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Publié le 28/10/2019

Dakar : les cultures urbaines comme processus d’implication des jeunes

Article publié initialement dans le Bulletin des professionnels de AdP-Villes en développement, Octobre 2019, n°112 – voir ici pour le bulletin complet.

En collaborant avec un collectif sénégalais citoyen, mouvement de contestation pacifique, le Gret a su mobiliser les jeunes de Dakar sur des projets d’espaces publics. Les cultures urbaines ont joué un rôle moteur dans cette implication. Émilie Barrau, représentante du Gret au Sénégal, nous explique comment.

Sunu Gox signifie à la fois « notre localité » et « notre communauté » en wolof. C’est aussi le nom et le slogan du projet mis en œuvre par le Gret et le mouvement Y en marre sur financement de l’Union européenne de 2016 à mi-2019. Il visait à renforcer l’implication des jeunes de la banlieue de Dakar dans l’action publique (« la communauté »), à travers leur mobilisation dans la « localité ». Il s’agissait de réaliser, par et pour la jeunesse, des projets d’amélioration du cadre de vie, de valorisation d’espaces publics, de sensibilisation à l’environnement, etc.

L’idée centrale fut de s’appuyer sur les modes d’expression favoris des jeunes – le web, les réseaux sociaux, les cultures urbaines (graffitis, hip-hop) – pour les mobiliser dans le projet. L’objectif était aussi de donner à voir leur implication dans la cité. Des jeunes ont ainsi réalisé un travail de cartographie numérique et collaborative de leur quartier, avec l’appui du mouvement OpenStreetMap et des Libres Géographes. Par ce biais, ces territoires périphériques ont acquis une reconnaissance cartographique, à travers des cartes en ligne, accessibles et actualisables sur smartphone.

Des artistes graffeurs, populaires auprès des jeunes de banlieue, ont participé à l’embellissement de lieux publics ainsi qu’à la légitimation et à l’intégration des jeunes dans ces espaces publics. Des musiciens de la scène hip-hop sont régulièrement intervenus lors d’actions de sensibilisation, produisant par exemple un clip sur les problématiques de la propreté dans les quartiers.

Le hip-hop comme mode de reconnaissance dans l’espace public

À travers ces projets, les jeunes Dakarois s’impliquent dans l’action collective. Leurs références culturelles (graffitis, hip-hop, etc.) sont valorisées dans l’espace urbain : ils deviennent à la fois acteurs et producteurs de leur territoire.

Ces actions ont été menées de concert avec les collectivités locales. Avec le concours d’associations représentatives et du mouvement Y en a marre, elles ont permis de renforcer le dialogue entre les jeunes et les élus locaux, initialement freiné par des réticences réciproques. D’un côté, des visites de courtoisie aux autorités locales et traditionnelles (imams, chefs de quartier…) ont été réalisées par les leaders de Y en a marre dès le démarrage du projet. De l’autre, les autorités se sont impliquées dans l’ensemble du processus de sélection des initiatives. Ces initiatives croisées ont amélioré la connaissance réciproque et renforcé la volonté de travailler ensemble au niveau local. En revanche, au niveau national, Y en a marre et les jeunes des banlieues restent perçus comme des acteurs de la contestation…

De l’implication locale à la mobilisation nationale

À l’échelle nationale, Y en a marre, dans sa stratégie de promouvoir le « Nouveau Type de Sénégalais », se montre exigeant vis-à-vis des gouvernants. Dans le cadre de ses pratiques citoyennes, le collectif a animé, via les réseaux sociaux, une réflexion collective sur le rôle des jeunes dans la gouvernance et l’action publique. La mobilisation de Y en a marre, un des rares mouvements sénégalais à porter la voix des jeunes de banlieue, permet enfin de relayer leur parole au niveau national.

La vingtaine de projets soutenus par Sunu Gox a force d’exemplarité et permet de valoriser la place des jeunes dans la cité. Sunu Gox n’a néanmoins pas entraîné une transformation significative du cadre urbain, du fait d’actions trop dispersées pour être structurantes. La dynamique n’est pas suffisante pour neutraliser le sentiment de relégation urbaine, économique, sociale et politique qui anime la jeunesse dakaroise, tranche d’âge majoritaire dans la capitale. Ces initiatives qui participent de la construction de la ville par le bas restent à l’échelle expérimentale. Mais, elles constituent autant de pistes pour contribuer à la reconnaissance de l’investissement des jeunes dans la sphère publique.

En savoir plus sur le projet Sunu Gox