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Publié le 07/12/2015

Dans les couloirs de la Cop 21 : rencontre avec Dr Hery Rakotondravony, directeur du Bureau de Coordination des Changements Climatiques de Madagascar

Vendredi 4 décembre 2015, après une semaine de Cop 21, entretien avec Hery Rakontondravany, directeur du bureau national du changement climatique à Madagascar et point focal climat, au cœur des négociations.

Comment se passe les négociations sur l’accord ?

Demain, nous transmettons le texte aux ministres alors cela s’accélère. Madagascar fait partie des pays qui défendent l’objectif de ne pas dépasser l’augmentation de la température de 1,5°C à moins de 2 °C. On se base sur les cinq principes de la Convention, et cela implique une prise de responsabilité historique, surtout des pays développés.

Comment Madagascar s’engage ?

Dans notre contribution nationale (INDC) les moyens financiers prévus concernent à 14% la réduction de l’émission des émissions des gaz à effet de serre et 86% pour l’adaptation. On essaie de combler les déficits nationaux en termes de besoin d’adaptation. Le coût que nous avons évalué est certes élevé par rapport au PIB du pays, mais il reflète les besoins nationaux réels. L’estimation faite par les économistes ont été confrontés avec une exercice basée par les programmes actuellement mis en œuvre par le Bureau National de Coordination des Changements Climatiques, et les deux évaluations ont arrivé à des chiffres similaires.

On parle pour certains pays d’engagements nationaux inférieurs à ceux qui sont prévus universellement, qu’en est-il pour Madagascar ?

Depuis le début du processus, on s’est dit qu’il nous faudrait revoir notre INDC pour progresser vers un meilleur équilibre atténuation/adaptation. Ce n’est pas seulement l’enjeu de qui va gagner sur le plan international qu’on devrait avoir en tête, mais bien une prise en compte écologique, du respect de l’environnement au niveau de notre bilan carbone. On s’est fixé des cycles de 5 ans pour coller avec notre agenda de développement, il se trouve que les autres pays africains ont suivi. D’ici 5 ans, on fera un bilan et pour viser un niveau plus ambitieux.

La sécurité alimentaire n’est toujours pas dans l’accord : qu’en pensez-vous ?

Cela part, cela revient… On discute sur l’insertion de sécurité alimentaire dans l’Accord. Pour nous à Madagascar, c’est une question cruciale. On a des problèmes d’ensablement, 100 000 hectares de cultures ensablées chaque année, et aussi un changement de calendrier cultural à cause des modifications du rythme des pluies. Pour assurer notre sécurité alimentaire, on a dû réagir et créer le Modèle intégré de riziculture résiliente, mis en œuvre actuellement dans le premier grenier à riz de Madagascar, auquel s’est inspiré un programme international, l’Africa Rice. Le programme consiste à produire au niveau national des semences résilientes qui ont besoin de 90 jours pour donner du riz au lieu de 180 jours habituellement. Nous produisons également des fertilisants avec les résidus agricoles, et nous appuyons des groupements de paysans qui fabriquent des semences, produisent les fertilisants, travaillent sur le volet commercial. Cela fonctionne très bien, on vient d’être évalué il y a trois semaines, et notre unité de coordination fait partie des meilleures en Afrique en matière d’application effective des moyens d’adaptation et de bonne gestion financière. Par contre on manque de moyens et on n’arrive pas à répondre au quart des besoins (semences, engrais, plantules, renforcement de capacités) sur initiatives innovantes.

Le Fonds vert, cela va répondre aux besoins ?

On est en train de monter notre premier programme pour le Fonds vert, très ambitieux, qui devrait répondre aux besoins de trois régions particulièrement vulnérables et porteuses de l’économie nationale. En particulier, nous voulons mobiliser le potentiel des énergies renouvelables et doubler le nombre de populations desservies par les services d’électricité. Par contre nous avons un vrai souci avec les discussions récentes et la « banquisation » du Fonds vert. En 2009, à Copenhague, le fonds annoncé devait être constitué de fonds publics des pays développés pour permettre aux pays en développement de s’adapter au changement climatique et de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Juste avant son  opérationnalisation sont apparues des annonces avec la contribution du secteur privé et maintenant on demande aux pays en développement de contribuer : c’est totalement contradictoire avec l’esprit de la Convention de 1992 et le Principe 21 du droit international de l’environnement. Certains pays en développement au sens de la définition des Nations unies sont en effet fortement émetteurs mais il nous faut nous asseoir autour de la table pour savoir quelles seraient les solutions possibles de consensus. Il y a un vrai manque de volonté politique.

Mais concrètement, les fonds mis à disposition financeront les actions dont vous avez besoin ?

Dans les faits, on se retrouve avec des pays responsables des dommages qui demandent à ceux qui subissent de se donner les moyens de régler le problème. Envoyer des consultants, ce n’est pas du développement. Il faut former les agents de l’administration publique, les renforcer. Sinon cela n’est que du maintien de la dette sans développement possible. Nous voulons un accès direct au Fonds vert, nous avons fait nos preuves sur nos capacités à mener des projets d’adaptation. Il faut une appropriation nationale et un appui des Nations unies pour vraiment contribuer au développement de Madagascar.