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Publié le 10/06/2015

En direct de Bonn: Trois questions à Sidi Mohamed El Wavi, point focal climat en Mauritanie

Trois questions à Sidi Mohamed El Wavi, point focal climat en Mauritanie

En direct des négociations climat de Bonn en juin 2015 vers la Conférence de Paris fin 2015 (Cop 21), le point sur les négociations avec Sidi Mohamed El Wavi, Point focal de la Convention climat et Coordonnateur du programme national  sur le changement climatique au Cabinet du Ministre de l’Environnement et du Développement Durable en Mauritanie.

Quelle contribution de la Mauritanie à la lutte contre le changement climatique ?

La Mauritanie, qui vit depuis longtemps les effets du changement climatique, donne depuis ces derniers temps une importance capitale à l’environnement, à travers la création depuis 2008 d’un département ministériel à part entière pour l’environnement et depuis 2009 d’une cellule changement climatique au sein du cabinet du Ministère de l’Environnement, avant la Conférence de Copenhague. Le climat est un dossier transversal dont la conscience nationale et la prise en charge par les pouvoirs public progresse nettement, ainsi nous avons installé un réseau de 15 points focaux sectoriels climat dans chacun des ministères, qui bénéficient de formations et participeront à la réalisation de l’INDC [Intended National Determined Contribution], contribution nationale que chaque pays doit rendre en octobre en vue de la Conférence climat de Paris pour communiquer sur ses objectifs et engagements en termes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Cela ne sera pas notre premier exercice, nous avons déjà transmis trois communications et étions le premier pays africain à le faire.

Le processus des INDC est intéressant mais il n’est pas contraignant. Tout engagement, s’il n’est pas contraignant, a ses limites. Le président Hollande a « arraché » au G7 des engagements de 40 à 70% de réduction des émissions à horizon 2050 : c’est une bonne nouvelle, mais les annonces seront elles suivies d’effet ? Les pays en développement ne doivent pas être le « sandwich » que l’on presse pour compenser le manque d’engagement des pays grands pollueurs.De même, certains « nouveaux concepts » paquettent en réalité des concepts existants. Par exemple, l’Agriculture intelligente face au climat : l’ »intelligence » n’est pas nouvelle, elle réside dans les pratiques paysannes ancestrales.

Quels enjeux sur la question des énergies renouvelables en Mauritanie ?

En Mauritanie, nous allons focaliser le rapport des INDCs sur la contribution de secteurs clés comme   les secteurs de l’habitat et de l’hydraulique pour l’adaptation, et de l’agriculture et de l’énergie pour l’atténuation. La Mauritanie est un grand pays avec des habitants dispersés sur le territoire qui ne peuvent pas être desservis avec le réseau conventionnel. C’est pourquoi nous avons plusieurs projets en cours d’accès à l’énergie impliquant des énergies renouvelables en milieux rural et urbain  : foyers améliorés financés par le Fonds d’adaptation dans 100 sites sur 8 régions, énergie solaire éolienne (100 MWatt cumul attendu fin 2015) pour ne citer que ceux là. J’ai vu aussi le projet Typha du Gret, de valorisation de cette plante invasive en charbon en alternative à la déforestation. Je connais bien le sujet puisque j’ai moi-même présidé le réseau de biosphère transfrontalière avec le Sénégal. La gestion du typha est une grande problématique et ce projet est intéressant parce qu’il permet à la fois de répondre à un enjeu de développement, de sécurité énergétique, et de contribuer à l’adaptationau changement climatique et à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre en offrant une alternative à la déforestation. Il reste à prouver les conditions de sa rentabilité : une solution pour être bonne doit également être rentable et attirer des investisseurs.

Quel regard portez-vous sur les négociations qui se déroulent actuellement à Bonn ?

Nous sommes sortis de Lima [NDLR : Cop 20 en 2014] avec un texte de moins de 80 pages. A Genève, nous sommes passés à 160 pages, avec des passages où nous avons parfois 12 options ! A Bonn, on a du mal à descendre. Un coup de pouce politique est nécessaire car les négociations rassemblent des techniciens qui reflètent les positions de leur pays et sont vigilants à chaque option. La France en tant que pays hôte doit prévoir dans le processus un niveau politique intermédiaire, avant Paris, pour impulser les négociations. C’est l’erreur que nous avions fait à Copenhague. Il y a deux enjeux clés : l’atténuation et les financements : qui donne quoi, comment et quand ? C’est éminemment politique, d’autant qu’on parle de 100 milliards par an alors que le Fonds vert peine à en mobiliser 10 Milliards à ce jour. La solution intermédiaire de confier la réduction du texte aux coprésidents, la deuxième semaine de négociations, pour simplifier le projet d’accord est bonne, mais elle risque de ne pas suffire si le niveau politique n’est pas sollicité à temps. La France a un rôle majeur dans la réussite du processus.