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Publié le 04/12/2015

En direct de la Cop 21 : 3 questions à Mariline Diara, directrice de l’Environnement et des Etablissements Classés au Sénégal et point focal changement climatique

Géologue de formation, Mariline Diara est directrice de l’Environnement et des Etablissements Classés au Ministère de l’Environnement et du Développement durable du Sénégal et point focal changement climatique de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques pour le Sénégal. Elle témoigne sur la mobilisation de la Direction de l’Environnement à la Cop 21 à Paris.

Quelles conséquences percevez-vous au Sénégal du dérèglement climatique ?

L’expression « dérèglement climatique » est bien choisie : elle est plus satisfaisante que le réchauffement climatique car elle permet d’englober aussi ses conséquences comme l’effet des houles sur les littoraux et les aléas climatiques. Le Sénégal y est confronté en tant que pays sahélien et en tant que pays côtier. Dans les terres, nous subissons une aridité croissante avec des saisons des pluies de plus en plus courtes et tardives, ce qui a des conséquences sur l’agriculture ou l’approvisionnement en eau, par exemple. Sur la côte, nous sommes confrontés au phénomène d’érosion et à l’invasion saline sur les terres qui deviennent incultivables. Les hôtels doivent fermer dans des zones balnéaires car la plage disparait. Sous l’effet de la houle, plus de 200 maisons sont parties à la mer en novembre 2015 et nous déplorons trop souvent des pertes humaines chez les pêcheurs. Il faut noter que le Sénégal compte plusieurs îles, des territoires par nature vulnérables aux changements climatiques. Lors de la saison des pluies des quartiers entiers sont inondés dans différentes villes du pays et le long des routes les zones d’excavation de matériau, non réhabilitées, remplies d’eau associés sont parfois à l’origine d’accidents tant humains que pour le bétail. A plus long terme, une étude de la direction de l’environnement financée par la Banque Mondiale prévoit un scénario catastrophique du côté de Saint Louis en 2080.

Comment le Sénégal fait face au changement climatique ?

La contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN) que nous avons rendue dans le cadre de la Cop 21 nous a été très utile. Nous avons pu revoir le Plan Sénégal Emergent avec une lecture « climat » et en faire évoluer certains points pour l’inscrire davantage dans le développement durable. Par exemple, on avait visé un objectif de mix énergétique qui reposait en partie sur des centrales à charbon et suite à la CPDN nous nous sommes davantage orientés vers les énergies renouvelables : désormais d’ici 2020 nous misons 40% d’énergies renouvelables et non plus 15-20%. Nous travaillons aussi sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments à travers notamment l’utilisation du typha comme isolant et l’architecture en voûte nubienne. L’érosion côtière est une de nos priorités aussi , et nous sensibilisons à Paris les bailleurs de fond sur un projet d’observatoire du littoral pour une gestion intégrée des zones côtières (infrastructures, érosion, système d’alerte précoce, relogement des populations impactées, drainage des canaux, gestion des déchets, …). Cette action doit à la fois agir sur l’adaptation au changement climatique et agir contre les poches de sous-développement engendrées par le réchauffement dans ces zones.

Qu’êtes-vous venu défendre à la Cop 21 ?

Outre le travail des négociateurs sur l’accord, nous sommes venus défendre auprès des institutions internationales, bailleurs de fonds et des différents fonds disponibles (adaptation, vert, etc.) des projets de lutte contre les conséquences du dérèglement climatique au Sénégal. Il y a beaucoup de projets au Sénégal mais d’ampleur insuffisante et souvent trop localisés. L’enjeu est de changer d’échelle. En particulier sur les sujets sur lesquels nous travaillons déjà. Au niveau de la direction de l’Environnement et des Etablissements Classés, nous concevons notre action en synergie avec différents acteurs : associations, ONG, groupement d’intérêt général, secteur public et privé etc. Outre les financements, les partenariats techniques et le renforcement de capacités dans le cadre de nos projets sont bienvenus.