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Publié le 18/10/2018

3 questions à Tahirou Traoré, responsable nutrition au Burkina Faso

En juin 2018, le Gret a participé activement à la conception d’un document de plaidoyer transmis à l’Assemblée nationale du Burkina Faso afin de faciliter l’importation dans le pays des intrants nécessaires à la production d’aliments fortifiés. Tahirou Traoré, responsable du programme nutrition au Burkina Faso, revient sur cette action de plaidoyer, qui a porté ses fruits.

Pourquoi avoir pris position en faveur de l’exonération des droits et taxes d’importation des produits pour l’enrichissement des aliments entrant dans la prévention et le traitement de la malnutrition ?

Au Burkina Faso, malgré les progrès réalisés ces dernières années, la situation nutritionnelle chez les enfants de moins de cinq ans reste toujours préoccupante, avec plus de 21 % d’entre eux souffrant de malnutrition chronique. Pour lutter contre ce fléau, plusieurs initiatives se sont développées, et notamment la fabrication et la diffusion d’aliments fortifiés (ou enrichis) valorisant les produits locaux pour la prévention et le traitement de la malnutrition. Il s’agit des farines infantiles et des aliments thérapeutiques, de bonne qualité nutritionnelle, adaptés au goût et aux habitudes alimentaires de la population.

Dans la plupart des cas, l’ajout d’intrants nutritionnels (vitamines et minéraux, amylase, lactosérum) est indispensable pour atteindre la qualité nutritionnelle attendue dans ces produits (teneur en micronutriments suffisante, densité énergétique adéquate, etc.). L’enrichissement de ces aliments fait appel à des intrants nutritionnels importés à des coûts relativement élevés pour les producteurs locaux qui sont essentiellement des structures associatives ou des PME. Ces différents acteurs sont appuyés essentiellement par le Gret et d’autres partenaires depuis plusieurs années. Le défi qui se pose est de produire ces aliments enrichis en quantité pour les rendre accessibles aux couches vulnérables.

Comment cette initiative est-elle née ?

Lors d’un atelier tenu en mars 2018 à l’Assemblée nationale, le réseau parlementaire en sécurité nutritionnelle (Repasen), les partenaires techniques et financiers, les acteurs du secteur de la production des farines infantiles ont estimé que le gouvernement devrait mettre en place un dispositif d’accompagnement des acteurs de la production nationale, à travers le renforcement du plaidoyer, pour assouplir les conditions d’importation des intrants nutritionnels.

Le Repasen a plaidé pour l’adoption d’une stratégie de facilitation des conditions d’importation des intrants pour la promotion des productions nationales de farines infantiles enrichies et des aliments thérapeutiques afin de lutter plus efficacement contre la malnutrition.

En quoi s’inscrit-elle dans la continuité des actions de plaidoyer déjà entreprises par le Gret au Burkina Faso ?

A travers ce plaidoyer, le Gret réaffirme son implication dans les politiques publiques au Burkina Faso. En 2014, il a déjà accompagné le gouvernement dans la définition et la mise en place de la première norme qualité pour les farines infantiles au Burkina Faso qui définit des standards de référence garantissant la qualité nutritionnelle et sanitaire de ces produits. En 2018, il a également contribué au plaidoyer pour l’augmentation des allocations budgétaires de l’État en faveur de la nutrition au Burkina Faso.