, qu’il s’agisse des solutions (atténuation-adaptation), des financements et des politiques publiques ;
  • mobiliser l’instrument subvention sur la durée nécessaire à l’incubation et à l’expérimentation (10-15 ans) de modèles innovants et pérennes ;
  • financer la recherche-action en matière de diagnostic de vulnérabilité aux dérèglements climatiques et de suivi-évaluation de l’impact social et environnemental des projets ;
  • soutenir des démarches de planification au niveau territorial pour garantir des solutions adaptées, socialement acceptables, et pérennes grâce à une gouvernance partagée.Le Gret dispense des recommandations issues de son expérience de terrain dans quatre secteurs en particulier : la sécurité alimentaire, les financements innovants pour la protection des forêts, les énergies renouvelables et les villes.

Voir la position du Gret

Bonn : préparer Paris, en douceur…

Du 1er au 11 juin 2015, les négociations intermédiaires de la Convention des Nations unies sur le climat se sont tenues à Bonn en Allemagne. A l’agenda : la préparation de l’accord qui sera négocié à Paris, avec des options et des sous-options à trancher au sein du texte de 86 pages sorti des négociations de Genève en février 2015. Le résultat des deux semaines de négociation est mitigé : des avancées en matière de Redd+ (mécanisme financier pour réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts), une confiance acquise selon Laurence Tubiana, l’Ambassadrice française, mais peu de raccourcissement significatif du texte d’accord pour Paris, et un manque de coordination entre les processus (négociations officielles d’un côté, contributions nationales non engageantes de l’autre [INDC] sans méthodologie commune, et enfin agenda des solutions encore en construction). Les derniers mois avant la Cop 21 seront décisifs pour prendre des décisions politiques vers un accord juridiquement contraignant à Paris. Voir la position portée par les ONG françaises à Bonn.

Le Gret a suivi les négociations à Bonn et en particulier échangé avec les négociateurs des pays où le Gret travaille de longue date. (Voir interview des négociateurs malgache et mauritanien) Les INDC (contributions nationales que chaque pays doit rendre en octobre pour faire part de ses engagements en matière d’atténuation et d’adaptation) sont envisagées, pour les pays en développement, davantage comme des feuilles de route développement que des engagements climat. L’analyse des copies déjà rendues (11 INDC représentant 39 pays avec l’Union européenne) montre que les pays en développement proposent des stratégies fortement axées « adaptation » avec des objectifs d’atténuation conditionnés à des aides financière et technologique adaptées. L’exercice reste non contraignant et parallèle au processus officiel et aux financements.

Désertif’actions : climat et sécurité alimentaire en zones sèches

En parallèle des négociations officielles à Bonn, se tenait à Montpellier la rencontre internationale Désertif’actions à Montpellier du 10 au 13 juin 2015, à l’initiative du Cari et en présence de 300 acteurs de la société civile issus de plusieurs dizaines de pays et engagés dans la lutte contre la désertification. Quatre experts du Gret de quatre pays (France, Myanmar, Madagascar et Mauritanie) ont participé aux débats, préparés par un atelier régional et dix ateliers nationaux, dont un au Burkina Faso auquel le Gret a contribué, ainsi que des échanges sur un e-forum. Dans sa déclaration finale, les participants se sont accordés sur les recommandations suivantes :

  • Garantir des politiques publiques intégrant l’agroécologie, l’agropastoralisme, protégeant et encourageant l’agriculture familiale et garantissant le droit à l’alimentation défini par les Nations unies.
  • Ne pas utiliser des nouveaux concepts comme l’Agriculture intelligente pour le climat (CSA) et la neutralité en matière de dégradation des terres (LDN) pour promouvoir l’accaparement des terres, l’utilisation des OGM ou des produits chimiques.
  • Reconnaître les organisations de la société civile comme parties prenantes dans les processus de prise de décision aux niveaux local et national, et pas seulement au stade de la mise en œuvre des décisions et plans d’action.
  • Garantir une synergie efficace entre les trois Conventions de Rio, particulièrement au niveau de leur mise en œuvre au niveau national.
  • Inclure dans le futur accord adopté par la Cop 21 sur le changement climatique, le financement pour l’agriculture familiale et l’adaptation à base communautaire tout en évitant de renforcer les fausses solutions.
  • Utiliser les divers fonds publics ou privés sur la base de règles préalablement décidées et approuvées avec la société civile.

Voir l’affiche sur l’agroécologie en zone sèche du Gret

Prochain rendez-vous pour le climat : le Sommet climat et territoire à Lyon les 1er et 2 juillet, avec la participation du Gret dans le cadre d’un groupe de travail du Partenariat français pour la ville et les territoires (PFVT), visant à définir une position française pour la Cop 21 sur villes et climat.

En savoir plus : www.gret.org/cop21