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Publié le 29/04/2016

Trois questions à Amel Benkahla, experte foncier au Gret

Trois questions à Amel Benkahla, experte foncier au Gret, sur sa participation au Forum mondial pour l’accès à la terre et aux ressources naturelles (FMAT 2016) qui s’est tenu à Valence (Espagne) du 31 mars au 2 avril 2016. Ce Forum avait pour objectif de dresser un bilan des problèmes majeurs liés à l’inégalité d’accès à la terre et aux ressources naturelles, et d’analyser les conséquences de ces inégalités.

En lien : Qu’est ce que le Forum mondial pour l’accès à la terre (FMAT) ?

A.B. : Le FMAT est une initiative portée par la société civile, organisée par Agter et le Cerai, qui a pour objectif de remettre les questions d’accès à la terre et de lutte contre les inégalités au cœur des débats. Il existe aujourd’hui un mouvement de pensée dominant au sein des institutions internationales qui promeut la formalisation des droits fonciers via la délivrance de titres ou certificats et la mise en place de marchés fonciers. Les acteurs de la société civile réunis au FMAT portent un message différent, que le Gret partage. Un plaidoyer pour recentrer les objectifs que devraient avoir les politiques agricoles et foncières vers l’essentiel : la garantie d’un accès durable à la terre des exploitations familiales pour leur permettre d’investir, de se développer, de donner envie à leurs enfants de continuer leur activité, la lutte contre les inégalités et la précarité dans lesquelles vivent beaucoup de paysans sans terre, la préservation du patrimoine culturel et naturel de la « terre-mère », la promotion de modèles de développement qui ne soient pas porteurs d’exclusion et permettent à chacun d’avoir une place dans la société, un emploi, un avenir.

En lien : Quelles sont les idées qui ont été promues durant le Forum, quels étaient les messages clés ?

A.B. : Le principal message du forum était un message à visée politique, qui, dans la continuité de l’année internationale de l’agriculture familiale (AIAF), a défendu le modèle de l’agriculture familiale. C’est en effet le modèle le plus résilient et le plus performant d’un point de vue global : impact environnemental limité de par l’adoption majoritairement de pratiques agroécologiques, emplois créés au sein et en périphérie de ces exploitations, impact économique lié à la valeur ajoutée créée par unité de surface qui est très souvent supérieure à celle qui pourrait être générée par une entreprise agricole de taille plus importante. Les atouts des agricultures familiales ne sont plus à démontrer, pourtant elles sont encore trop peu appuyées, voire déstabilisées par des concessions de terres à grande échelle, qui interviennent parfois sur des superficies considérables et conduisent à l’accaparement par quelques-uns de richesses naturelles qui étaient valorisées collectivement. De manière moins visible, on observe aussi depuis plusieurs décennies une concentration foncière inquiétante et génératrice d’exclusion. Le Forum a rappelé qu’il était temps que des décisions politiques soient prises pour stopper ces phénomènes.

En lien : Concrètement, quelles vont être les implications suite à ce forum?

A.B. : Le Gret a participé à ce Forum avec de nombreux partenaires venus du Sénégal, du Niger, de Madagascar, de France. Le Forum a permis de mettre en réseau beaucoup d’acteurs, dont certains étaient déjà membres de réseaux comme le Comité technique « Foncier & développement » dont le Gret assure le secrétariat technique et scientifique. Le Forum a permis de partager l’expérience des organisations de la société civile de différents pays, de se soutenir mutuellement aussi. Les actions de plaidoyer vont maintenant se poursuivre dans les pays, mais aussi au niveau des espaces économiques régionaux, pour des politiques plus équitables, garantes de l’intérêt du plus grand nombre.

Lien vers le FMAT
Voir la note de la C2A de Coordination SUD (français, anglais, espagnol et portugais) – Quelles politiques foncières pour sécuriser les agricultures familiales en Afrique ?