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Publié le 29/06/2016

Burkina Faso : lutter contre l’insécurité alimentaire structurelle

A l’occasion du 15 juin, journée mondiale contre la faim, En lien consacre son dossier du mois aux liens entre agriculture, alimentation et nutrition, pour lutter contre l’insécurité alimentaire, à travers l’exemple du Burkina Faso. L’Afrique de l’Ouest, en particulier le Sahel, a connu en 2012 sa quatrième crise alimentaire en huit ans. La récurrence de ces épisodes accroît la vulnérabilité des plus fragiles face aux chocs (aléas climatiques, hausse des prix, problèmes de santé, maladies des troupeaux). Des transformations profondes des économies familiales et des systèmes de vie sont à l’origine d’une insécurité alimentaire devenue structurelle : croissance démographique, pression foncière, morcellement des exploitations, dégradation écologique, insertion dans les réseaux marchands, changements des comportements alimentaires, évolutions des structures familiales. Le Gret promeut une approche multisectorielle et l’alliance d’actions de court, moyen et long termes pour renforcer la résilience des populations face aux crises structurelles. 

Le paradoxe de la Boucle du Mouhoun

Au Burkina Faso, la Boucle du Mouhoun est traditionnellement connue comme le grenier à céréales du pays. Cette région se caractérise par une persistance de l’insécurité alimentaire malgré une production agricole suffisante. Les populations pauvres représentent les deux tiers des familles, cette proportion étant une des plus élevées au niveau national. Un quart des enfants de moins de cinq ans souffre de malnutrition chronique et près d’un enfant sur dix de malnutrition aiguë. Comment expliquer ce paradoxe ?

  • Des comportements alimentaires inadaptés reflétant une trop faible diversité alimentaire et de fortes carences en micronutriments. Cette situation est liée à des modes de production essentiellement axés sur les céréales et le coton, et à un manque de connaissances par les populations des bonnes pratiques alimentaires. Les filières à haute valeur nutritionnelle (légumineuses, maraîchage, élevage) sont peu développées, peu intégrées aux régimes alimentaires des familles, et orientées essentiellement vers la commercialisation.
  • Des mauvaises pratiques alimentaires pour les jeunes enfants. Les pratiques d’allaitement ne suivent pas les recommandations internationales et nationales (allaitement dans l’heure qui suit la naissance, allaitement exclusif jusqu’à six mois, poursuite de l’allaitement jusqu’à deux ans et plus), l’introduction d’aliments de complément au lait maternel se fait rarement en temps opportun et n’est pas de qualité suffisante (densité énergétique, teneur en macro et micronutriments). Seuls 4,1 % des enfants de 6 à 24 mois de la Boucle du Mouhoun ont une alimentation correspondant au minimum acceptable.
  • Des pratiques de soins inadéquates pour les enfants et les femmes, en particulier enceintes et allaitantes. Elles sont liées aux inégalités de genre dans la répartition des ressources et de la charge de travail au sein des familles. Les femmes sont très mobilisées par les travaux agricoles, en particulier la culture du coton et des céréales. Lors de périodes intenses de travail aux champs, elles n’ont que peu de temps à consacrer aux soins des enfants, font un travail physique intense et ont peu de temps pour se reposer (en particulier pendant les périodes de grossesse). Par ailleurs, les revenus des activités agricoles sont souvent détenus par les hommes, moins sensibilisés aux besoins des enfants en bas âge.

La sécurité alimentaire des plus vulnérables : une question de résilience

Le Gret a initié en 2014 le projet Repam afin de renforcer la résilience des populations dans la Boucle du Mouhoun face aux crises alimentaires. Il renforce les capacités de production des familles vulnérables à travers leurs activités d’agriculture, d’élevage, de maraîchage ou de transformation des produits agricoles et forestiers. Il s’agit d’appuyer 3 000 familles parmi les plus pauvres pour accéder aux moyens de production (semences, intrants, petit matériel et équipement de production), reconstituer leur capital en petit bétail (volailles, petits ruminants) et disposer des fonds de relance des activités agricoles et non agricoles. En parallèle, le Gret apporte des formations, un accompagnement technique et développe du conseil aux exploitations familiales, notamment axé sur la gestion des stocks.

Afin de garantir la durabilité de l’approche et la pérennisation des actions mises en place, le Gret renforce aussi l’organisation paysanne la Fepa/B et ses deux unions provinciales de producteurs dans le Mouhoun et le Nayala. Ainsi, elles sont en mesure de développer et consolider des services durables dans la Boucle du Mouhoun, notamment en matière de formation, d’appui technique et de conseil de gestion. L’action s’appuie sur le travail des animateurs endogènes issus des unions et sur les dispositifs de diffusion des pratiques innovantes de paysan à paysan.

Les pratiques culturales dans cette zone sont très consommatrices en produits phytosanitaires, notamment pour la culture du coton et du maïs, et la fertilité de sols a tendance à se dégrader. Afin d’inscrire son intervention dans la durée, le Gret introduit progressivement une réflexion et des pratiques agroécologiques : intégration agriculture-élevage (techniques de compostage pour la fumure organique, introduction des plantes fourragères), association des cultures (mil-sorgho-niébé et mil-niébé), diffusion de plantes améliorantes (telles que le cajanus) pour restaurer la fertilité des sols.

Des meilleures pratiques alimentaires basées sur les filières locales

Le Gret tente d’améliorer les comportements alimentaires des populations de la zone en les sensibilisant aux bonnes pratiques alimentaires et en faisant la promotion de la consommation d’aliments locaux pour encourager la diversification alimentaire. Il s’agit de soutenir la production et la transformation des produits locaux, riches en micronutriments et en protéines : niébé, soja, produits maraîchers et de l’élevage. Il mène également des actions spécifiques visant les cibles les plus vulnérables à la malnutrition, en particulier les enfants de moins de deux ans. Deux unités locales de production des farines infantiles fortifiées sont ainsi appuyées afin que les jeunes enfants aient accès à des aliments de qualité à un prix abordable.

Des outils de sensibilisation basés sur des messages clés innovants et adaptés aux populations sont développés, à la fois sur la nutrition, via le système de santé, et sur des conseils aux paysan-ne-s afin que leurs activités soient mieux valorisées au niveau de l’alimentation et de la santé de la famille.

Ce projet permet de toucher les plus vulnérables, souvent mis à l’écart dans les projets classiques, en contribuant à réduire les déficits alimentaires, diversifier les régimes alimentaires, renforcer les capacités productives et mettre en place des pratiques agricoles résilientes. Renforcer cette dynamique reste un défi majeur pour le Gret et ses partenaires. Cela passe par la consolidation des actions permettant d’accroître durablement les capacités des ménages et des agrosystèmes de la zone à faire face aux chocs et à s’en relever.

En savoir plus sur le projet Repam du Gret (Résilience des populations pauvres et très pauvres et sécurité alimentaire dans le Mouhoun), mis en œuvre en partenariat avec la Fepa/B et sur financement de l’Union européenne, du CFSI et de la Cedeao.