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Publié le 11/06/2015

En direct de Bonn: Trois questions à Dr Hery Rakotondravony, Directeur du Bureau National de Coordination des Changements Climatiques à Madagascar

Alors que les Intersessions climat de Bonn vers la préparation de l’accord de la Conférence de Paris (Cop 21) se terminent ce 11 juin 2015,  entretien avec le négociateur malgache, Dr Hery Rakotondravony, Directeur du Bureau National de Coordination des Changements  Climatiques à Madagascar.

Quelles sont les conséquences du  changement climatique à Madagascar ?

 Les impacts du changement climatique dans notre pays sont de plus en plus intenses. Lors de la dernière saison cyclonique, la capitale, Antananarivo, a vu ses vallées inondées à 35%. Le lien entre protection des bassins versants et inondations est très net. Les forêts qui servaient dans le temps à alimenter les grandes villes de Madagascar n’existent plus aujourd’hui. Lors de la dernière saison cyclonique, la vitesse de ruissellement intense liée à la déforestation a fait céder trois digues dans la capitale, et pour de nombreuses fois, des mesures ont été prises pour limiter les pertes en vies humaines causées par les risques d’éboulement ou de chute d’arbres. Ceci est accentué par le fait que plus de 50% des habitations de la capitale sont en zone inondable. Nos villes côtières sont aussi particulièrement vulnérables au changement climatique. Avec la montée du niveau de la mer, la ligne côtière de Madagascar se redéfinit. Les ressources en eau se raréfient en raison du réchauffement climatique et certaines villes ne peuvent plus répondre aux besoins en eau des habitants : c’est le cas de Diego ou d’Antananarivo, par exemple. La gestion des déchets devient une problématique urgente. Enfin, les maladies comme le paludisme s’installent sur les Hautes Terres Centrales si elles étaient auparavant limitées aux zones de plus basses altitudes. En milieu rural, les risques sont importants. Notre pays insulaire s’est éloigné de la grande terre depuis 80 millions d’années donc la biodiversité est fragile : l’agroécologie, la biosécurité, sont des enjeux majeurs. Notre politique d’Etat doit être forte en termes de développement, de gestion des villes inondables, de politiques urbaines et forestières.

Quelles mesures prend le pays et que prévoyez-vous pour votre contribution nationale (INDC) dans le cadre de la Cop 21?

Nous nous sommes dotés d’un Bureau national de coordination des changements climatiques au sein du Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie, de la Mer et des Forêts. Cette nouvelle structuration permet de favoriser la coordination et le partenariat dans le domaine transversal qu’est le changement climatique. Dans le cadre de la préparation de notre contribution nationale [NDLR : Intented Nationally Determined Contributions], nous avons organisé deux ateliers préliminaires, l’un intergouvernemental et l’autre ouvert à toutes les parties prenantes (société civile, ONG, universités). Des ateliers régionaux suivent dans six grandes villes de Madagascar pour poursuivre la démarche d’identification des actions, ainsi qu’un atelier national de validation. Notre INDC est préparé avec le soutien de l’Agence Française du Développement, qui tiendra compte des résultats de ces ateliers auxquels nous souhaitons que le Gret puisse participer pour apporter ses expériences. Nous prévoyons pour l’adaptation cinq secteurs prioritaires (agriculture, santé, ressource en eau, zones côtières et foresterie/biodiversité). Depuis 2012, l’urgence est de pérenniser les infrastructures publiques (notamment les routes) face aux conséquences des changements climatiques. En termes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, deux principaux secteurs les plus émetteurs ont été identifiés : la foresterie et l’énergie. L’agriculture est également émissive de par la manière traditionnelle dont nous cultivons le riz à Madagascar (riziculture inondée).

Sur l’énergie et les ressources naturelles, quels sont vos acquis ?

Nous menons des initiatives à Madagascar contre le changement climatique mais nous manquons de communication et de visibilité. Par exemple, deux projets démarrent en matière d’adaptation et un projet est en cours de constitution sur l’hydro-électification rurale, une de nos priorités. Nous allons développer le secteur énergie, au-delà des actions que nous menons depuis 10-15 ans déjà sur les énergies renouvelables. Nous avons une vision en réseau pour couvrir l’ensemble du territoire, en lien avec les partenaires de la recherche. Evidemment, on ne peut  pas parler énergie sans parler ressources naturelles et en particulier des forêts. Notre nouveau ministre, M. Ralava Beboarimisa, a parmi ses priorités la reforestation massive de Madagascar. Les besoins de charbon de bois à Antananarivo sont de 150 à 200 000 tonnes par an. A Madagascar, 92% de l’énergie utilisée vient de la biomasse tandis que nous avons 7,8 GW de potentiel hydroélectrique. La question foncière se pose tout particulièrement : comment inciter les habitants vivant dans les parcelles des montagnes à protéger les ressources, à reforester pour créer des régions vertes ? Ce n’est pas les expériences et les initiatives qui manquent à Madagascar, mais plutôt la coordination et les moyens de pérennisation des actions.