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Publié le 26/11/2015

Etude : quelle implication des entreprises dans la coopération au développement ?

Le Gret a mené pour le compte du Ministère français des Affaires étrangères et du Développement international (Maedi) un travail de réflexion sur l’implication des entreprises dans la coopération au développement et la solidarité internationale. Cette étude contribue à la stratégie française en phase finale d’élaboration et, espérons-le, bientôt validée, en faveur de l’économie sociale et inclusive. Zoom sur quelques idées saillantes du rapport, disponible en version intégrale.

L’approche de la coopération au développement doit évoluer pour répondre à l’évolution du contexte international, marqué par des changements géopolitiques, de conjoncture en Afrique sub-saharienne comme en Europe et par la prise en compte des inégalités dans la lutte contre la pauvreté.  Au total, le «Nord» et le «Sud» affrontent des enjeux communs : il vaut mieux parler de coopération plutôt que d’aide. D’autre part, la prise en compte des inégalités, le besoin d’une économie « décarbonée » et réactive face aux excès de la financiarisation,  ont fait apparaitre un quasi-consensus pour une croissance inclusive et durable que le rapport pose en référence pour des mesures en faveur de l’entreprenariat social.

I/ La politique d’aide au développement peut évoluer en faveur de l’économie sociale et inclusive. Le rapport préconise d’adopter une approche systémique de l’entreprenariat social qui recherchera les arrangements institutionnels pour réguler les confrontations entre les intérêts et les rapports de pouvoir.  Qui reconnaîtra l’intérêt pour les grandes entreprises d’agir dans leur cœur de métier tout en restant vigilant face aux difficultés pour toucher les segments de population les plus démunis avec une logique entrepreneuriale. Qui conviendra que la rentabilité n’est pas facile à atteindre et reste modeste quand elle l’est.  Qui fera de la coalition d’acteurs (pouvoirs publics, entreprises, acteurs de la société) un enjeu pratique déterminant.

II/ La Responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) peut contribuer à l’économie sociale et inclusive en reconnaissant qu’elle sert la performance économique, et en accompagnant le principe de l’adoption volontaire des normes de la RSE par des mesures gouvernementales incitatrices, facilitatrices, voire législatives. Des réformes de gouvernance peuvent être nécessaires à la prise en compte de la diversité des parties prenantes. Le rapport préconise de clarifier la distinction entre une RSE de modernisation qui construit des compromis sans toucher aux fondamentaux du système et une RSE de rupture qui construit des institutions renouvelant les règles collectives.  Enfin, on a besoin de l’action diplomatique à l’échelle internationale  pour favoriser une compétitivité équitable.

III/ La diplomatie économique peut contribuer à l’économie sociale et inclusive, en plaidant en faveur des modèles de croissance inclusive et durable et pas seulement des intérêts français, en étant plus diplomatique qu’économique, en reconnaissant que la croissance inclusive et durable a des adversaires et des risques d’ambigüités, et en promouvant dans les négociations bilatérales et multilatérales des arrangements institutionnels novateurs entre le marché et la solidarité, entre l’économique et le social, entre le profit et l’éthique, entre la philanthropie et le « business ».

IV/ L’étude propose huit champs d’action pour la politique de coopération française en faveur de l’économie sociale et inclusive : plaidoyer, engagement diplomatique, coalitions, capitalisation d’expériences, réforme de la fiscalité, soutien de processus de « soft law », financement de l’entreprenariat social et promotion des outils de mesure.

Lire le rapport complet de Marc Lévy, directeur de la prospective au Gret : Entreprises privées, Développement et Solidarité internationale