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Ville néolibérale et accès à l’eau au Sud : changer ou aménager le modèle ?

  • Catherine Baron ; Clément Frenoux
  • In : Regards sur la ville, Lise Bourdeau-Lepage (éd.)
  • Chapitre d'ouvrage
  • Éditeur : Economica
  • Collection :
  • Année : 2012
  • p. 111-142
  • Langue(s) : Français
  • Domaine(s) :

Même si des situations contrastées existent, les pays en développement se caractérisent par une forte croissance urbaine et une expansion des mégapoles dans l’espace. Les problèmes de gouvernance qui en résultent sont particulièrement visibles au niveau de la gestion des services urbains, en particulier lorsque l’on considère le secteur de l’eau. Les inégalités dans l’accès à l’eau sont l’une des manifestations de la fracture urbaine évoquée par diverses institutions qui prônent le « droit » à la ville (Harvey, 2008). Dans ce contexte, des travaux de géographes (Brenner et Theodore, 2002), peu mobilisés en France, permettent de comprendre la nature et l’impact des transformations du capitalisme sur la diversité des formes urbaines et des modes de gouvernance des services urbains au sein de la « ville néolibérale ». Dans les villes du Sud, cela s’est par exemple traduit par une nouvelle conception de la gestion des services urbains d’eau potable, fondée sur des partenariats public-privé impliquant de grandes firmes multinationales. Ce modèle a pu être diffusé dès les années 1990 dans la mesure où il était en adéquation avec les principes de la ville néolibérale. Or, face aux échecs de ces partenariats (du point de vue de l’équité dans l’accès aux services, du renforcement des inégalités spatiales mais aussi de l’efficacité économique), on tente aujourd’hui d’identifier et de valoriser des formes supposées « alternatives » d’accès à l’eau privilégiant le recours à des petits opérateurs privés, associatifs ou communautaires, dans des quartiers où la connexion des populations au réseau conventionnel s’avère désormais peu probable. Il semblerait que la redécouverte de ces « nouveaux » acteurs de l’eau, parfois présents de longue date dans les interstices des villes en développement, soit au centre de la production et de la diffusion d’un nouveau mode de gouvernance valorisant des pratiques endogènes, insérées dans des territoires à l’échelle locale. Or, ce papier montre que ces « formes alternatives » ne traduiraient pas l’émergence d’un nouveau modèle, mais seraient plutôt une nouvelle forme d’aménagement pragmatique du référentiel néolibéral. Leur existence soulève des interrogations sur la pertinence des outils traditionnels de l’analyse spatiale tant du point de vue de la géographie que de l’économie. La prise en compte de l’environnement institutionnel s’avère d’ailleurs indispensable pour affiner la compréhension de ces formes de coordination d’où la référence à l’économie institutionnelle.


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