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Publié le 16/12/2015

Madagascar : renforcer la place des communautés dans la gouvernance des aires marines protégées

Les aires marines protégées concernent moins de 3 % des océans de la planète, et moins de 1 % des eaux malgaches, pourtant extrêmement riches, avec des récifs coralliens parmi les plus larges du monde. Plus de la moitié de la population du pays vit près des côtes et dépend des écosystèmes marins et côtiers  pour assurer leur alimentation et leurs revenus. Dans un contexte de pauvreté et de pression croissante sur ces ressources, le Président de la République malgache s’est engagé, lors du congrès mondial des Parcs organisé à Sydney en novembre 2014, à tripler le nombre des aires marines protégées. En avril et mai 2015, 94 Nouvelles Aires Protégées ont obtenu leur statut définitif de création. Plusieurs d’entre elles sont des aires marines et côtières et intègrent les communautés dans leur gestion.

C’est dans ce cadre que, Le 15 septembre 2015, à Antananarivo, la Direction Générale de la Mer organisait, en partenariat avec le Gret et WCS, une réunion de consultation sur la gouvernance et les modes et règles de gestion participatives des Nouvelles Aires Protégées (NAP) marines et côtières de Madagascar. Une quarantaine de personnes ont participé activement à cet atelier, représentants des ministères, services techniques concernés par la gestion des AMP ainsi que des gestionnaires de NAP marines. Cet atelier a mis en débat les principaux résultats d’une étude commanditée par le Gret dans le cadre du projet Hafafi « Biodiversité, développement et gouvernance locale : vers un modèle pour les nouvelles aires protégées marines et côtières de Madagascar ». Cette étude fournit un diagnostic des modes de gouvernance et mécanismes de gestion et de l’implication des communautés dans la gestion des NAP marines et côtières, en s’appuyant sur une revue bibliographique, des enquêtes auprès de différents acteurs impliqués dans la gestion d’aires marines protégées à Madagascar.

Lors de l’atelier, les participants se sont entendus sur l’intérêt, pour alléger le millefeuille institutionnel encadrant la gestion des AMP classées « Paysages Harmonieux Protégés » (catégorie V UICN), tout en renforçant l’implication des collectivités territoriales, d’établir un seul Comité d’Orientation Stratégique (COS) Régional pour l’ensemble des Paysages marins Protégés d’une même région. Il est également proposé de rediscuter et renforcer le positionnement actuel du Systèmes des Aires Protégées de Madagascar (SAPM) et de renforcer le rôle de la science pour la gestion des AMP, en créant un comité scientifique des AMP. Le rôle régulateur et facilitateur de l’Etat a été rappelé, et plusieurs propositions ont été faites pour l’améliorer, notamment la finalisation des procédures de répression des infractions. Les moyens de rendre les dina (convention locale traditionnelle pour établir des règles communes) plus efficaces sont à étudier pour renforcer le sens d’appropriation des communautés locales.

Des espaces doivent être définis pour poursuivre les échanges d’expérience sur les modèles de structuration communautaire. Pour certaines AMP, le choix a été fait de s’appuyer sur les structures traditionnelles (olobe) existantes, en particulier le fokonolona, en renforçant son assise juridique. Pour d’autres AMP, une association spécifique a été mise en place.  Sachant que dans la réalité les « vrais » décideurs au sein du village sont peu nombreux, la question du leadership est essentielle.  La question de l’intégration ou non des pêcheurs « migrants » dans la gestion des AMP a également fait débat. Il est proposé de remplacer ce terme par « pêcheur saisonnier » ou des dénominations plus techniques, selon le type de migration. Le besoin de renforcement des capacités et d’accompagnement dans la durée des communautés locales a été souligné à plusieurs reprises.

En conclusion, le Directeur Général de la Mer s’est engagé à s’appuyer sur ces recommandations  pour l’élaboration définitive du projet de décret d’application du CoAP, concernant les AMPs, en cours de préparation.

En savoir plus sur le projet Hafafi
Télécharger le résumé de l’étude : « Gouvernance et gestion des nouvelles aires protégées à Madagascar –  Exemple des zones d’intervention du projet HaFaFi »